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Repo Men

Dans un futur proche où les organes artificiels sont devenus une marchandise comme une autre, l'Union est en charge de vendre la manne biomécanique et de faire cracher les usagers au bassinet. En cas d'impayés, surgissent les Repo Men, chargés d'ouvrir le cuistre à la barbare pour récupérer coeur, foie, reins...

Dans un futur proche où les organes artificiels sont devenus une marchandise comme une autre, l'Union est en charge de vendre la manne biomécanique et de faire cracher les usagers au bassinet. En cas d'impayés, surgissent les Repo Men, chargés d'ouvrir le cuistre à la barbare pour récupérer coeur, foie, et autres reins. Remy est un Repo Man qui fait bien son boulot. Jusqu'au jour où un accident de travail le contraint à un coeur artificiel qu'il ne peut pas payer...

Repo Men partait de manière douteuse, puisque le cinéphage attentif aura remarqué la similarité de son à-propos avec Repo ! The Genetic Opera, projet musical et clinquant porté à bout de bras par Darren Lynn Bousman, réalisateur de trois Saw sur six. L'ironie veut que Repo ! soit relégué à la case galette, là où Repo Men bénéficie d'une sortie salle, technique, mais qui a le mérite d'exister. A la question de l'oeuf et de la poule, on notera malgré tout que Repo Men s'affiche explicitement comme une adaptation du roman The Repossession Mambo d'Eric Garcia, bombardé coscénariste pour l'occasion. Ce qu'il fallait dire étant dit, passons au film, qui à la manière du récent Clones de Jonathan Mostow joue la carte de l'anticipation sobre un peu suranée, mâtinée de la couche de gore à la Nip/Tuck que sous-entendait son postulat agréablement barré. En somme et en gardant toutes proportions, Repo Men aurait pu être tourné par l'enfant mutant de Paul Verhoeven et David Cronenberg, l'ombre du Hollandais Violent planant sur la peinture cynique d'une société à la Robocop pendant que l'esprit du Maître de la Chair s'invite dans une ahurissante séance de mutilation érotique. Ballottés tels des balles de ping pong entre ces deux univers pas forcément antinomiques, Jude Law règle ses problèmes existentiels avant de se la jouer Steven Seagal en dézinguant du costard-cravate à coup de marteau et de couteau à steak, pendant que Forest Whitaker se promène et arrache des organes en se marrant comme un bossu.

Repo Men, joyeux foutoir sympathique ? La greffe ne prend pas totalement. Trop long, le film aurait mérité d'être plus ramassé et n'évite pas un ventre-mou assez préjudiciable à mi-parcours. Trop référencé, Repo Men donne une impression de déjà-vu assez permanente. Faire basculer le film du surréalisme fun à un réalisme glauque  était une idée de bon aloi, mais le réalisateur échoue à imposer complètement son spleen futuriste, sans cesse contrebalancé par une descente d'organe bien pâteuse ou une baston hystérique. D'autant plus dommage que Miguel Sapochnik prend un plaisir évident à lever les hommes les uns contre les autres et n'a visiblement de leçon à prendre de personne lorsqu'il s'agit de filmer un bourre-pif. Quant au twist final, il a le mérite d'être bien amené et de chambouler un minimum, mais n'invente pas la poudre pour autant.

Du coeur, de l'estomac, un peu de cerveau. Repo Men remplit son contrat. Sans doute aurait-il fallu, effectivement, un Verhoeven ou un Cronenberg pour exploiter son univers et son sujet, lui apporter le grain de folie ou l'aspect medico-dérangeant qu'il appelait. Le générique de fin arrivé, on retiendra la prévision angoissante d'une humanité bionique et surtout la crédibilité de Jude Law en super-guerrier, ce qui n'était pas une mince affaire. En composant des scènes d'action "réalisées", "rythmées" et "montées", Miguel Sapochnik lui trouve le bon écrin, et au passage nous lave les yeux d'une shaky-cam devenue la peste du genre. Un réalisateur à suivre. Et un film plus apte à dévoiler ses qualités sur canapé, qui de fait méritera un nouveau jugement en DVD.

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15 commentaires

  • sven

    31/07/2010 à 00h54

    Répondre

    Très bon divertissement, entre le film d'anticipation et le défouloir (cf la scène du couloir qui rappelle Old Boy), bien foutu,et même si certains passages font déjà vu (Total Recall notamment), l'histoire est prenante et Jude Law et Forest Whitaker impeccables!


