5.5/10

Roi Arthur (Le)

Serait-il devenu tendance, à l'image de Troie, de ramener sur terre l'immense foule de littéraires conquis par les récits fantaisistes des légendes passées ? Il faut le croire, étant donné le nombre de millions de dollars voués à reconstituer la pure vérité de chez pure vérité, l'Histoire avec un grand H, celle qui a été retrouvée au travers d'années de fouilles archéologiques et au prix d'un travail passionné et méticuleux. Les faits, seulement les faits. Promis, juré, craché, filmé. Pas la peine donc de réviser votre Boorman ou votre Disney, ce qui va vous être présenté fera dans l'inédit. Ou tout du moins, c'est ce qu'on espère nous faire avaler...

Après une dernière mission couronnée de succès, Arthur (Clive Owen) et ses chevaliers sont sur le point de s'affranchir de l'armée romaine et de goûter aux joies de la liberté. Mais l'église ne consentira à les laisser partir qu'après une ultime mission : organiser le sauvetage d'une importante famille romaine catholique, au-delà du mur d'Hadrien, et les ramener en sécurité. Les saxons avancent chaque jour, Arthur sait que le danger est grand. Mais il n'a pas le choix. Si lui et ses hommes veulent redevenir libres, ils doivent de nouveau combattre....

Ils manient l'épée comme personne, ils tirent à l'arc au-delà des portées conventionnelles, ils affichent de jolies gueules d'amour, et ils ne perdent jamais. Lancelot, Galahad, Bors, Tristan, Gauvain, Dagonet, les preux chevaliers du roi Arthur ! Enfin, « roi », c'est vite dit. Plutôt « commandant », dans l'armée romaine. Car, pour les gentils pontes qui ont écrit le scénario, il était impensable de re-sucer une nouvelle fois le mythe en y changeant trois quatre détails par ci par là. Non, autant tout changer, revenir aux sources, à la genèse très terre-à-terre de l'histoire d'Arthur et de ses potes. Oh, il y a tout de même des repères : Arthur a sa table ronde ; et Arthur a son Excalibur. Par contre, pour la suite, il faut penser à s'accrocher : Arthur commande sa petite troupe en Bretagne, et affronte les saxons ; Merlin se terre dans la forêt avec sa tribu bretonne ; Guenièvre tire à l'arc et n'est guère plus qu'une nana un peu culottée sans grand intérêt intellectuel. Evidemment ça perd un peu de matière chevaleresque et de fantaisie, mais puisqu'on nous dit que c'est la véritable histoire, autant passer l'éponge... un temps. En tout cas, la légende avait au moins pour elle l'avantage d'être intéressante et un brin hors des sentiers battus du conte historique pile poil véridique. L'Histoire, elle, n'est rien de plus que le récit d'un groupe d'hommes qui bataillent contre un autre groupe d'hommes, à en croire le joli petit scénario que l'on a bien voulu nous pondre. Il y a bien quelques tentatives de fond, du travail un peu désordonné pour donner consistance et spirit au calvaire de Arthur et ses chevaliers. Tombent parfois des valeurs de liberté, d'appartenance, de peuple, de tolérance, de religion, de doux mots vite écrasés par le sabot d'un cheval ou balayés par le sourire Steradent de Lancelot. Tant pis, alors il faudra batailler. Caméra à l'épaule. L'un des plus mauvais choix qui existent pour filmer un affrontement de troupes, lorsque l'expérience fait défaut. Lancelot et Arthur font des petits tours sur eux-mêmes en donnant de l'épée, je crois... Attendez... Oui, ils sont vivants, ouf. Satanée caméra qui ferait passer Michael Bay pour une statue grecque. Heureusement, ce n'est pas le nombre de batailles qui va occuper les deux heures de pellicule. Pourtant, les saxons ne demandent que ça. Leur chef : un mormon dépressif sous calmants. Son but : raser la Bretagne, c'est dit, il s'y met aujourd'hui. Coup de grâce, Hans Zimmer déçoit, peut-être trop peu inspiré par Real Arthur (ça se comprendrait), en livrant une Bande Originale presque totalement insignifiante.

