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Riddick - Yes, I know, I look like Pitch Black

Si je vous dis : homme chauve et bodybuildé à tendance meurtrière recherche vaisseau spatial pour sauver franchise, vous me répondez... Riddick, évidemment. Neuf ans après Les Chroniques de Riddick, Vin Diesel et David Twohy remettent le couvert. Pari gagné ?

Neuf ans, c'est long. Surtout après un bide aussi monumental que celui des Chroniques. Le projet d'une trilogie dans le plus pur space opera tombé à l'eau, David Twohy a décidé de revenir à la formule qui avait fait le succès de Pitch Black en son temps : un Riddick sauvage et solitaire, confronté aux Hommes et à la Nature.

Développement des personnages ? Oh regarde, un chien de l'espace ! 

Riddick commence là où on avait laissé Vin Diesel dans son dernier film [1] : Lord Marshal des Necromongers, engoncé dans une méga-armure à faire pleurer d'envie le plus burné des Space Marines du Chaos. Mais il a changé. Le personnage est plus profond, tourmenté et nostalgique de Furya... Riddick s'est humanisé après avoir goûté au pouvoir et aux charmes de ses semblables (une occasion en or pour Twohy de nous gratifier de nus bien gras). Donc notre Furyen préféré a baissé sa garde, alors que se profile une trahison de son "lieutenant", Vaako. B***** ! ça c'est du bon film de SF !
Un Riddick en Hamlet, une armure badass en prime... Voilà le film que je voulais voir.

Vous appréciez comme moi Karl Urban et vous vous demandez comment il surjouera un personnage encore plus retors que le Vaako des Chroniques ? N'ayez aucun espoir, pauvres mortels ! Cette histoire est traitée en deux minutes, balancée entre l'entrée et le plat de résistance. Riddick est sur un vaisseau, Riddick est trahi, Riddick tue, Riddick tombe... Fin. Notre héros est laissé pour mort, seul et blessé au beau mileu d'un wasteland où chaque créature est une machine à tuer impitoyable. Dans les deux films précédents, David Twohy avait construit ce personnage au fil de l'action. Pitch Black s'ouvre sur un évadé mutique et légèrement sociopathe qui gagne en humanité au fur et à mesure qu'on le découvre. Le Riddick des Chroniques était quant à lui cet animal sauvage mais humanisé confronté à un conflit qui le dépasse. Or, dans Riddick, le réalisateur installe un personnage qui veut redevenir le tueur de Pitch Black : Riddick reconnait s'être affaibli au contact de ses semblables - il souffre cruellement de ses blessures, contrairement au barbare qui se remettait une épaule d'une simple torsion du bras. Il réalise que, pour survivre, il n'existe qu'un seul moyen : réveiller la bête sauvage qu'il était. Fin de l'exposition : on s'arrête sur un Furyen en proie en doute... Ce début promet tant ! Et la suite s'avère décevante... On touche là au plus gros problème du film : l'écriture. Et ce ne sont pas seulement quelques maladresses par-ci par-là, c'est carrément du SABOTAGE ! Quelle est la première chose que fait Riddick (qui, je le rappelle, veut se déshumaniser, redevenir un meutrier aux bas instincts) ? Il adopte un gentil toutou de l'espace ! Et ce n'est pas un rapport d'animal à animal, mais de maître à chien. Twohy joue même sur les ressorts comiques avec des scènes de jeu entre les deux. On voit Riddick se prendre de tendresse pour son compagnon à quatre pattes... De TENDRESSE ? Pour cette franchise ? Où est le psychopathe patenté aux pulsions génocidaires ? Où est passé ce qui faisait l'intérêt de Pitch Black ?

Et il donne la papatte ! 

Et ce n'est qu'un seul des nombreux défauts qui gâchent le film. L'évolution de Riddick faisait l'intérêt du premier film et dramatisait l'histoire. Là, le développement du personnage est raté. Et les autres ne valent pas mieux. Prenez par exemple Johns, le leader du second groupe de chasseurs de prime. Je ne veux pas spoiler ceux qui n'ont pas encore vu le film, donc disons simplement qu'il est intimement lié à un des personnages qu'on rencontre dans Pitch Black, personnage qui y trouve la mort. La vengeance est toujours un excellent leitmotiv dans un scénario (s'il est bien exploité). Sauf que ce lien n'est jamais explicitement mentionné, ce qui ne donne aucun enjeu à cette histoire. Cela va même perturber le néophyte : j'ai regardé les deux préquels avant d'aller voir Riddick et j'ai pourtant été incapable de resituer le personnage et sa mort. Bilan : zéro drama... le spectateur a du mal à s'attacher aux différents protagonistes. 


Qui des barbus ou des imberbes va survivre ?

Diviser pour mieux échouer...

Ce problème d'écriture se ressent aussi dans le découpage du film. Riddick se divise en trois parties et, par Crom ! David Twohy a dû prendre sa tronçonneuse stellaire de bureau. Je me suis même attendu à voir quelqu'un porter un panneau devant l'écran pour nous signaler le passage d'un acte à l'autre, afin que le spectateur ne s'y perde pas.

