6.5/10

Sicko

Moore is less

Michael Moore est très fort, dans tous les sens du terme. Il sait communiquer ses idées à travers un mélange d'images documentaires, d'interviews judicieux et de provocs publiques à l'objectif soigneusement choisi. Après avoir posé les bases d'une vraie réflexion sur le rapport des Américains aux armes à feu (Bowling for Columbine) et attaqué de front le président Bush (Fahrenheit 9/11), c'est au système de santé du Nouveau Monde qu'il s'attaque aujourd'hui.

Le déroulement du film est articulé de façon claire, afin de permettre au public de Michael Moore de suivre son propos facilement. Car n'oublions pas que ce public n'est pas le petit Français mangeur de croissant que nous sommes, mais son compatriote américain ; c'est bien à ses congénères que Moore s'adresse en parlant de « notre nation » et de « notre responsabilité ». Dans un premier temps, on apprend que 50 millions d'Américains n'ont pas d'assurance, et que cette carence les empêche de recevoir des soins dignes de ce nom. Est-ce à dire que les 250 millions d'Américains restant sont à l'abri des galères ? Niet, ils dérouillent presque tous, par la faute de compagnies d'assurance au fonctionnement basé exclusivement sur le profit. Ce système est-il inévitable ? Niet again, car les systèmes de santé étatiques du Canada, du Royaume-Uni, de la France et de Cuba fonctionnent à merveille.

Fort de ce discours un brin simpliste mais pas fondamentalement faux, Michael Moore s'ingénie à dénicher les cas qui serviront le mieux son propos. Larmoiements des familles, pathos accompagné au violon, le ton mélodramatique et la démarche voyeuriste peuvent mettre mal à l'aise, bien que les images soient bien moins violentes que celles relayées par Fahrenheit 9/11. Du côté des pays « exemplaires », on n'échappe pas aux images d'Epinal : le médecin anglais d'origine indienne, qui habite dans une énorme baraque et conduit une bagnole de luxe parce que le système lui permet à la fois de traiter tous les patients et d'être payé confortablement ; le couple français qui passe sa vie à voyager quand il n'est pas en train de cocooner dans son appartement immense ; les Cubains chaleureux qui traitent chaque patient avec amour et attention. Le tout est présenté à la manière habituelle du réalisateur, avec une dose d'humour non négligeable, un goût pour la théâtralisation et un refus radical de laisser s'immiscer le moindre contre-exemple dans sa démonstration. On ne peut pas lui reprocher de mentir, car tous les faits cités sont vraisemblablement authentiques, mais le côté trop caricatural de l'ensemble empêche de le prendre réellement au sérieux, contrairement à l'exemplaire Bowling for Columbine ou au Roger et moi du début de sa carrière.

Reste que Michael Moore, l'être humain, est sans doute un des activistes les plus généreux et les plus efficaces que compte le sol américain, et que ses films, à défaut d'être des modèles d'objectivité, ont le mérite de mettre le doigt là où ça fait mal. On peut espérer que ce type d'attitude fera évoluer les mentalités sur certains sujets.

Mais pour le spectateur français, Sicko n'apporte pas grand chose de plus que la lecture de quelques données sur le système de santé américain. Il ne traite pas un instant des problèmes de la France, qui attend peut-être encore son Michael Moore.

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10 commentaires

  • Vincent.L

    17/09/2007 à 22h23

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    Je conseille à tout le monde l'interview dans le dernier Ciné Live, ça vous en apprend beaucoup sur le personnage bien detestable qu'est Moore.

  • riffhifi

    17/09/2007 à 22h56

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    Détestable parce que ...

  • Bzhnono

    17/09/2007 à 23h23

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    Je trouve que Moore commence à être gonflant avec son côté donneur de leçon.
    Quand il faisait le rôle du poil à gratter avec ses premier
    "doc-enquête" comme Roger & Me ou Bowling for Coloumbine c'était vraiment
    excellent, là ça commence à être lourd.


    Toute la première partie sur les Etats-Unis passe pas trop mal avec l'ironie
    grinçante qu'on connaît à Moore, par contre quand il part à l'étranger pour
    parler des systèmes de santé ça se gâte.


