9/10

Reservoir Dogs

Une histoire de gangsters assez banale devient sous la caméra de Tarantino et une tripotée d'acteurs géniaux d'une tension incroyable.

Les premiers films sont toujours des œuvres à part dans la filmographie d'un réalisateur. Sorti deux ans avant Pulp Fiction, Reservoir Dogs est la première pellicule de Tarantino après l'inachevé My best friend's birthday est surtout le premier pas d'un réalisateur qu'on sent talentueux.

Trahison dans un entrepôt

Reservoir Dogs débute par l'un de ces dialogues savoureux chers à Tarantino. Dans un restaurant, huit hommes discourent, de manière presque philosophique, de la signification cachée de Like a Virgin, le fameux tube de Madonna. Dès la Petit sac vert
Petit sac vert
scène suivante, les philosophes en question déambulent dans la rue vêtus de costumes noirs qui les désignent d'entrée comme des gangsters. En fond, une musique venue droit de la fin des années 60 s'étire au soleil et envahit l'écran. Deux scènes typiquement tarantiniennes qui construisent une ambiance géniale, cool et classe. Car les malfrats, comme dans Pulp Fiction, sont tout simplement éblouissants. Il faut dire que le casting est exceptionnel : Chris Penn, Lawrence Tierney, Quentin Tarantino himself, Tim Roth, Steve Buscemi, Michael Madsen et Harvey Keitel. L'histoire se construit notamment autour des quatre derniers, seuls rescapés d'un casse qui a mal tourné. Chacun a un rôle clairement défini, presque caricatural : Mr Pink (Buscemi) est le mec stressé qui croit avoir été trahi, Mr White (Keitel) au contraire est le type même du gangster qui a tout vu, calme et posé, Mr Blond (Madsen) est un psychopathe sadique au sourire énigmatique, Mr Orange (Roth) est seulement en train de mourir, baignant dans son sang. Tarantino laisse les acteurs submerger l'écran, grâce notamment à une unité de lieu digne du théâtre : la majeure partie du film se déroule dans un entrepôt anonyme et c'est aux différents protagonistes de meubler cet espace vide.

Mexican standoffs

Cette sobriété n'est pourtant qu'apparente car, comme dans Pulp Fiction, Tarantino ne cesse de déconstruire son récit en usant de nombreux flashbacks revenant sur Un Mexican standoff en image
Un Mexican standoff en image
telle ou telle étape de la vie des malfrats. Tim Roth livre ainsi une interprétation étonnante d'une longue anecdote, une mise en abyme d'un rôle jouant un rôle dans un film en multipliant les points de vue, les allers-retours dans le passé, le présent, le réel et l'imaginaire. Ces flashbacks nous permettent de découvrir petit à petit les personnalités de chaque personnage. Grâce à ces astuces scénaristiques, Tarantino parvient à faire oublier le peu de moyens du film pour embarquer le spectateur dans cette histoire de malfaiteurs et de taupe, pourtant simpliste et déjà vue. L'omniprésence du sang, la crudité des scènes (et des paroles, pas moins de 272 fuck sont recensés dans le film) et la violence générale du film qui l'ont fait interdire aux moins de 16 ans peuvent franchement rebuter le spectateur mais créent un climat de tension insoutenable. Cette tension atteint un climax dégoûtant lors d'une scène de torture particulièrement impressionnante et se concrétise par plusieurs face-à-faces. C'est dans un ultime face-à-face à trois que se termine d'ailleurs Reservoir Dogs, laissant le spectateur haletant.

Plus violent mais moins fouillé que Pulp Fiction, Reservoir Dogs ressemble à son brillant successeur et met en lumière le talent d'un réalisateur alors méconnu. Quentin Tarantino parvient, dans son premier film, à construire une histoire captivante en délaissant le cadre pour se concentrer sur des acteurs tous plus extraordinaires les uns que les autres.

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A propos de l'auteur

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