Oubliez Avalon, Camelot, le Graal et, si possible, remplacez mentalement les noms d'Arthur, Lancelot, Guenièvre par d'autres. Voilà, vous obtenez un sympathique petit film d'histoire lorgnant goulûment sur un Gladiator, l'esprit chevaleresque et le souffle épique en moins. Pas grand-chose de nouveau sous le soleil d'août, en somme...

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5 commentaires

  • Anonyme

    05/08/2004 à 00h00

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    Je sors à l'instant de la séance du film et j'ai été agréablement surpris , je dois le dire . Etant étudiant en histoire sur le point d'entrer en licence , j'avais un peu peur après avoir assisté au spectacle lamentable offert par Troie de Wolfgang Petersen , bon film au demeurant mais tout à fait aux antipodes de ses sources historiques ...

    Le roi Arthur , de ce côté , est bien plus intéressant ! J'avoue ne pas connaître l'histoire originelle dont s'inspire le film en détail , mais par contre je m'intéresse beaucoup à l'histoire de l'armée romaine . L'idée de faire des chevaliers d'Arthur des Sarmates enrôlés dans l'armée romaine est bien choisie : non seulement parce que ce peuple était en effet redouté des Romains pour sa cavalerie lourde , ce qui convient pour incarner des
    " chevaliers " , mais aussi car cela montre la barbarisation progressive de l'armée romaine , ces mêmes chevaliers étant dirigés par Artorius alias Arthur , romain mais de sang breton ... ce qui montre aussi l'influence des élites locales au moment de l'agonie de l'Empire ...
    Les combats sont dynamiques , même s'ils ne sont pas parfaits . L'attaque du convoi au début montre assez bien la réalité de la guerre à laquelle était confrontée l'armée romaine de cette époque . Contrairement à une idée reçue , les légions ne tenaient plus le haut du pavé : l'armée romaine s'est adpatée à ses adversaires barbares , a comme toujours copié leurs méthodes de combat et leur équipement et justement a enrôlé des barbares pour se servir de leurs atouts propres dans les batailles . Avec des effectifs insuffisants pour garder un immense territoire , Rome menait pour sa survie une guerre d'embuscades , de coups de main , de raids , même s'il y a eu encore de grandes batailles ; seulement cette forme de combat est devenue minoritaire ...
    Un réel effort a été fait pour certains aspects historiques : la reconstitution du mur d'Hadrien , qui est plus suggérée que montrée dans le film est intéressante ; les campements de même ; les chevaliers sarmates , lors de la bataille finale , sont équipés d'armures et leurs chevaux de carapaces de combat qui sont à mon avis assez réalistes ; les Sarmates en effet ont acquis cette technique au contact des peuples du Caucase , qui l'ont aussi transmis aux Parthes Arsacides puis à leurs successeurs les Perses Sassanides ... en revanche les autres soldats romains du film semblent anachroniques , leur tenue date plutôt des deux premiers siècles après J.C. ...
    Les Pictes restent fidèles à eux-mêmes et tiennent la comparaison . Les Saxons aussi , d'ailleurs : leur armée est uniquement composée de fantassins , ce qui colle normalement ; leur équipement apparaît correct . La bataille sur le lac gelé est bien tournée mais l'affrontement final est assez confus ...
    Un autre point à noter est l'évocation des discordes religieuses : Artorius suit la doctrine de Pélage , condamné si je me rappelles mes leçons comme hérétique et l'on sent bien dans le film toutes les ambiguités des problèmes que crée le christianisme dans l'Empire , face aux païens et aux interprétations divergentes de la foi ...
    Quant aux acteurs , ils sont globalement bons . Guenièvre par contre ne tient pas son rôle , face à Arthur ou au chef des Saxons ...

    En dehors de ces considérations historiques , je recommande de voir le film qui se laisse regarder . Même s'il n'est pas un hit , il montre une réelle volonté de voir les choses comme elles étaient , même si on sent des relents d'exaltation de la liberté , de l'esprit de sacrifice , de défense de la nation qui embrassent malheureusement la réalité du monde aujourd'hui dans le conflit que mène G. Bush en Irak ...