    Cuba est encensé et la
    France a un système magnifique sans dette aucune, c'est
    encore mieux quand on prend pour exemple un couple français qui se fait 
    8000€ par mois.


    Pour moi Moore a pris la grosse tête et déverse ses vérités avec un côté
    moralisateur et donneur de leçon assez horripilant. 


     


    Pas plus de 5/10 pour moi (et encore je trouve ça généreux). 

  • riffhifi

    17/09/2007 à 23h31

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    L'histoire du couple français a été vachement monté en épingle. Dans le film, il est dit qu'ils gagnent entre 6 et 7000 € euros par mois ; ils travaillent tous les deux, et lui est ingénieur. Ils ont trois enfants, donc touchent si je ne m'abuse des sous en tant que famille nombreuse. L'un dans l'autre ça n'a rien d'absurde ; ce n'est peut-être pas l'exemple le plus moyen, mais ce n'est pas extrême. Et arrondir "6 à 7000" en "8000", c'est assez malhonnête

  • Vincent.L

    18/09/2007 à 00h37

    Répondre

    Detestable parce que ... lis l'interview c'est bien plus explicite que moi disant : "Michael Moore est un frustré qui dénonce la malbouffe mais en est l'exemple parfait, dénonce la manipulation médiatique et l'ommission d'informations mais l'utilise alègrement dans ses films, critique l'Amérique mais se refuse à la quitter..."


     

  • Vincent.L

    18/09/2007 à 00h52

    Répondre

    Le tout est présenté à la manière habituelle du réalisateur, avec (...) un refus radical de laisser s'immiscer le moindre contre-exemple dans sa démonstration


    Tout est dit.

  • Cineman

    19/09/2007 à 18h38

    Répondre

    D'accord avec la critique de Riffhifi. Une première partie percutante mettant en avant le système de santé assez catastrophique ( c'est le moins qu'on puisse dire ) des Etats-Unis , et une deuxième partie en Europe qui l'est bien moins car manquant souvent d' objectivité pour mettre en valeur le shéma USA = enfer / le reste du monde = paradis ( Le passage en France en est l'exemple le plus frappant ). Cette seconde partie parfois risible enlève donc beaucoup de forces au documentaire de Moore mais il n'empêche qu'il le fait avec le coeur et ça se ressent énormément. Avec  Sicko le réalisateur a peut-être réalisé un film bancale souvent naif  ,  clairement en-dessous du grand Bowling for Columbine , mais d'une grande sincérité , parsemé d'humours et d'impertinences , et mine de rien ca fait du bien à voir au milieu de tout ce conformisme.  

  • nazonfly

    10/10/2007 à 11h00

    Répondre

    J'ai vu Sicko hier. Evidemment le voyage des systèmes de santé peut être risible quand on connaît le système de l'intérieur, mais si on se place du simple côté du patient, alors le système est génial. Et tant pis pour les dettes etc. D'ailleurs, à ce propos, dans quel état sont les systèmes canadiens, anglais ou cubains?


    De toute façon, on connaît Michael Moore. Comme le dit Vincent, il manipule médiatiquement. Mais s'il veut faire avancer la société dans son sens, il faut qu'il utilise les mêmes moyens que ses "adversaires" qui, eux, ont moins de scrupules.


    Il n'en reste pas moins que ses exemples sont frappants, notamment la prime des médecins des compagnies d'assurance en fonction du nombre de dossiers qui sont refusés. Si on peut reprocher à Moore d'omettre des faits, ceux qu'il présente sont vrais, notamment au niveau de l'Etat du système de santé américain (37ème pour la World Health Organisation, la France est 1ère).


    Personnellement j'ai été finalement assez convaincu par son documentaire, malgré tous les défauts qu'on peut lui trouver (et il y en a beaucoup).

  • Anonyme

    06/09/2008 à 14h42

    Répondre

    Un documentaire qui descend le système américain en flèche par le brillant Michael Moore. Chapeau Michael encore un film culte.

  • Anonyme

    06/09/2008 à 14h53

    Répondre

    Tiens, tiens encore des adorateurs du système américain avec leurs critiques de merde à deux balles. Les gars faudrait peut-être un jour vous justifier quand vous voulez descendre un réalisteur qui a eu des prix à Cannes alors faudrait arréter vos conneries !

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