6/10

sanction (La)

Insatisfaisante et maladroite, cette incursion de Clint Eastwood dans l'espionnage porte quand même les germes de quelques films postérieurs importants. Et la liberté typiquement 70s des dialogues et des situations est rafraîchissante.

Quand on évoque la carrière de Clint Eastwood, on pense à ses westerns, à ses polars urbains façon Dirty Harry, et plus récemment à ses films intimistes oscarisables ou à ses deux films de guerre sur la prise d'Iwo Jima. Mais qui se souvient de sa quatrième réalisation, en 1975, lorsqu'il se mettait en scène dans un film d'espionnage appelé La sanction ?... Pas grand-monde, et pour cause : le film est faible. Mais pas suffisamment pour mériter l'oubli dans lequel il est tombé.

Léon nettoie. Le T-800 termine. Mais avant eux, Jonathan Hemlock (Clint Eastwood) sanctionnait. Un joli mot pour désigner le tuage à gages, sauf que le bonhomme travaille pour la bonne cause : il reçoit ses missions d'une organisation gouvernementale secrète dirigée par un mystérieux albinos appelé Dragon. Malgré son envie de prendre sa retraite et de se consacrer exclusivement à son métier
"J'ai envie d'aller me balader"
officiel (professeur d'art en d'université), Hemlock se laisse convaincre d'appliquer une dernière sanction, qui requiert l'usage de ses talents d'alpiniste. Pour se remettre en forme à quarante ans passés, il fait appel à son vieux pote Ben Bowman (George Kennedy), et entreprend de démasquer l'ennemi qui se cache parmi les grimpeurs qui vont s'attaquer avec lui au mont Eiger, dans les Alpes...

A la lecture de l'intrigue, on imagine sans peine un thriller nerveux couronné par une course poursuite en pleine montagne, le tout ponctué d'assassinats brutaux et de quelques vannes pince-sans-rire de Clint. Mais curieusement, le film opte pour une approche pépère, limite comique, affectée d'un rythme erratique qui autorise un certain ennui par endroits. Le tueur impitoyable campé par l'acteur-réalisateur passe l'essentiel de son temps à draguer les minettes et à boire des bières avec son vieux pote, tandis que les blagues les plus lourdes défilent dans la bonne humeur générale : la serveuse appelée Beaucul (en v.o. : Buns, c'est-à-dire Fesses) à qui on confie un chien nommé Pédé, les séances joviales de bourre-pif que Clint offre à son entourage dans un galop d'essai du Doux, dur et dingue qu'il tournera l'an suivant... Pourtant, La sanction n'est pas exempte de qualités : outre sa capacité à brasser différents genres en un ratatouille dans laquelle chacun peut faire son marché (comédie, espionnage, action, ‘whodunnit'...), il préfigure l'air de rien quelques succès à venir. Impossible par exemple de ne pas faire un rapprochement entre le Hemlock poursuivi par ses étudiantes et l'Indiana Jones
"Finalement, j'ai envie de rentrer à l'hôtel !"
des Aventuriers de l'Arche Perdue qui fera son apparition six ans plus tard ; difficile également de ne pas penser à Cliffhanger (1994), qui fera lui aussi l'assemblage de l'intrigue policière et de l'alpinisme à haut risque pour procurer des sensations au spectateur. On notera au passage que Clint Eastwood a lui-même réalisé ses cascades, y compris l'escalade du Totem Pole de Monument Valley, dont l'accès fut interdit par la suite ; marrant, la scène où il finit cette ascension évoque l'ouverture de Mission: impossible 2, avec son Tom Cruise en vacances sportives.

Portant en lui les ingrédients de la réussite, y compris une musique de John Williams qui venait tout juste de commencer sa collaboration avec Steven Spielberg (pour Sugarland express en 1974), La sanction passe à côté de son potentiel pour n'être finalement qu'une curiosité sporadiquement divertissante. Sept ans plus tard, Clint Eastwood s'essaiera pour la deuxième et dernière fois au film d'espionnage avec Firefox l'arme absolue. Le résultat sera plus probant, mais ne supplantera pas pour autant l'image de l'acteur en cow-boy ou en Harry Callahan...

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Des grands classiques aux films d'actions hollywoodiens. Pas de tabous chez Krinein cinéma, hormis, peut-être, les films français qui sont trop souvent oubliés.

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