9.5/10

La saga RoboCop

D'un cynisme et d'une violence comme seul Paul Verhoeven sait en injecter dans un film de divertissement, RoboCop eut le malheur de connaître une descendance honteuse. Dans une vidéothèque, on pourra se contenter des deux premiers films.

RoboCop - RoboCop 2 - RoboCop 3 - La première série - Alpha Commando, la série animée - Directives prioritaires, la deuxième série

RoboCop (1987) : Robocop 1 d'abord

RoboCop a bien failli ne jamais voir le jour. Rejeté par plusieurs réalisateurs, le scénario de Michael Miner et Edward Neumeier atterrit entre les mains du Hollandais Paul Verhoeven, qui venait de réaliser son premier film américain avec La chair et le sang (1985). Comme ses collègues, Verhoeven s'arrête au titre et croit qu'il s'agit d'une histoire de super-héros pour enfants. Mais sa femme, lisant le scénario par curiosité, lui conseille d'y jeter un coup d'œil. Il a le coup de foudre, et accepte d'en faire son prochain film.

Le reste est entré dans l'Histoire : Alex Murphy (Peter Weller) rejoint la police de Detroit, récemment privatisée et administrée par la société OCP (Omni Consumer Product). Lors d'une arrestation qui tourne mal, Murphy est dézingué par une Hep, taxi !
Hep, taxi !
bande de malfrats qui travaille en sous-main pour un cadre de l'OCP. Parmi eux, on retrouve plusieurs visages amenés à devenir célèbres sur le petit écran : Kurtwood Smith (le papa de That 70s show), Ray Wise (le papa de Twin Peaks) et Paul McCrane (le pas papa Docteur Romano de Urgences) incarnent ici des truands sans pitié. Murphy est déclaré mort, mais son corps est récupéré par l'OCP, qui l'utilise pour son programme de création d'un androïde policier. Le résultat : RoboCop, un homme transformé en machine pour satisfaire les besoins d'une multinationale. Il ne va jamais aux toilettes et n'a pas de sentiments. En principe.

« 50% homme, 50% machine, 100% flic » est à la fois le slogan de l'affiche et celui que l'OCP pourrait utiliser pour promouvoir sa création. De la même façon que dans Starship Troopers 10 ans plus tard (dont le scénario sera également signé de Neumeier), Verhoeven joue avec le spectateur en l'immergeant dans une société futuriste inhumaine et fasciste, régie par des règles inacceptables. Les bulletins d'information, présentés sourire aux lèvres par deux potiches sans éthique, enfilent sans scrupule les annonces tragiques et superficielles, entrecoupées de plages de pub terrifiantes. La caricature est bien dosée, pour un peu on se croirait devant la vraie télévision. Dans ce monde absurde, Alex Murphy est un homme normal, presque dénué de personnalité, qui se retrouve à souffrir un martyr sans fin partagé par le spectateur : sa "mort" est une des scènes les plus violentes de l'histoire du cinéma (du moins à l'époque) et C'est pas moi, c'est Murphy (ouf).
C'est pas moi, c'est Murphy (ouf).
sa résurrection est proposée en caméra subjective, montrant le défilé des employés de l'OCP qui le charcutent et le bricolent. Douloureux. Il lui faudra beaucoup de force et d'abnégation pour se reconstruire intérieurement et résister à l'envie de se suicider (comme on le verra dans RoboCop 2). Verhoeven a lui-même comparé son héros à... Jésus-Christ. Jésus-Christ avec un flingue gros comme le bras.

Satiriste de génie, Verhoeven est également un as du divertissement : RoboCop est un monument du cinéma d'action, et on y trouve des scènes d'une violence et d'une force que l'humour noir rend supportable tout en leur donnant un sens (le flingage du cadre d'OCP par le premier roboflic "mal réglé"). L'histoire fonctionne grâce à une galerie de personnages intelligemment écrits qui mettent le "héros" (plutôt victime, en réalité) en valeur : sa partenaire asexuée Anne Lewis (Nancy Allen), son chef bourru mais foncièrement intègre (Robert DoQui) et surtout la galerie de pourritures qui peuple les couloirs de l'OCP, à la tête desquels on trouve Ronny Cox, le lieutenant Bogomil du Flic de Beverly Hills.

