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Sang pour sang

Découvrant que sa femme le trompe avec son propre employé, le mari, également patron d'un bar sordide, décide purement et simplement d'éliminer le couple d'amants. Convaincu de l'adultère par les très bons clichés d'un détective privé crapuleux, le mari lui offre 10 000 $ pour mettre à exécution ses cruelles intentions. Mais le détective, fidèle à lui-même, préfère assassiner le commanditaire avec le revolver à crosse de nacre de la femme, qui devient ainsi le principal suspect du meurtre de son propre mari. Bientôt, l'amant se retrouve nez à nez avec le défunt. Et aux alentours du cadavre, il trouve le révolver de sa bien-aîmée.

Autant rentrer dans le vif du sujet pour évoquer un film réalisé sans concession. Nous voilà d'entrée de jeu en plein coeur du Texas, loin de toute civilisation et sans aucune notion du temps qui s'écoule en temps normal. Dans cet univers assez inquiétant, sévèrement ralenti, un adultère provoque presque aussitôt, et indirectement, un meurtre commis de sang-froid. On comprend assez vite le pourquoi du comment. L'engrenage classique du polar ne tarde pas à se mettre en marche. Le mari trompé est la première victime d'un infâme divertissement qui va se jouer à quatre, envers et contre tout. Le quatrième étant mort, en l'occurrence. Sang pour Sang, c'est tout bêtement une histoire d'adultère qui se transforme en un véritable bain de sang.

Si les frères Coen ne sont plus de parfaits inconnus, c'est en partie grâce à ce film, qui voit le jour au début des années 80. La qualité de la réalisation, de la photographie et de l'exploitation des personnages, en particulier de leurs fascinantes expressions, y est certainement pour quelque chose. Le film a été habilement ficelé. Il est d'une subtilité telle que le défilement des images se veut parfois volontairement provocant. La violence est admirablement retranscrise, si bien que plusieurs passages sont vraiment à la limite du soutenable.

Projeté en l'an de grâce 1984 lors des festivals (et non festivaux) de Dallas, Los Angeles, Toronto, Deauville et New York, Blood Simple est aujourd'hui un film culte que les journalistes ont longtemps comparé aux oeuvres d'Alfred Hitchcock. Le film est cependant nettement moins bon que le récit des aventures de Barton Fink, cet écrivain en manque d'inspiration, ou bien encore celles de ce bougre de Lebowski. Blood Simple est un peu inconstant. Quant à l'humour noir, éternellement incisif, des frères Coen, il ne compense que partiellement les fortes tensions qui émanent, ici ou là, d'un film positivement volontaire et engagé.

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