    Très bonne surprise

  • gyzmo

    11/09/2010 à 09h05

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    Avec un casting pareil, cela aurait été étonnant que le film ne soit pas
    à la hauteur de ses références ! Bon oké, ça ressemble à plein d'autres
    films du genre (Equilibrium, en l'occurence et pour ma part), mais
    l'ingrédient humoristique de Repo Men fait sa particularité, là où
    d'autres auraient fait dans un premier degré des plus classique. Au
    final, c'est rythmé, ça saigne, ça bastonne. Ca n'oublie pas d'être
    intelligent, jusqu'au twist final que j'ai bien apprécié. Coup de coeur
    pour la scène érotique qu'évoque Lestat dans sa critique. A ce
    moment-là, je me suis dit que le film osait des trucs vraiment
    sensationnels. Un réalisateur à suivre.

  • Loïc Massaïa

    07/11/2012 à 10h37

    Répondre

    Vu hier soir.
    J'ai trouvé ce film particulièrement mauvais. Rien ne va, de la réalisation aux comportements des personnages tout est absurde, pour ne pas dire stupide.
    Pourtant l'idee initiale aurait été une bonne base pour approfondir des thématiques intéressantes. Mais il n'en n'est rien, non seulement tout reste en surface, mais en plus c'est immensément con d'un bout à l'autre. Rien que le changement radical et brutal de comportement du héros (Jude Law) est incompréhensible et rien n'est fait pour tenter de le faire comprendre, tout comme cette pseudo romance qui arrive comme un cheveux sur la soupe: psychologie zéro, crédibilité nulle.
    En plus c'est long et guère haletant.
    Je lui aurais bien mis un 4, moi, même peut-être un 3, tiens...http://cinema.krinein.com/-18851/repo-men-10150.html

  • naweug

    07/11/2012 à 15h37

    Répondre

    On s'en fout, Jude Law est trop sex' dedans !

  • Loïc Massaïa

    07/11/2012 à 20h05

    Répondre

    ouais mais il est trop sex tout le temps, c'est un peu facile

  • gyzmo

    07/11/2012 à 20h25

    Répondre

    J'ai adoré ce film, perso (ici). Un bon défouloir qui ne se prend jamais au sérieux, avec une scène sexgore tout à fait étonnante. De la bonne SF citadine !

  • naweug

    07/11/2012 à 21h16

    Répondre

    Loïc Massaïa a dit :
    ouais mais il est trop sex tout le temps, c'est un peu facile


    Ah non, pas tout le temps. Mais j'ai pas d'exemple là tout de suite qui me vienne en tête...
    Si, dans AI intelligence artificielle Même dans Bienvenue à Gattaca, en fauteuil roulant, il était sex"

  • Guillaume

    07/11/2012 à 21h22

    Répondre

    Dans Contagion peut-être ?

  • naweug

    07/11/2012 à 22h10

    Répondre

    Ouais, aussi dans Contagion.

  • Loïc Massaïa

    08/11/2012 à 08h29

    Répondre

    gyzmo a dit :
    J'ai adoré ce film, perso (ici). Un bon défouloir qui ne se prend jamais au sérieux, avec une scène sexgore tout à fait étonnante. De la bonne SF citadine !


    La scène sexy gore est effectivement une bizarrerie, que j'aurais trouvé géniale si le reste du film avait été malin et intelligent. Mais comme je l'ai trouvé profondément stupide et malfichu, ça à plutôt été la cerise véreuse sur le gâteau périmé.
    C'est vrai qu'il y a de l'humour et du second degré, mais contrairement à ce que tu dis, plus d'une fois le film se prend au sérieux, tente de créer des relations entre personnages qui ne fonctionnent pas. Pour aller à fond dans le fun, autant y aller à fond et nepas s'encombrer de choses superflue. Le film en est rempli, tout le temps, j'ai trouvé ça long et pénible. Dans le genre fun, qui se prend pas au sérieux, les premiers qui me viennent en tête c'est Scott Pilgrim et Hanna (de Joe Wright que j'ai chroniqué ici). Même que pour ce dernier il n'y a quasiment pas d'humour, mais ça ne se prend pas au sérieux pour autant, sauf quand ça parle de relation humaine, ce qui est bien mieux réussi que dans Repo men.

    Après, évidemment, chacun ses goûts

  • gyzmo

    08/11/2012 à 09h14

    Répondre

    Je vois pas du tout le rapport avec ton Hanna, drôle de comparaison.
    Autant prendre appui direct sur La Classe Américaine tant que tu y es

    Des choses sérieuses dans Repo Men ? Ça remonte à quelques temps déjà mon dernier visionnage, mais j'ai plutôt souvenir d'humour noir et de satire. Le tout, volontairement transcrit par une mise en scène grand-guignolesque, limite sous acide (tant certains passages sont nawakiens). "Absurde", c'est d'ailleurs un terme que tu as employé pour qualifier le film. C'est ce qui m'a plu, à titre perso.