Brillant et redoutablement divertissant, porté par une musique tonitruante de Basil Poledouris (Conan le barbare) RoboCop est un classique habité par le feu sacré, une actualisation du mythe de Frankenstein doublée d'une critique acerbe de la société et sa folie égoïste. Malheureusement, le film subira un sort comparable à celui de Highlander, foulé au pied lui aussi par une série de dérivés à la qualité constamment décroissante.

RoboCop 2 (1990) : RoboCoke en stock

Trois ans plus tard, alors que Verhoeven s'attelle à Total recall, la suite de RoboCop est confiée à Irvin Kershner. L'ancien professeur de cinéma de George Lucas est habitué à porter ce genre de projet : on lui doit L'empire contre-attaque (une des suites les plus attendues de tous les temps) et Jamais plus jamais (le J'me sens un peu en vrac.
J'me sens un peu en vrac.
retour improbable de Sean Connery en James Bond après douze ans d'absence). Par ailleurs, le scénario est confié aux bons soins de Frank Miller, auteur de comics connu pour son talent et la noirceur de ses œuvres : s'il n'a pas encore pondu la série culte des Sin City, on lui doit déjà The dark knight returns et les épisodes de Daredevil époque Elektra. Convaincu par le duo, Peter Weller accepte d'endosser une nouvelle fois l'armure.

L'histoire tourne autour du trafic d'une nouvelle drogue appelée Nuke. Créée par un maboul du nom de Cain (encore une référence biblique !) interprété par Tom Noonan, elle est au cœur d'une économie parallèle et illégale dont l'un des principaux dirigeants est... un gamin de l'âge du fils d'Alex Murphy ! La confrontation entre les deux occasionne nécessairement un serrement de cœur, surtout quand l'adolescent ordonne le démembrement de RoboCop au marteau-piqueur... Noir et violent, le film arrive à capturer une partie de l'essence de l'original, malgré un scénario un peu décousu qui contient plusieurs histoires sans rapport entre elles. On notera l'utilisation des premières images numériques en parallèle des animations image par image qui constituait encore la norme à l'époque.

RoboCop 3 (1993) : Ninja lose

L'affiche japonaise, très parlante
L'affiche japonaise, très parlante
Frustré par sa collaboration à RoboCop 2, qu'il n'estime pas conforme à sa vision, Frank Miller accepte pourtant d'écrire le film suivant. Il le regrettera amèrement : réécrit dans son dos et tourné en dépit du bon sens, le film n'a aucun rapport avec son scénario et reste à ce jour le point le plus bas de la vie du personnage. RoboCop, interprété par l'inexpressif mais bien nommé Robert Burke, vole, fait équipe avec une fillette astucieuse (rââââh, faites qu'elle meure !) et se bat contre des ninjas cyborgs (il y a des baffes qui se perdent) au milieu d'une histoire de grève des flics qui ne respecte en rien la mythologie développée dans les deux premiers films. Egrener les gimmicks ne suffit pas à s'inscrire dans une logique (la phrase finale du premier film, « Appelez-moi Murphy », est reprise sur l'affiche du 3).

Banni du grand écran, RoboCop tentera plusieurs fois son come-back sur le petit...

La première série (1994)

Eden a son jardin secret
Eden a son jardin secret
Avec son pilote écrit par Michael Miner et Edward Neumeier et son vernis d'humour noir, la série de 1994 fait des efforts pour s'inscrire dans la lignée des deux premiers films. Mais sa nature de spectacle télévisé en prime-time lui interdit la moindre audace déplacée, et les scénarios tournent vite à la grosse blague, truffés qu'ils sont de super-vilains trop excités. On notera l'ajout de deux personnages particulièrement agaçants, l'hologramme ‘deus ex machina' et la gamine ‘quota', et le remplacement de Nancy Allen par la mignonnette Yvette Nipar dans le rôle de Lewis. Quant à Murphy / RoboCop, il en est à son troisième interprète : Richard Eden, qui se défend plutôt bien, surtout quand on sait que ses débuts à l'écran ont eu lieu dans Santa Barbara...

