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The Revenant, film ou performance ?

Ça y est, il l’a eu ! 22 ans que notre petit Leo avait son discours dans sa poche pour le jour où il gagnerait son Oscar du meilleur acteur. Et après ce qu’il appelle lui-même le film de sa vie, il a fini par y arriver. Mais sinon, The Revenant, qu’est-ce que ça vaut ? Et bien… C’est compliqué.

Quand Birdman est sorti, on a beaucoup accusé Alejandro Gonzalez Inarritu, de faire de l'esbroufe. De ne montrer qu'une performance technique tape à l'œil, un (faux) plan-séquence magistral qui n'était là que pour montrer à tous que le réalisateur en avait dans le slip. D'ailleurs, le slip est une image récurrente quand on repense au film mais je m'égare.

D'après moi, Birdman réussissait pourtant à se défaire de cette dimension, et à être bien plus qu'une performance technique. La forme servait le fond, et le film avait bon nombre de secrets à livrer. Ce qui n'est pas forcément le cas de The Revenant.


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Un petit résumé s'impose mais pas de gros spoils, soyez sans crainte. Leonardo DiCaprio incarne Glass, un trappeur gravement blessé par un ours, et laissé pour mort par ses camarades. L'un d'entre eux fait quelque chose que nous allons qualifier de « pas cool » pour ne pas gâcher la surprise, et Glass va tout faire pour survivre, le retrouver, et se venger.

Une histoire qui n'est donc pas extrêmement originale. Pourtant, on ne s'ennuie pas tout au long des deux heures et demi que dure le film. Le rythme est lancé avec une première scène dantesque qui prend aux tripes, avant de passer à quelque chose du plus contemplatif et calme sans être lassant. La plus grande partie est consacrée à Glass qui survit comme il peut dans les montagnes enneigées près de la frontière canadienne. Et la plupart du temps c'est vraiment magnifique. Le cadre est somptueux, le tout tourné en lumière naturelle, et avec une photographie d'Emmanuel Lubezki (Le Nouveau Monde, Tree of Life, Gravity, Birdman…) pâle et sublime. Visuellement, The Revenant prouve qu'il faut aller voir les films en salle, on en prend plein les yeux.


Tom Hardy incarne Fitzgerald, un trappeur menteur, escroc, et très bien écrit.

 

En ce qui concerne les personnages, j'ai été surpris de l'importance prise par l'antagoniste Fitzgerald, incarné par un Tom Hardy méconnaissable. Il en arriverait presque à voler la vedette à Léo tellement son écriture est soignée et subtile. Ce n'est pas juste un méchant monolithique comme on le croit à première vue, mais quelqu'un d'individualiste, qui ne veut rien d'autre que de retrouver sa famille avec si possible, les poches pleines.

Donc pour résumer, The Revenant est un film à voir, un film marquant, puissant, beau, bien écrit avec des personnages soignés.

Mais.

Pour un film aussi ambitieux, il a des défauts à côté desquels on ne peut pas passer. Et c'est ce dont je parlais plut haut avec Birdman. The Revenant contrairement au film précédent d'Inarritu, est AVANT TOUT, une performance technique. Celle d'un film tourné dans des conditions très difficiles, au plus proche de la réalité. Et on nous le redit tout au long des scènes. Leo qui mange un cœur de bison cru, Leo qui se cautérise une plaie avec de la poudre, Leo qui dort dans un cheval mort… On a parfois l'impression d'assister à une version hardcore de Koh-Lanta.


Leo pas content qu'on dise du mal de son film.

 

Si on rajoute à ça, de la violence souvent totalement gratuite comme lors de l'interminable duel de fin, on voit que l'intention du réalisateur et de nous faire sentir au maximum combien toute l'équipe a souffert pour produire l'œuvre finale. D'ailleurs, il est parfois dur de voir autre chose que DiCaprio recherchant désespérément un Oscar. J'ai failli rire lors du dernier plan sur son visage triste et suppliant.

Il faut aussi citer les quelques scènes oniriques, qui sont trop peu nombreuses pour vraiment s'inscrire dans la globalité du récit, et qui apparaissent hors de propos. Souvent kitsch et risibles, elles n'apportent rien à l'œuvre et nous font sortir du film à chaque fois.


Franchement c'est moche.

 

Tous ces défauts pourraient n'être que secondaires mais au vu de l'ambition d'Inarritu et de l'attente qui en a résulté, ils ne peuvent pas être ignorés. Et puis ils ressortent lors de l'ultime scène, avec une morale floue, mal amenée, hypocrite et discutable selon comment elle est interprétée. Je n'en dis pas plus pour ne pas spoiler mais on retrouve les poncifs religieux du cinéma américain avec un retournement du récit assez étrange.

