La recette pour un bon univers cinématographique

Ces dernières années, il est devenu presque difficile d'envisager un blockbuster seul, sans une franchise derrière, tout un univers qui sera source de nombreuses suites ou films dérivés. Et pour cause, on assiste au grand retour des univers cinématographiques partagés. Faisons un peu le tri entre gros forçage honteux et possibilités enthousiasmantes.

Commençons par un point de définition : qu'est-ce qu'un univers cinématographique ? Et bien disons que c'est un monde fictif dans lequel prend place un certain nombre d'oeuvres différentes. Par exemple, même si les différents romans de Tolkien peuvent être lus indépendamment, ils appartiennent au même univers avec ses propres règles et sa propre mythologie. Mais puisque ici on parle de cinéma, l'exemple le plus marquant est celui de l'univers Marvel. Tout un bestiaire de super-héros avec chacun (ou presque) leur petit film solo et les œuvres où ils se retrouvent tous ensemble. Voilà, maintenant que c'est clair, aux fourneaux.


1. Préchauffez votre univers

Et oui, Captain Obvious existe et il écrit pour Krinein : pour faire un univers partagé, il faut un univers. C'est pour ça que ce type de constructions existe surtout dans le cinéma fantastique. Si par exemple je vous dis demain qu'Intouchables se passe dans le même monde que Bienvenue chez les Ch'tis... Et bien on s'en fout. Ces deux films se passent dans le monde réel, il n'y a pas à proprement parler de signes distinctifs. Et même si ce crossover improbable venait à se faire, ça n'enrichirait en rien chacun des deux films pris seuls. En revanche dans le cinéma fantastique, on établit un monde avec ses propres règles. Un monde où des super-héros nous protègent des extraterrestres, un monde où un singe géant a été découvert sur une île, ou encore un monde où Gotham et Metropolis sont deux villes voisines particulièrement agitées.


On est d'accord que ces lens-flare laissent entendre qu'une voiture de police est juste à côté ?.

 

2. Rassemblez tous vos ingrédients

Pour créer un univers partagé, il ne faut pas partir de rien. Et à ce jeu, Marvel est indétrônable puisque son univers cinématographique peut tranquillement piocher dans plusieurs décennies de comics avec des centaines de héros et toute une mythologie déjà bien établie et connue des fans. Et pour susciter l'intérêt autour d'un univers partagé, il est mieux tout de même d'avoir un certain background auquel pourront se rattacher les amateurs. Quand Universal lance son Dark Universe avec La Momie, ce qu'on veut c'est voir comment Dracula va arriver, savoir à quoi va ressembler le monstre de Frankenstein, etc. Même si là pour le coup, vue la qualité du premier film, on s'en cogne un peu maintenant. Par exemple, demain on m'annonce que va sortir un univers partagé tiré de Blade Runner avec d'autres oeuvres à veni r: pourquoi pas, j'adore ce film. Mais comme je ne connais rien des personnages qui vont arriver après puisqu'ils n'existent pas encore... Et bien c'est dur d'avoir des attentes.


Le Dark Universe mort-né.

 


3. Laissez mijoter à feu doux

Un peu de patience, un univers cinématographique ça ne se fabrique pas comme ça en deux films. Le meilleur exemple à ce jour c'est bien Marvel. Quand on a vu les premiers Iron Man ou les débuts de Captain America, c'était sans forcément penser tout de suite aux dizaines de suites et de prolongements qui allaient arriver après. On pourrait discuter des heures des qualités et des défauts de ces films, mais ils ont l'avantage d'exister par eux-mêmes et peuvent se voir de manière indépendante. L'aspect "univers cinématographique" n'arrivait que par petites touches, avec notamment les fameuses scènes post génériques. A l'inverse, DC a raté son départ en voulant introduire dès ses premiers films toute la mythologie de son univers. On termine avec des films bancals qui semblent ne servir qu'à introduire les oeuvres à venir. Même problème du côté de La Momie qui balance des personnages inutiles en se disant qu'ils serviront dans les suites. Il faut laisser le temps à cet univers de s'installer, à ses personnages de se développer pour que le public s'y attache et veuille aller plus loin.


Samuel L. Jackson a un petit regard triste qui me fait beaucoup trop rire.

 


4. Lier les éléments, mais pas trop

Dans ce type de construction cinématographique, il y a deux types de public. Ceux qui s'attachent à l'univers et qui veulent suivre cette grande histoire globale sur parfois plusieurs dizaines de films. Ceux qui veulent juste voir un film et se fichent de ce qu'il y a autour. Et il faut aussi penser à eux. Mais c'est un équilibre assez difficile à maîtriser. Faire un film de A à Z avec des arcs narratifs qui se concluent. Mais introduire également d'autres pans de l'univers à venir. C'est un peu le problème auquel est confronté Marvel actuellement. Si les premiers films avaient en quelque sorte une existence propre, certains ressemblent plus à de grosses bandes annonces avant les rendez-vous Avengers. C'est le cas selon moi de Thor: le Monde des Ténèbres et des Gardiens de la Galaxie. Malgré toutes les qualités de ce dernier. Et on a la même impression avec le MonsterVerse lancé par la Warner. Après Godzilla et King Kong: Skull Island, on ressort avec le sentiment d'avoir vu une grosse mise en place pour l'affrontement entre les deux monstres prévu pour 2020. Donc pour résumer, il faut construire l'univers, certes, mais avant tout faire des films.


5. Cuisinez de bons petits films

Et on en arrive à la dernière étape : faire de bons films. C'est évidemment très subjectif, mais quand on se lance dans un projet où des icônes de la pop culture sont présentes, et bien il y a une grosse attente qui se crée. Et on a vite fait de tomber dans l'opportunisme. Regardez les croisements entre Freddy et Jason, entre Alien et Predator. Il ne s'agit pas de films effroyables (même si bon...), mais quand on s'attaque à de tels monuments, il vaut mieux avoir autre chose derrière la tête que des récits basiques vite torchés. Il est même plus difficile de faire un film comme ça plutôt qu'une nouvelle histoire qui ne part de rien. Certes, on a déjà des bases établies mais ça crée aussi des contraintes, notamment en terme de cohérence. Sans oublier l'accueil du public qui vous attend au tournant quand un projet de ce type voit le jour.


Cinematographic Universe : Origins.

 


Au final, après avoir disparu des horizons depuis le Universal Monsters des années 30 à 50, l'univers partagé semble être devenu la norme. Avec le succès de Marvel et consorts, Universal s'est relancé avec le Dark Universe même si celui-ci est mis en péril, Hasbro veut lancer le sien aussi avec du G.I Joe et du Transformers. Mais malgré cette apparence gargantuesque, tout ça manque peut-être un peu d'ambitions. Sans parler de la qualité des films, on arrive finalement à un simple système de suites interminables. Rien de si neuf que ça finalement. Et si l'avenir était plutôt aux univers partagés transmédias ? Marvel s'y met timidement avec ses séries Netflix (Jessica Jones, Luke Cage, etc.), même si le lien avec les films est encore absent. Même chose chez DC qui introduit des personnages de la série TV Arrow via une web-série animée. De là à imaginer des histoires qui se développeront à travers films, séries, livres et jeux vidéo, il n'y a qu'un pas. Reste à savoir si c'est vraiment une bonne chose.

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A propos de l'auteur

Je regarde plein de films et sur mon temps libre je suis journaliste. J'ai eu peur devant Paranormal Activity et je me suis endormi devant Interstellar. Mes goûts n'engagent que moi.

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