  • Loïc Massaïa

    08/11/2012 à 13h26

    Répondre

    gyzmo a dit :
    Je vois pas du tout le rapport avec ton Hanna, drôle de comparaison.
    Autant prendre appui direct sur La Classe Américaine tant que tu y es

    Des choses sérieuses dans Repo Men ? Ça remonte à quelques temps déjà mon dernier visionnage, mais j'ai plutôt souvenir d'humour noir et de satire. Le tout, volontairement transcrit par une mise en scène grand-guignolesque, limite sous acide (tant certains passages sont nawakiens). "Absurde", c'est d'ailleurs un terme que tu as employé pour qualifier le film. C'est ce qui m'a plu, à titre perso.


    Ben Hanna, c'est du fun, c'est tout. Ça s'embarrasse pas de choses dont le réalisateur sait très bien qu'il ne pourra traiter convenablement dans ce type de film. Alors que dans repo men il y a cette volonté de satire comme tu dis, on sent que la volonté est là mais au final il n'y a absolument aucun propos, c'est ni clairvoyant, ni intelligent, à peine réchauffé voire crétin, c'est tout ce que j'en ressort
    La mise en scène n'est pas de tout grand guignol, à part peut être 2 ou 3 courts passages (dont la scène sexy gore dont on parle tant), le reste est d'une platitude toute hollywoodienne sans intérêt. Je ne vois pas trop les trucs nawakiens dont tu parles, ni le côté hallucinogène. Le côté absurde que je citais était plus pour en souligner l'idiotie en fait, mais il y a effectivement quelques élément "absurde" au sens où tu l'entends. Mais sur presque deux heures de films archi classique sans surprise vu et revu, est-ce que ça suffit? Moi j'y vois plus de la maladresse qu'une volonté de faire un truc qui sort des standards, car sinon ça aurait été fait à fond, et pas juste par quelques éléments disséminés ici et là.
    Voilà un des trucs absurde (dans le sens idiot) qui m'a le plus marqué:

    SPOILERS:

    Lorsque le héros - connard ultra égocentré et peu enclin à la charité, c le moins qu'on puisse dire- comprend qu'il ne pourra rembourser son cœur, il ramasse une droguée et s'occupe d'elle... Hein?
    C'est pas du n'importe quoi hallucinogène là, c'est juste n'importe quoi tout court. 10 min après ils sont amoureux. Hein?
    Mais quand est-ce qu'il ont créé de vrais liens?
    Cette meuf elle est juste introduite pour mettre une histoire d'amour parce qu'il en faut une, et pour lui donner un faire valoir qui lui permettra de devenir finalement un mec ultra cool et gentil. Putain mais qu'est-ce ça peut être con et caricatural, quand même...
    Et je ne parle même pas de la relation avec sa femme, ou pire son fils. Un fois sa fuite entammé, pouf, ils existent plus. Encore un truc intégré pour donner un semblant de profondeur, et encore une leçon de morale à la con: T'es un gros con qui pense qu'à ton cul? Tu fais passer ton boulot après ta famille ? Ben tiens, prend toi ce dans les dans t'as que ce que tu mérites. Mais en faisant la charité à une âme en peine tu trouve l'amouuuuur. C'est beau. Maintenant t'en a plus rien a carrer de ta putain de femme et de ton morveux, puisque t'es heureux, ah ouais, beaucoup mieux la morale... Le scenar donne des leçons de morale, alors que la morale qui le sous-tend est tout aussi douteuse...
    Bref, je trouve ce film tellement con que c'est vraiment pas possible pour moi.
    Seule la fin aurait pu changer la donne, si la totalité du film aurait été le produit de son imagination par ex. Alors que c'est en fait qu'une petite partie, les choix stupides ont déjà tous été fait avant...

  • Hugo Ruher

    12/11/2012 à 09h44

    Répondre

    naweug a dit :
    Loïc Massaïa a dit :
    ouais mais il est trop sex tout le temps, c'est un peu facile


    Ah non, pas tout le temps. Mais j'ai pas d'exemple là tout de suite qui me vienne en tête...
    Si, dans AI intelligence artificielle Même dans Bienvenue à Gattaca, en fauteuil roulant, il était sex"


    Dans eXistenZ il est bof non? Il fait davantage pseudo-geek paumé et mené à la baguette que sex-symbol.
    Ceci dit sans méchanceté, ça change et le film est bien...

  • hiddenplace

    12/11/2012 à 19h06

    Répondre

    Ah non moi je le trouve sex aussi dans Existenz (c'est d'ailleurs la première fois que je le voyais après l'avoir vu dans Gattaca, je pensais qu'il était vraiment paraplégique à la base D'ailleurs je ne l'avais surtout pas repéré physiquement parce qu'il était éclipsé par Ethan Hawke )

  • Loïc Massaïa

    12/11/2012 à 20h41

    Répondre

    Je crois que la première fois que je l'ai vu c'est dans le talentueux monsieur ripley... Mais c'était peut être gataca en fait...
    Bref, globalement il est quand même toujours sexy

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