On retrouve un peu la même sensation que dans Into the Wild : tout le film est une ode à la liberté, à la découverte de soi et au voyage. Et la dernière scène nous dit : on ne doit pas vivre sans toute la société. Ah.

Donc pour résumer (oui je l'ai dit deux fois, c'est bien vous suivez), il faut voir The Revenant, un film comme ça, ça ne sort pas tous les jours. Mais c'est très loin d'être le chef d'œuvre absolu, que ce soit dans la carrière d'Inarritu, ou dans celle de DiCaprio.

A propos de l'auteur

Je regarde plein de films et sur mon temps libre je suis journaliste. J'ai eu peur devant Paranormal Activity et je me suis endormi devant Interstellar. Mes goûts n'engagent que moi.

6 commentaires

  • Islara

    02/03/2016 à 14h54

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    Euh, comment est-il possible que tu n'aies pas mentionné que ce film était un plagiat inavoué, a priori en bien plus merdique selon les connaisseurs, du film de 1971 Le convoi sauvage ?????????????

  • Hugo Ruher

    02/03/2016 à 15h06

    Répondre

    Mmm... Je n'ai pas vu ce film donc je ne m'avancerais pas sur les différents points communs.
    Mais The Revenant est une adaptation du bouquin éponyme de 2002 écrit par Michael Punke... Lui-même inspiré de la vie réelle de Hugh Glass, trappeur blessé par un ours qui veut retrouver ses compagnons qui l'ont abandonné.
    Du coup, même si on peut discuter des mérites de chacun, ce n'est pas un plagiat.

  • Anonyme

    02/03/2016 à 20h45

    Répondre

    On voit que tu ne connais pas toute l'histoire. Creuse sur l'origine du bouquin et tu comprendras... Si tu ne trouves pas, je t'expliquerai.
    Je ne serai pas étonnée qu'un procès finisse par tomber. A moins que les droits n'aient déjà été achetés en douce. ^^

  • Islara

    02/03/2016 à 20h47

    Répondre

    On voit que tu ne connais pas toute l'histoire. Creuse sur l'origine du bouquin et tu comprendras. Si tu ne trouves pas, je t'expliquerai. Mais en bon journaliste que tu es, tu devrais trouver.

    Je ne serai pas étonnée qu'un procès finisse pas tomber à moins que les droits n'aient déjà été achetés en douce... ^^

  • Hugo Ruher

    05/03/2016 à 15h59

    Répondre

    Et bien après quelques recherches... Je ne comprends toujours pas!
    Une histoire vraie adaptée en film en 1971
    Puis en livre en 2002.
    Puis le livre mis en film en 2016.

    J'ai cru lire qu'il y avait des ponts entre le livre et le premier film... Mais bon c'est la même histoire! Et même si c'était le cas ça ne remet pas le film en cause puisque lui-même est adapté du bouquin.
    Si tu as des sources je suis curieux, pour l'instant à part quelques commentaires pleins de fautes d'orthographe sur Amazon ou autres, je ne voix pas

  • Islara

    08/03/2016 à 17h03

    Répondre

    OK. Alors, de ce que j'en ai lu (article écrit par un certain Jean-Baptiste Thoret qui a un sacré bagage en matière de cinéma ; enfin, il connaît très bien le cinéma) : en 1971, le scénariste Jack DeWitt écrit l'histoire de l'aventurier pour le film Le Convoi Sauvage que réalise Richard C. Sarafian (qui a aussi réalisé Le Fantôme de Cat Dancing et Vanishing Point). Sarafian apporte pas mal de modifications au script initial.

    En 2001, l'écrivain Michael Punk reprend le scénario initial écrit par JackDeWitt et l'adapte pour faire un bouquin qui sort aux Etats-Unis en 2002: The Revenant.

    Donc, en fait le plagiat de base vient d'abord de l'auteur Michael Punk. C'est la petite subtilité de l'affaire. À la décharge d'Inarritu, il n'a fait qu'adapter un livre plagieur et n'a pas plagié directement le film. Mais clairement, au lieu de rendre gloire aux vrais auteurs (DeWitt et Sarafian), il fait la pub d'un plagieur et passe sous silence les premiers à avoir adapté l'histoire de l'aventurier et ne cite dans le générique ni DeWitt et feu Sarafian. C'est assez moche je trouve de sa part.

    Et d'après ce qu'en dit Thoret, le film est à l'image de ce petit coup bas : sans âme par rapport au Convoi Sauvage, une bête histoire de vengeance sans nuance.

    Pire encore mais sur un autre point : Thoret dit que circule sur le net une vidéo implacable mettant en évidence les nombreux emprunts d'Inarritu au réalisateur de Stalker, Andreï Tarkovsky.

    Je te laisse chercher la vidéo. ^^

    Bref, apparemment, la gars ne sait rien faire par lui-même : aucune créativité, il copie, et il copie mal. C'est toute la différence entre copier et s'inspirer.

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