9/10

Samaria

Samaria est le dixième film de Kim Ki-Duk et son style s'est affiné. De la rase campagne d'après guerre et ses personnages aux émotions exacerbées nous passons à la ville et à ses perversions dans une Corée qui à fini par évoluer. La métamorphose est flagrante. On ne parle plus de guerre, ni même de souffrance. A l'instar de Locataires, film quasi muet sur des personnages qui n'existent pas dans une société qui a pris la place sur l'ancien monde et ses fractures, « Samaritan Girl » est un film d'un genre nouveau. Il parle de la béatification du monde et de ses souffrances, des sourires et de l'innocence. La violence, je vous rassure, reste présente mais ne sert plus à exprimer les doutes ou la frustration, il s'agit d'une colère un peu plus moderne.

Samaria commence par une histoire plutôt mignonne lorsqu'on connait Kim Ki-Duk. Deux jeunes filles de 14 ans veulent partir en vacances en Europe mais le billet d'avion coûte cher et l'argent manque. L'une d'entre elles décide donc de se prostituer pour leur donner les moyens d'accomplir leurs rêves à deux. Sur un font diaphane d'homosexualité et d'insouciance, les deux jeunes collégiennes font la paire. Tandis que l'une prend les rendez-vous avec ces pères de familles pervertis, l'autre s'y rend gaiement, le sourire aux lèvres, découvrant sa sexualité au moment où elle l'a choisi. Jae-Yong va de client en client et semble aimer ces hommes comme si il s'agissait de ses petits amis. C'est lors d'une ultime passe qu'elle perd la vie. Là encore au moment de mourir, son sourire imprime notre rétine et celle de sa meilleure amie, notre héroïne : Yeo-jin.

Le monde de Yeo-jin ne s'effondre pas pour autant. Il évolue alors dans une direction inattendue. Cette toute jeune fille qui vit avec son père essaye alors de sauver les âmes des anciens clients de son amie. Chemin faisant elle découvrira la vie.

Au-delà d'un scenario d'une puissance émotionnelle rare, nous découvrons des thèmes inexplorés jusque là par ce réalisateur que nous aimons tant. Si au depart KKD joue avec nous sur les limites de notre excitation, il ne va jamais assez loin pour laisser le spectateur se complaire et nous maintient subtilement dans un rôle de voyeur impuissant, silencieux et observateur. Tout au long de notre voyage avec notre nouvelle sainte nous somme à l'arrière d'une barque pleine d'eau qui continue à avancer. Cette métaphore, nous la retrouvons visuellement dans le film et elle exprime des choses très fortes. On se sent alors comme un poisson entouré d'eau, de froid et de silence avec un monde chaud et bruyant autour de soi. Mais celui-ci ne passe pas et c'est un peu cela de grandir.

La dernière partie ressemble a un rêve silencieux où se découpent les montagnes tel le caractère de notre petite Mère Theresa en quête de bonheur mais qui n'arrive qu'à se cacher pour pleurer.

Ce film est également rare car il dégage de l'intensité dans la pureté. Le grain est beau, la cinématique bien léchée et les personnages figés tels des anges. Au milieu d'un environnement arc en ciel, que ce soit du rouge, du bleu ou bien du sang, ils savent rester blancs. Ils se reconnaissent entre eux au milieu de ces mortels nauséabonds qui deviennent leurs accessoires et veillent les uns sur les autres puis s'abandonnent pour se laisser vivre.

Et tandis que le reste du monde survit, ils sont ceux qui vivent et meurent dans leur monde de couleurs.

Ce film est donc important dans la filmographie de Kim Ki-Duk car il lui ouvre une nouvelle porte. Il s'approprie enfin un cinéma de style tout en gardant ses thèmes et la violence de son traitement. Mais KKD à grandi et il possède enfin les qualités analytiques pour laisser parler ses compatriotes à sa place. Il est maintenant moins grand philosophe et sociologue mais il devient enfin cinéaste et son art ainsi développé touche presque les cieux. Il confirme donc avec brio le lyrisme et la beauté qu'il développait pour la première fois dans son film précédent Printemps, été, automne, hiver...et printemps et les porte à leur apogée.

Regardez, contemplez et grandissez. Il est bon d'être vivant en Corée.

A propos de l'auteur

5 commentaires

  • Dat'

    29/01/2008 à 20h58

    Répondre

    "Samaria commence par une histoire plutôt mignonne lorsqu'un connait Kim Ki-Duk. Deux jeunes filles de 14 ans veulent partir en vacances en Europe mais le billet d'avion coûte cher et l'argent manque. L'une d'entre elles décide donc de se prostituer "


     Le pire c'est que c'est vrai, Kim Ki-Duk a rarement fait aussi soft dans ses pitchs de depart XD


     Sinon il faut absolument que j'aille voir ce film, pour moi, ce realisateur est l'un des grands de ce monde.


     

  • nazonfly

    30/01/2008 à 10h02

    Répondre

    Dans mon petit cinéma d'art et d'essais, ils ont fait une rétrospective Kim Ki-Duk. Evidemment j'ai raté les films que je n'avais pas encore vus...


    Mais j'aime bien ce réalisateur, même si c'est parfois inégal. 

  • knackimax

    30/01/2008 à 22h58

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    Je vous conseilles particulierement The coast guard et Bad Guy dont je vous proposerait bientot la critique.

  • Dat'

    30/01/2008 à 23h26

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    Mon dieu Bad Guy u_u


     


    Hate de voir ta critique, ce film me marquera surement à vie.


     

  • Cineman

    31/01/2008 à 15h42

    Répondre

    J'avais beaucoup aimé aussi Printemps, été, automne, hiver... et printemps  et Locataires du même réalisateur . Faut que je m'arrange pour voir celui la tu m'as donné envie  

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