6/10

Saawariya

Un gros paquet de bonbons à l'indienne, qui peut finalement donner mal au ventre. Mais le goût n'est pas si mauvais, malgré l'excédent de sucres...

Un Bollywood de moins de trois heures, cela existe, en voici la preuve. Un peu moins de 150 minutes pour ce Saawariya qui comporte néanmoins tous les éléments indissociables des films indiens. Et c'est pourquoi il ne faudra pas vous étonner de voir les personnages principaux commencer à pousser la chansonnette en plein milieu d'une scène, entraînant l'ensemble de la figuration dans une danse endiablée et rythmée au millimètre. Un peu comme une comédie musicale, oui, sauf qu'ici, il s'agit de la spécialité nationale. Et s'il n'y avait pas ça, Saawariya serait une coquille affreusement vide, pourtant inspirée d'une nouvelle de Dostoievski, Nuits Blanches.

Un pont que l'on voudrait nommer
Un pont que l'on voudrait nommer "Soupirs"...
Grosso modo, l'histoire nous raconte les tourments amoureux de Raj, jeune musicien fraîchement arrivé dans une ville carton-pâte tout droit tirée de l'imaginaire probable d'une jeune adolescente désespérément romantique. Le décor a beau faire un peu faux, se cantonner aux nuances du bleu, il offre au film un paysage féérique et irréel, appartenant quasiment au patrimoine de la fantaisie. Tout y est artificiel, semble vide et inconsistant, mais affiche une identité forte, bien loin de l'univers antiromantique de Dostoievski, nous rappelant à notre bon souvenir les magnifiques paysages vénitiens. Ce n'est pas pour rien que le gros de l'intrigue tourne autour d'un pont, où les amoureux se retrouvent et se déchirent. Et quand je dis le "gros de l'intrigue", c'est un euphémisme. Ce pont va nous être ramené à tort et à travers, prétextant n'importe quoi, si possible une explosion de sentiments sirupeux parfois à la limite du supportable. Car Saawariya vogue loin, très loin sur l'océan de l'amour, aux frontières même de la niaiserie, le pire étant que le capitaine du vaisseau a été moulé dans la guimauve même. Le personnage est tellement empli de bons sentiments qu'il en devient parfois repoussant, lui et son surjeu évident. Ses petites danses n'arrangent rien, ni même ses brusques envie de tournoyer en serviette de bain. Sa conquête féminine n'en est pas moins aussi incongrue, entièrement dévouée à un amour lointain qui semble ne jamais vouloir revenir, monomaniaque dans ses sentiments, pour ne pas dire flippante. En fait, pour raccourcir, la quasi-totalité des personnages appartient à la catégorie "flippante", par leur manière de se comporter, que ce soit les héros, la grand-mère bonbon, le militaire lover, ou la prostituée fofolle. Ce dernier personnage est peut-être le seul à apporter un semblant d'intérêt psychologique, mais nous avions bien compris que le but du film n'était pas de faire réfléchir, mais de proposer un spectacle dansé des plus crédibles.

Les amateurs de cinéma indien retrouveront leurs marques dans cette production pleine de bons sentiments et de danses entraînantes, doublée d'un traitement visuel très réussi, mais pourront parfois être un peu écœurés par cette avalanche de sucre qui ferait dégouliner les bluettes américaines. Si vous vous sentez de découvrir Bollywood ce mois-ci, notre conseil sera d'aller voir ailleurs pour le moment, le changement de pression peut donner le vertige.

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