    Kelilean

  • weirdkorn

    05/08/2004 à 00h01

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    Voilà comment se planter en beauté dans ce genre déjà mainte fois vu. Je ne reviendrai pas sur le fond de lhistoire, mettre Arthur chez les romains ne ma posé de problèmes. Par contre, il faut que le reste suive et ce nest vraiment pas le cas. Commençons par les batailles. Elles sont peu nombreuses (pour résumer une au début, une au milieu et une à la fin) et sans aucun intérêt. On ne voit rien, cest filmé avec les pieds (quoique ça aurait pu plus le faire). Pas un seul réel coup porté, pas de sang qui gicle, vraiment rien de rien. Par contre, la bataille sur la glace, un peu plus originale se regardait plaisamment. Bon, laction nest vraiment pas terrible vous laurez compris. Voyons maintenant les sentiments. Cela déborde daméricanisme, dune bonne pensée, la franche camaraderie et jen passe. Alors on pousse des cris pour rien comme si on était à un concert de métal et lon connaît tout le déroulement de lhistoire depuis le début. Rajoutons la scène de sexe pour faire plaisir à tout le monde et la boucle est bouclée. On peut faire pire, mais dans ce genre que jaffectionne le résultat ne ma pas du tout convaincu. Reste lefficacité et la maîtrise américaine, seules capable de limiter la catastrophe.

  • Anonyme

    06/08/2004 à 00h02

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    Bonjour !

    Je dois dire que j'ai beaucoup rigolé à la critique qui porte sur le "remaniement" de l'histoire !!!!...

    Malheureusement tout le monde connaît la version toute sage et toute tranquille des légendes arthuriennes revues et corrigées par Chrétien de Troyes afin que ça colle aux moeurs catholique (nous sommes alors au moyen-âge).

    Mais les légendes celtes sont bien plus anciennes ! déjà dire que c'est historique ça me fait bien rire : il n'existe aucune preuve de l'existence d'Arthur... juste une trace de son éventuel père dans certaine version : Ambrosius Aurelianus (chef de guerre breton avant d'être roi, il tenait son autorité des légions romaines dépassées par les invasions barbares en "Bretagne"). Bref je vais pas vous raconter toute l'histoire. Mais les légendes racontent qu'avant d'être roi, Arthur dû prouver sa valeur en débarassant le pays des invasions pictes, irlandaises, saxonnes... j'en passe. La seule différence c'est que ce n'est pas lui mais son ascendant qui se battait pour les romains. Avant d'être roi il était chef des armées... La table ronde et Camelot arrivent bien plus tard, une fois que la paix est ramenée dans le royaume.
    Quant à Guenièvre... Ben oui à l'origine la femme du roi Arthur n'est pas une femme ordinaire mais la fille guerrière d'un roi Irlandais. Et effectivement : les chevaliers d'Arthur ne perdent jamais ! Sauf dans la quête du Graal...

    Bon en même temps je n'ai pas encore vu le film et je crains que la chronologie ne soit pas du tout respectée. Je crains aussi pour le masacre du personnage de Merlin (il est toujours massacré partout !)... Maintenant il faut voir ce que ça vaut au niveau visuel et apparemment ce n'est pas à la hauteur des espérances... même Hans Zimmer nous décevrait ?... Je veux voir ça par moi-même !

  • Anonyme

    24/08/2004 à 00h03

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    Bonjour a tous,

    Je sors a l'instant de la salle. Je suis mitigé... Le film tenait le cap jusqu'au dernier virage avec sortie de route à la clé...

    Les motivations d'Arthur, les religions, la situation critique de l'empire romain sont autant de thèmes assez bien traités. J'ai bien aimé l'hypothèse des cavaliers lourds sarmates (branche des scythes). Les saxons sont vraiments bien présentés et crédibles. Ils font même peur. La scène de combat du lac est vraiment spectaculaire, j'en aurais bien aimé d'autres dans ce style. J'étais bien content et impatient de voire la fin, le film défilait depuis 1h45 ... mais voila, les américains sont ressortis de terre (armies of the darkness le retour...) avec leur happy end grand public.

