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Schpountz (Le) - 1938

Une des collaborations Fernandel-Pagnol les plus drôles et émouvantes, en forme de déclaration d'amour au cinéma. Tout repose sur les dialogues et le jeu d'acteurs.

La carrière commune de Marcel Pagnol et de Fernandel compte pas moins de sept films de 1934 à 1953, en comptant les deux que Pagnol a écrits mais pas réalisés. Si l'acteur y joue souvent le nigaud amoureux d'une jeune fille qui lui préfère un bellâtre, il échappe par deux fois à ce rôle pour incarner des personnages plus complexes. Le Schpountz est la première de ces deux exceptions, et présente plus d'un point commun avec Topaze (qui est, oui, la deuxième).

« Schpountz », c'est le vocable utilisé par les initiés pour désigner les doux rêveurs qui se croient bourrés d'un talent qu'ils n'ont pas. Cette folie des grandeurs fait le
bonheur des membres d'une équipe de cinéma (joués entre autres par Robert Vattier et Orane Demazis, des habitués de Pagnol), qui se plaisent à faire des blagues aux schpountzs qui croisent leur chemin. Irénée Fabre (Fernandel), qui vit dans l'épicerie de son oncle (Fernand Charpin), prévoit de quitter sa campagne pour devenir une vedette du grand écran ; lorsqu'on lui fait signer un contrat qui l'invite à se rendre à Paris pour y devenir riche et célèbre, il y croit et se précipite...

« Le Schpountz, c'est un rôle extraordinaire dans un film extraordinaire. »

Si l'histoire fait apparaître le film comme une sorte d'ancêtre du Dîner de cons, le point de vue adopté est radicalement différent : on n'est pas tant invité à rire du couillon, qu'à se mettre à sa place pour mieux espérer la réalisation de ses lubies. Le personnage de Fernandel, comme celui qu'il tiendra dans Topaze, est destiné à se prendre une sévère leçon qui lui permettra d'évoluer : son assurance et sa naïveté arrogante des débuts le rendent presque antipathique, et il faut toute la bonhomie de l'acteur pour qu'on accepte le revirement qui s'opère progressivement.

« Tu n'es pas bon à rien, tu es mauvais à tout ! »

Comme dans sa trilogie marseillaise Marius-Fanny-César, Pagnol offre une approche résolument théâtrale, et s'intéresse manifestement plus aux dialogues qu'à la technique cinématographique. Nous sommes désormais en 1938, mais le
film semble dater du début de la décennie : faux raccords, transitions approximatives, photographie plan-plan... On note même une belle bourde dans le casting, puisqu'un même personnage est incarné par Pierre Brasseur et Roger Forster pour cause de scènes re-tournées (on peut cependant faire l'effort de croire qu'il s'agit de deux personnes différentes). On peut s'étonner de cette désinvolture, dans un film dont le sujet est un vibrant cri d'amour au cinéma.

Mais l'histoire et les acteurs, Fernandel en tête, suffisent à faire le film : le mélange d'humour et d'émotion renvoie directement à Chaplin, qui est d'ailleurs cité explicitement, et le coup d'œil sur les coulisses du cinéma des années 30 est croquignolet. Quant à la fameuse scène au cours de laquelle Irénée décline sur différents tons la phrase du code civil « tout condamné à mort aura la tête tranchée », elle constitue l'équivalent schpountzien de la tirade du nez de Cyrano, ce qui n'est pas peu dire.

En 1999, Gérard Oury tournera un remake avec Smaïn, dont le bide sonna le glas de la carrière du réalisateur.

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