8/10

septième sceau (Le)

Je me rappelle que quand j'étais adolescent la simple évocation d'Ingmar Bergman me donnait des frissons dans le dos. J'avais vu Le silence et pour tout dire j'avais eu du mal à supporter le premier quart d'heure. Rassurez vous Le septième sceau, qui est le film qui a consacré Bergman comme metteur en scène hors normes, n'est pas aussi hermétique. Pourtant ce ne sont pas des thèmes légers qui sont abordés dans ce film : quel est le but de la vie ? Y a-t-il quelque chose après la mort ?

Tout commence sur une plage. Antonius Blok est un chevalier qui revient de dix ans de croisades avec son écuyer Jons. Au petit matin la mort vient chercher antonius. Ce dernier lui propose un challenge : une partie d'échecs. Si antonius gagne la mort devra le laisser sinon son heure aura sonné pour de bon.

Ainsi dès les premiers instants le ton est donné : l'histoire sera métaphysique. En effet, si antonius veut gagner du temps ce n'est pas qu'il a peur de la mort, mais c'est qu'il est tourmenté et cherche des réponses. Il veut savoir si Dieu existe ou pas, si la vie a un sens. Son écuyer au contraire est totalement hermétique à toute foi, toute idée de transcendance. Pour lui il n'y a rien que le vide après la vie.

Antonius et Jons traverse une europe où la peste fait rage. De villages fantômes en processions de flagellants, c'est dans un monde en dérive qu'ils tentent de rentrer au chateau d'antonius pour qu'il y retrouve sa femme. Bien que le chevalier et son ecuyer soient d'un point de vue spirituel diamétralement opposés, ils sont les seuls à garder un peu de lucidité, un peu d'humanité. Ils sont tous les deux calmes et lucides alors que les autres sont effrayés et superstitieux. Le chevalier est sans peur mais complètement perdu, c'est assez étonnant comme mélange et je ne crois pas l'avoir vu ailleurs. Il en résulte des dialogues entre lui et la mort, au fur et à mesure que leur partie progresse, qui sont vraiment de grands moments de cinéma.

Une caractéristique de ce film est l'esthétisme constant qui s'en dégage. Chaque plan est composé comme une peinture du moyen-âge. La cultissime scène (maintes fois reprise dans d'autres films) de la mort qui entraine antonius et ses amis dans une farandole sur une crête est somptueuse. Cependant cet aspect théatral, avec des acteurs qui en rajoutent par rapport aux standard actuels, et posé (au sens de poser pour une photo) pourra en rebuter plus d'un. Mais il faut s'en souvenir, ce n'est pas un film d'"entertainment" holywoodien auquel nous avons à faire mais à une oeuvre d'art.

Ce film n'est, de mon point de vue, pas sans quelques faiblesses : les personnages annexes par exemple (le forgeron et sa femme, les acteurs) diluent l'intensité des faces à faces entre la mort et antonius. Mais la composition de Max von Sidow (oui il s'agit bien du même acteur que celui de L'exorciste mais aussi de Minority report) est magistrale. La mort est elle aussi une vraie réussite (elle me fait penser au personnage étrange de Lost Highway). Leur face à face suffit à vous tenir en haleine comme dans le plus effrené des films de course poursuite...

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