    1h46... un des chevaliers tire une flèche en tir tendu depuis une colline en arrière du fort (très mal conçu puisqu'il a un seul coté, non non ce n'est pas le mur d'hadrien) pour toucher le traitre se trouvant dans un arbre très toufffu situé à environ 1 km. Arrrrrg !

    Les portes du chateau s'ouvrèrent toutes seules et bien entendu ces cons de saxons tombèrent dans le piège puisque les portes se fermèrent après leur passage... encore toutes seules. Mettons ça sur le compte de la magie puisqu'il n'y en a pas eu jusque là...

    Bon le chef saxon s'énerva et pénétra avec toute sa troupe (environ 2000) et c'est là que les pictes attaquent. De vulgaires pouilleux aux longues barbes avec des peintures de guerre. En les voyant si maigrichons et si mals armés on se demande comment ils ont fait pour terroriser tous les peuples des alentours pendant des siècles... Passons... Les plans ne filment ces guerriers que par trentaine alors que les saxons par milliers... L'imagination fait le reste car on se doute qu'ils doivent être plus nombreux.

    Sensés être de l'infanterie légère, les voila venir avec des pseudos trébuchets (armes lourdes d'appuis pour armées régulières) avec Merlin a leur tête. C'est peut être encore la magie de Merlin... La suite est un combat brouillon où certains personnages meurent comme des nuls.

    Arthur est bien campé, tout comme ses chevaliers. On peut regretter l'inconsistance de Lancelot qui n'est ici qu'un pur second rôle. Le coté force légendaire a été oubliée...
    Guenièvre en guerrière, pourquoi pas mais bof bof quand même... Merlin est vraiment nul à ch* mais c'est le scénario qui pêche pour lui et les méchants saxons père et fils sont tels que je me les imagine pour l'époque et biens joués.

    La fin est happy end (ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants) et baclée avec une voix off rappelant le gout amer de la fin de "Pearl harbor".

    Dommage... comme d'habitude moi je terminerais pas un "peut mieux faire".

    A bientot

    John

  • Anonyme

    06/09/2004 à 00h04

    Répondre

    Bonjour de la part d'un parisien passionné par le sujet et nouveau sur le net. Je vais faire court, et les intervenants précédents ont déja dit beaucoup de (bonnes) choses :Ce qu'il y a de pas mal dans ce film c'est l'époque (à peu prés celle de l'Arthur "historique" ) et les références aux questions religieuses (inhabituelles), (et je ne parlerai pas du côté grand spectacle). Ce qu'il y a de regrettable, outre des petits défauts relevés par les autres commentateurs, ce sont les arbalètes des saxons (700 ans d'avance), c'est la présence de Lancelot (il n'a rien à faire là, si on se veut historique) et pourquoi le faire mourir au Mount Badon!! Quant à Guenièvre...Je sais bien que les femmes celtes avaient du pouvoir mais une battante comme ça !(il y a du politiquement correct là-dessous) et en bikini en plus ! Finalement, même si j'ai trouvé l'ensemble pas trop mal, j'attends encore LE film sur le thème en question. Mais tout dépend naturellement comment on veut le traiter (réaliste, féerique ou classique). Le meilleur film ne serait-ce pas celui que l'on ferait ?
    (cela dit, si quelque cinéaste voulait adapter les Dames du Lac... )Pour ma part, au risque de choquer les fanatiques d'Excalibur, je garde un bon souvenir des Chevaliers de la Table Ronde (avec R.Taylor et Ava Gardner): c'était très hollywoodien, pas historique, ni féerique mais assez fidèle à T. Malory.
    PS Les troupes de Merlin sont-elles bien des pictes ? J'y ai vu plutôt des bretons païens...
    -L'hypothèse de la cavalerie sarmate : pourquoi pas ? Je l'avais relevée il y a quelques années sur Science et Vie (je crois)
    - Les compagnons d'Arthur : là-aussi on pourrait trouver à dire (oui mais)

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