6.5/10

Shinobi

Sinobi or not Shinobi ?

N'importe quel article portant sur ce film commencera par vous citer le nom de Futaro Yamada, celui-ci ne dérogera pas. Futaro Yamada, donc, est le père spirituel de l'avènement des ninjas dans les mœurs culturelles, par son célèbre roman Kouga Ninpouchou (1959). Shinobi en est une adaptation plus ou moins directe, à l'instar du manga Basilisk sorti en 2003. Celui-ci fera l'objet d'une série animée produite dans la foulée soit en 2005, année de sortie du film Heart Under Blade (= Shinobi).

A gauche, une ninja lavée avec une lessive ordinaire.
A gauche, une ninja lavée avec
une lessive ordinaire.
Les ninjas ont souvent été une source de très grandes blagues, tels qu'ils ont été représentés dans les films américains des années 80. Shinobi, à lui seul, réfute entièrement ce dogme plus ou moins commun où le ninja s'enveloppe entièrement le corps de tissu noir et se balade de toits en toits en hurlant de façon stridente. Le ninja a maintenant la classe, il a des super-pouvoirs, et possède une sensibilité, véridique. En une séquence, muette, magnifique, l'intrigue est portée aux nues : deux shinobis tombent amoureux. Tels des personnages de Shakespeare, leur amour est impossible : l'un appartient au clan Iga, l'autre au clan Koga, et les deux villages ne peuvent pas se sentir, pour une raison oubliée mais indiscutablement sacralisée. Pour ne rien arranger, le « cessez-de-vous-battre » entre les deux tribus est levé, et les chefs respectifs des deux clans s'entretuent dans leur coin. Nos deux tourtereaux deviennent meneurs de jeu, investis d'une mission de la plus haute importance puisque remise par le Shogun en personne : éliminer les meilleurs shinobis de l'autre village, avec récompense substantielle à la clé. S'aimer, s'entretuer, que choisir ?


" Mon dieu ! Une feuille piégée !"
Shinobi est un film assez spécial sur de nombreux points, et tout d'abord par sa propre existence. En effet, celui-ci n'a pas seulement été produit, il a également été soutenu par de nombreux particuliers motivés par un teaser appelant des financements, comme pourrait l'être un film amateur. Le résultat à l'écran est crédible, bien que les effets spéciaux présentent quelques années de retard et desservent un peu les chorégraphies de combat, celles-ci étant agréables à regarder sans pourtant atteindre le niveau de leurs homologues chinois. De même, l'idée d'opposer deux groupes de ninjas chacun investis de pouvoirs spéciaux était une idée plutôt intéressante, mais avoir tout misé sur cette caractéristique sans porter le moindre intérêt aux personnages en eux-mêmes n'est pas ce que l'on pourrait appeler un judicieux calcul. L'appréciation d'un personnage ou d'un autre se fera donc sur son pouvoir et sur rien d'autre, heureusement assez spécifique et l'on d'être cliché. Les amateurs reconnaîtront la femme aux baisers empoisonnés développée dans Basilisk et Ninja Scroll, les autres s'attacheront aux possibilités meurtrières de Oboro et Gennosuke, même si ceux-ci laisseront le plus souvent les mains dans leurs poches.

La problématique, plutôt récurrente et maintes fois répétées dans le film, se présente comme suit : « un homme entraîné pour la guerre peut-il se trouver une autre raison de vivre ? Par exemple aimer et fonder une famille ? » Les ébauches de romance amorcées au début du film s'effacent très vite au bénéfice de cette réflexion qui sera finalement à peine développée, le film se débarrassant avec un certain dédain de ses principaux protagonistes sans véritablement les inclure dans le débat. Tout s'articule autour des deux nouveaux chefs de clans et leur émois respectifs et leurs scènes mises bout à bout pourrait facilement résumer le film.

Reste que le métrage de Ten Shimoyama reste agréable à regarder, de manière contemplative, et propose même quelques jolies idées visuelles qui relèvent un peu l'intérêt. La photographie notamment, est réellement splendide et rappelle sans pour autant l'égaler le travail effectué sur Dolls de Kitano. Malgré cela, l'ensemble assez médiocre d'un point de vue scénaristique et assez vide de psychologie, un grand dommage quand on constate le potentiel dramatique de certains personnages.

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1 commentaires

  • Guillaume

    28/02/2008 à 23h34

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    Moi j'aime bien quand les ninjas sont des momies de couleur noire, ça permet de ne pas les confondre avec leurs adversaires (et puis pour se déplacer dans la nuit, c'est drôlement mieux qu'un pancho rose !)

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