Premier acte, un film de survie classique. Riddick débarque est seul sur cette planète désertique et se remet de ses blessures tout en essayant de survivre à un environnement hostile. Dans quel but ? Pour quoi faire ? Il n'y a toujours pas d'enjeu qui dramatise la scène, j'avoue avoir décroché par moment. Le seul point d'intérêt est le combat trop rapide et peu marquant de Riddick contre des monstres visqueux qui peinent à effrayer le spectateur. On assiste tout de même à un changement du caractère du personnage. Au tout début, Riddick est blessé et souffre, à la fois physiquement et psychologiquement. En même temps qu'il affronte les bestioles qui peuplent la planète, il fait face à ses propres doutes. C'est sympathique et plutôt pertinent mais ça ne dure pas longtemps. Après, Vin recueille son gentil toutou de l'espace [2] et les deux amis s'éloignent dans le couchant. Il ne manque plus qu'une combi bleue, quelques ruines en arrière plan et un bon vieux blues (la vie est plus simple avec Vault Tec).

Le deuxième acte est un bon vieux cache-cache entre Riddick et les mercenaires. Mais, me direz-vous, la planète n'est-elle pas censée être déserte, alors d'où viennent les mercenaires ? Béquille scénaristique, les enfants ! Riddick perçoit une menace que nous ne connaissons pas encore, pauvres spectateurs naïfs que nous sommes, il décide alors de quitter ce monde. Et quoi de mieux pour l'homme le plus recherché de l'univers que d'attirer sur place un ou deux vaisseaux chargés de mercenaires aussi convaincants que pas du tout stéréotypés. Passons sur les problèmes récurrents d'écriture. Il n'y a rien de vraiment innovant, on se laisse prendre par l'action, c'est divertissant, mais sans plus. Les mercenaires meurent un par un, ils sont pris au piège (au sens propre du terme), Riddick vole des pièces de vaisseau, le Furyen se fait attraper...


"Et même que parfois, j'arrive à être un acteur convaincant"

Et on arrive à LA partie, celle qui a fait la promotion du film, celle qui revient réellement aux sources, à Pitch Black, au succès commercial : le survival... Une demi heure avant la fin du film. Pas d'inquiétude alors, tout le monde est enfermé dans une petite base en tôle, ça sent le huis clos oppressant et sombre. Je m'explique... Dans Pitch Black, les créatures ne sont vues distinctement qu'à la fin du film, quand la menace a été présente tout au long du film, sans qu'on sache sa véritable nature. Ces "harpies" extraterrestres n'apparaissent que dans le noir et ne supportent pas la lumière. Les survivants peuvent uniquement compter sur l'éclairage dont ils disposent et le peu d'équipement qui leur est laissé crée un véritable enjeu. L'ambiance était efficace à rendre ces scènes dramatiques et seule la présence de Riddick pouvait garantir la survie des autres personnages. Riddick reprend cette formule mais ça ne marche pas. La menace en question, on la connaît par coeur : les bestioles du début du film. Ces espèces de crapauds-scorpions-cobras mutants débarquent avec la pluie. L'environnement est très sombre mais, même si on ne voit pas immédiatement les créatures, on sait déjà à quoi elles ressemblent, quelles sont leurs armes et leurs tactiques. L'effet de surprise est sensiblement atténué, d'autant plus que, en guise de survivants, David Twohy nous pose un groupe de mercenaires surburnés et surarmés qui n'ont besoin de Riddick que pour connaître l'emplacement des pièces de vaisseau qu'il a volé. C'est du survival bas de gamme. Les bestioles tuent des mercenaires, eux tuent des bestioles... L'action suit un déroulement proche d'un FPS très scripté : il n'y a aucune tension dramatique, les personnages sont trop stéréotypés pour qu'on puisse être surpris et les enjeux manquent, donc leur mort n'affecte pas le spectateur.

Un mauvais film ?

Qu'est-ce qu'on retient de Riddick ? Une écriture médiocre et souvent facile, un développement psychologique et scénaristique baclé et des longueurs. Mais Riddick n'est pas un navet et je mentirai en déclarant n'avoir eu aucun plaisir à le regarder. C'est un divertissement honnête, la photographie est plutôt bonne, le scénario est moyen sans basculer dans le honteux. Le résultat est décevant car David Twohy et Vin Diesel sont capables de bien mieux. Pitch Black et Les Chroniques de Riddick n'étaient pas exempts de défauts mais étaient d'excellents films de SF, parfois nanardesques. Ils parvenaient à rendre à l'écran l'évolution des personnages, notamment Riddick. La perception de son caractère par le spectateur était un enjeu en soi et sa construction donnait la dimension dramatique qui manque au film Riddick. Il n'arrive pas à intéresser le spectateur aussi bien que ses prédecesseurs. Il reste au final un film de science fiction lambda, qui ne demande pas une réflexion poussée. 

[1] Bon, le film ne commence pas vraiment à ce moment là ; il s'ouvre sur une scène assez entendue où un Vin Diesel aux trois quarts enterré et 100% énervé tord le cou d'un vautour de l'espace qui picorait sa petite main délicate.

[2] Je sais, c'est un dingo de l'espace mais cette précision ne change rien à l'histoire.

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