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Romanzo Criminale - DVD

Critique du DVD

Romanzo Criminale, au même titre qu'Arrivederci amore ciao de Michele Soavi peu de temps après, a fait figure de bonne surprise et de petit miracle lors de sa sortie en salles, le cinéma italien ayant depuis quelques années un peu de mal à traverser les Alpes. Cette excellente oeuvre de Michele Placido est désormais disponible en DVD, et c'est avec plaisir que l'on retrouve Le Libanais, le Dandy et le Froid cherchant à conquérir Rome dans ce film de gangsters racé doublé d'une froide chronique des Années de Plomb italiennes.

Revoir Romanzo Criminale, c'est quelque part lui rendre justice. Il faut bien une seconde vision pour assimiler la densité du film, mêlant des seconds rôles en surpopulation et une intrigue à plusieurs niveaux. Et si le dernier acte apparaît toujours un tantinet opaque, avec ses règlements de compte aux motivations nébuleuses, la plupart des personnages gagnent en épaisseur, au fil d'une parole ou d'un acte paru comme négligeable au premier abord. La prostituée Patricia et le commissaire Scialoja, dans leur relation trouble, atteignent ainsi la profondeur de certains protagonistes maudits des films noirs. Le Libanais devient un personnage tragique qui, au cours d'un dialogue terriblement prémonitoire, annonce sans le savoir sa propre mort. Le Noir, bras armé désintéressé de tout sauf de ses armes, apparaît comme l'un des seuls voyous à avoir gardé la tête froide face au pouvoir et à l'argent...

Michele Placido a réalisé une oeuvre forte et très riche, aussi jouissive qu'émotionnelle, où surnage constamment une impression d'apocalypse imminente. Passé un début que n'aurait pas renié Martin Scorsese, alors que la caméra présente tout un tas de truands sur un rythme infernal, il trouve son propre style, moins référentiel qu'il n'y paraît. Avec sécheresse ou pudeur, il nous dépeint son pays d'alors, en proie au doute et à la violence, à travers les déambulations d'une génération oubliée, sans avenir, qui n'avait d'autre choix que de se rebeller. Si les Années de Plomb ne sont aujourd'hui plus qu'un mauvais souvenirs, Romanzo Criminale, plus qu'un grand film, apparaît finalement comme une sorte de cri rappelant que de cette période, il reste des questions sans réponses...

Le DVD

Distribué par Warner, le DVD de Romanzo Criminale devrait connaître une diffusion plus heureuse que sur grand écran, où son nombre de copies était plutôt chiche. Modeste mais bien faite, l'édition 2 DVD propose une piste française (Dolby Stéréo 2.0) et une piste italienne sous-titres, ainsi qu'une image tout bonnement magnifique. A l'image des jolis collectors dont nous gratifie l'éditeur, le packaging se déplie en trois volets, et se range dans un fourreau en carton au lettrage en relief.

Sur le deuxième disque, la poignée de bonus fait un peu déchanter. Un making-of, deux reportages et rien de plus. Michele Placido étant davantage connu comme acteur que comme réalisateur, un commentaire audio aurait sûrement été bienvenu pour connaître davantage son travail derrière la caméra.

Le making-of, informatif sans plus, nous montre Michele Placido donner presque outrageusement de sa personne. Une manière de diriger qu'il partage Dario Argento, dans sa manie de tout montrer et de mimer jusqu'à la bonne façon d'embrasser. Un bonus un peu trop sage tout de même, qui n'apprend pas grand chose.

Plus intéressants sont les deux reportages : Un Roman Italien et Enquête sur un Tournage. Le premier est de loin le plus indispensable, puisque s'attarde sur le contexte historico-politque traité par le film (et le roman original dont il fut tiré). Aldo Moro, l'attentat de Bologne, la bande de criminels qui inspira celle du Libanais, autant d'informations complétant parfaitement le film, voire aidant à sa bonne compréhension. Giancarlo de Cataldo, l'auteur du roman et scénariste du film, tient dans ce documentaire une place centrale et y va de sa petite théorie du complot, confirmant à demi-mot que le gouvernement italien détient encore quelques secrets trop bien enfouis. Enquête sur un tournage laisse quant à lui la part belle aux acteurs et à Michele Placido, vague sosie de Jacques Weber, qui nous parle de ses méthodes de réalisation et de ses influences. Tel Fellini, Michele Placido se compare volontiers à un chef d'orchestre, omniprésent, pointilleux, sans pour autant négliger ses acteurs, qui tout comme lui construisent le film au rythme de leurs idées ou de leurs improvisation. Comme dans le making of, c'est non sans surprise que l'on entend le réalisateur évoquer Pasolini ou Truffaut parmi ses inspirations majeures. La tragédie, la jeunesse en manque de repère, des thématiques qui s'inscrivent parfaitement dans Romanzo Criminale.

Si les bonus auraient gagné à être plus conséquents, il s'en dégage tout de même une impression heureuse : celle d'une équipe fière de son film, qui s'est battu pour lui au détriment de l'argent à gagner. Il y a des causes moins nobles que de refaire l'histoire et qui sait, tenter d'y apporter un éclairage nouveau.

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prestige (Le)

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1 commentaires

  • Anonyme

    20/06/2008 à 09h42

    Répondre

    Vraiment un excellent film.


    Quelques longueurs quand même.


    La foison de personnages secondaires rend un deuxième visionnage indispensable pour bien comprendre qui fait quoi

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