La série, pas méchante mais franchement pas fantastique, ne connaîtra qu'une seule saison de 23 épisodes.

Alpha Commando, la série animée (1998-99)

50% machine 50% dessin
50% machine 50% dessin
En 1988, une première série animée de bien triste mémoire avait été produite pour faire suite au succès du film. Destinée à un public enfantin, elle fit un tel bide qu'il est impossible aujourd'hui de s'en procurer le moindre épisode. Dix ans plus tard néanmoins, le public semblait prêt à accepter que RoboCop soit un divertissement pour marmot. D'où les 40 épisodes de Alpha Commando, une série de dessins animés bien primaires faisant de RoboCop ce que Paul Verhoeven craignait qu'il soit à l'origine : un super-héros bêta dans un monde coloré de cartoon. Le clin d'oeil qui consiste à donner aux deux assistants les noms des scénaristes Miner et Neumeier ne sauve en rien ce ratage.

Arrivé à ce stade, le personnage semblait cuit, mort et enterré.

Directives prioritaires, la deuxième série (2001)

Pour ceux qui n'auraient rien vu de ce qui précède : « Directives prioritaires : 1. Maintenir l'ordre public 2. Protéger les innocents 3. Appliquer la loi »


En 2000, le projet de remettre RoboCop sur les rails est lancé à travers cette coproduction USA-Canada qui parvient partiellement à renouer avec la noirceur des débuts. Exit les personnages périphériques, l'action se situe désormais 10 ans après la création de RoboCop, et son fils James est devenu un cadre de l'OCP (eh oui). Robo retrouve un ancien collègue appelé John Cable, et se retrouve obligé de l'affronter par la faute de comploteurs qui l'ont reprogrammé (les fourbes).

En fait de série, Directives prioritaires est composé de quatre téléfilms de 90 minutes, intitulés Dark Justice, Meltdown, Resurrection et Crash & burn. Débarrassée de l'aspect grassement comique de la série précédente, celle-ci souffre en revanche d'un acteur plutôt moche (Page Fletcher), d'un excès de bavardage, et de séquences incongrues comme celle où RoboCop s'acharne sur un criminel déjà mort. Le côté positif, c'est que ça saigne : on est sur une chaîne du câble, et surtout dans les années 2000. L'ambiance lorgne du côté du polar, avec quelques envolées lyriques façon western spaghetti. Diffusés en janvier 2001, les quatre épisodes sont un effort louable bien qu'imparfait de sauver le personnage, mais ne connurent malheureusement pas de suite.



Outre ces diverses prolongations audiovisuelles, RoboCop a également donné naissance à une série de comic books édités par Marvel, un parc d'attraction ouvert en 1993 et plusieurs jeux vidéos.

Aujourd'hui, on parle d'un RoboCop 4 pour le grand écran. N'y a-t-il donc personne pour le clamer ? Tout était dit dans le film de Paul Verhoeven. Le reste n'est que trahison et exploitation. Le seul moyen de sauver la saga serait sans doute de confier carte blanche à Frank Miller pour écrire et réaliser le prochain film. Encore faudrait-il pour cela que son adaptation de The Spirit arrive à convaincre les majors de son potentiel commercial...

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2 commentaires

  • Kei

    01/05/2008 à 19h25

    Répondre

    Après avoir lu la critique, je me suis décidé à voir le film, que je prenais pour un nanar (l'effet Highlander a frappé).


    Globalement, c'est bien, mais ça a quand même assez mal vieillit. La violence et le cynisme sont évidents, mais pas aussi percutant que ce que j'aurais pensé. Et l'intrigue en elle même casse pas trois pattes à un canard.


    J'ai été assez déçu, je m'attendais à bien mieux. Je reconnais qu'il a de quoi obtenir le statut de film culte, mais ce n'est pas un film à découvrir maintenant. Non pas que je sois blasé, mais après tout ce temps, ça manque un peu de force. Orange Mécanique en a gardé bien plus selon moi.

  • Plax

    22/08/2011 à 21h31

    Répondre

    Tout simplement génial !http://cinema.krinein.com/robocop-8787/critique-7422.html

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