7/10

Sherlock Holmes 2, l'ombre de Londres

En fin d'année 2009, Guy Ritchie ressuscitait au cinéma le personnage de Sherlock Holmes par l'entremise (financière) de Warner Bros. et (populaire) de Robert Downey Jr – l'acteur étant récemment revenu en état de grâce en incarnant avec justesse Iron Man à l'écran. La vision de Ritchie divise d'emblée : le réalisateur entend revenir aux sources mêmes du personnage en éclipsant les différents clichés qui l'ont accompagné comme archétype du détective privé. Pour les esthètes façonnés par plus de cent ans d'adaptations et de déclinaisons en tout genre, la douche est froide : autant le personnage gagne un petit aspect anti-héros qui n'est pas dénué de charme, autant le traitement moderne du réalisateur tend à laisser un goût amer en bouche – le personnage étant, contre toute apparence, un homme d'action tel qu'il est décrit par Conan Doyle. Le film, avec son label « pop culture », touche son public, palpe du revenu, mais peine à convaincre pleinement la critique. Largement bénéficiaire cependant, Warner met en chantier une suite avec la même équipe, en opposant à Holmes son ennemi le plus redoutable : Moriarty.

Alors que son ami le docteur Watson s'apprête à convoler en noces, Sherlock Holmes n'a qu'une seule idée en tête : rassembler toutes les preuves qui impliquent le professeur Moriarty, éminent scientifique et boxeur de grande qualité, dans la vague d'attentats qui semblent se perpétrer partout en Europe. Le détective privé est mis à l'épreuve : l'esprit maléfique et calculateur de l'homme de science ne semble pas pouvoir être stoppé, même par un esprit aussi vif que celui de Holmes. Alors que l'enjeu grandit, le détective et le docteur Watson sont contraints de suivre la piste de leur ennemi à travers l'Europe, multipliant les risques et les embûches…


Noomi Rapace et Robert Downey Jr
Que ceux qui ont pris en grippe le Sherlock Holmes version Ritchie / Downey passent leur chemin, le personnage est conforme à ce qui a été fait quelques années plus tôt. Holmes est ici un amateur de déguisements foireux, un excentrique doublé d'un personnage cynique et grossier, un lutteur de grand talent et, évidemment, un observateur hors normes. Sa « malédiction » comme il l'appelle l'amène à dénouer les intrigues les plus emmêlées et à formaliser des déductions, certes alambiquées, mais jamais bien loin de la vérité. Le personnage, bien loin de l'icône soigneusement lustré qu'il incarne depuis des lustres, s'insère assez facilement dans la mouvance ultra-moderne qui régit désormais le cinéma : un brin anti-héros, un brin atypique, il n'est pas pétrit de bonnes intentions mais cherche davantage un défi à la mesure de son intellect. Dans le même état d'esprit, le tandem qu'il forme avec Watson (Jude Law) est orienté « franche camaraderie » et « humour débridé » parfois à la limite de la question à orientation sexuelle. Leur collaboration professionnelle n'est que le prétexte à d'amples bouffonneries guère utiles mais nécessaires au film.
Jared Harris
Celui-ci devient l'exemple même de la transposition factuelle et partiellement réussie d'un mythe centenaire, de la modernisation outrancière d'un concept qui ne peut plus faire de larges recettes aujourd'hui. Le film tient donc en équilibre, balancé entre le respect de l'œuvre originelle et sa volonté d'attirer un public jeune et massif. Au-delà d'une intrigue trop intellectualisée pour être honnête, Ritchie rythme donc les élucubrations de Holmes avec de savantes scènes d'action esthétisantes, gavées de Bullet Time, et emploie de nouveau sa fameuse rationalisation du combat qui permet au détective de démontrer l'étendue de son intellect lorsqu'il est couplé à ses capacités martiales. On se retrouve donc devant une suite très conforme à la version 2009 dans tous ses aspects, avec certes une dimension ésotérique moins poussée au profit d'une intrigue de plus large envergure, pas forcément bien expliquée mais compréhensible dans ses grandes lignes. On doute encore une fois de la pertinence des conclusions de Holmes et de la crédibilité de certains évènements, mais l'on savoure allégrement la technicité du réalisateur et quelques beaux affrontements d'esprits qui trouvent leur apogée dans une conclusion sans esbroufe mais néanmoins impressionnante.

Dans la continuité, Sherlock Holmes : jeu d'ombres transforme l'essai en proposant une suite globalement aussi réussie que l'opus de 2009, la surprise en moins. Le film divisera autant que précédemment : Robert Downey Jr est égal à lui-même, Guy Ritchie esthétise autant que possible, et le reste du casting (Noomi Rapace en tête) n'est présent que pour subir le monstrueux charisme et le débit labial de monsieur Holmes.


Jude Law et Robert Downey Jr

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