9.5/10

Roger & moi

"Il était une fois, dans le plus riche des royaumes, les États-Unis d'Amérique, une grande entreprise qui prospérait depuis des décennies : General Motors. Dans la merveilleuse petite ville de Flint dans les hautes contrés du Michigan, General Motors employait au bas mot 30.000 personnes. Ces derniers étaient fiers d'appartenir à la plus grande firme jamais créée par l'homme, dans une ville considérée comme la capitale mondiale de l'automobile. En 1986, une vilaine sorcière se prénommant Capitalisme décide de créer un cataclysme dans cette petite ville modèle. La sorcière a un but : faire plus du profit, toujours plus de profit. Pour y parvenir, elle tend une pomme empoisonnée à base de libre-échange au seigneur de la firme : Roger Smith. Roger, après l'avoir croqué, décide de délocaliser ses usines au Mexique. Capitalisme est satisfaite : les 30.000 esclaves mexicains ne seront payés que 70 cents de l'heure et les voitures se vendront toujours aussi cher. Roger peut même augmenter son salaire annuel de 2 millions de dollars, il faut bien cela pour digérer une pomme pourrie. Roger et Capitalisme se marièrent et eurent beaucoup d'actions. FIN."

Michael Moore est originaire de Flint. Contrairement à sa famille, il refuse de travailler pour General Motors et se retrouve rédacteur en chef du journal Mother Jones lorsqu'il apprend la terrible nouvelle : General Motors ferme ses usines de Flint. Refusant le conte de fée précédemment raconté, il décide de le réouvrir pour tenter de l'écrire à sa manière. Dès le départ, on ne peut que constater 2 faits : premièrement, c'est un documentaire très engagé, le narrateur s'implique physiquement dans son récit, c'est un enfant de Flint et il le revendique. Deuxièmement, c'est un documentaire drôle, grinçant et impitoyablement ironique : par le choix des images d'archives, des musiques kitsch des années 50 et des interviews dorées sur tranches, Michael Moore dénonce tout en défonçant des murs de silence tout en douceur. Il ne paie pas de mine, le Michael Moore, mais après quelques questions les gens ont subitement besoin d'appeler le service de sécurité : cet homme dérange, et dire qu'on ne le prenait presque pas au sérieux.

Après avoir parlé de la grandeur et de la décadence de Flint dans les années 50, Michael Moore s'intéresse aux 30.000 employés que tout le monde a ignorés. Rapidement, il se met en tête d'amener Roger Smith dans un Flint tombant en ruine pour lui faire constater les dégâts. Faute d'arriver à le rencontrer, Moore discute avec toutes les couches sociales de de la ville. Des plus riches pensant que si les pauvres sont au chômage, c'est parce qu'ils ne travaillent pas, au plus pauvres élevant des lapins dans des conditions d'hygiènes indescriptibles et ne vivant qu'avec un minimum d'aides sociales, Moore dresse le portrait d'une Amérique pourrie comme la pomme est rongée par l'argent. Par une voix-off soignée, des images d'archives ironiques et des portraits terriblement humains, Moore signe un documentaire coup de poing. Que penser devant le montage alterné montrant d'un côté une famille se faisant expulser sur le trottoir la veille de Noël et d'un autre Roger Smith prononçant un discours typiquement mondain sur la beauté d'une famille réunit autour d'une dinde ? Que penser devant Miss Michigan soutenant les chômeurs de Flint dans un texte formaté pour finalement se soucier de son élection pour Miss America ? Que penser de ces ignobles riches claquant 100 dollars pour passer une nuit déguisé dans la nouvelle prison de Flint la veille de son inauguration ? Il n'y a rien à penser : on s'insurge, on rejoint Moore et l'on constate la fin d'un rêve qui berçait Flint depuis le début trop longtemps : le rêve Américain.

Bien avant Bowling for Columbine, Michael Moore signait un premier documentaire magistral qui bouscule les idéaux. Reconnu comme l'un des meilleurs documentaire ayant été réalisé, Roger et Moi est une oeuvre incontournable, parce que la résistance existe et qu'elle peut se faire dans le monde de l'art avec humour.

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