6.5/10

randonneurs (Les)

Onze ans avant sa suite, Les randonneurs réunissait une galerie de jeunes acteurs pleins de promesses autour d'un scénario pertinent mais un peu léger. Sympa mais pas culte.

Les randonneurs à Saint-Tropez, avec son titre ringardos qui évoque les grandes années du cinéma de Max Pécas, sort demain en salles. Les plus jeunes spectateurs iront peut-être le voir sans avoir conscience qu'il s'agit de la suite d'un film sorti onze ans et vingt-huit jours plus tôt, plus sobrement titré Les randonneurs. Pour les aînés, c'est un coup à l'amour-propre : eh oui, ça fait onze ans que vous êtes allés voir Poelvoorde, Karin Viard et les autres se perdre en montagne. Pour les jeunes et les amnésiques, retour en Corse...

Eric (Benoît Poelvoorde) est un guide pour randonneurs amateurs. Le genre de guide hautain et méprisant qui aime énoncer des évidences d'un ton docte pour rappeler qu'il maîtrise son sujet. Le genre de guide qui trompe éhontément sa femme avec une randonneuse du groupe en faisant miroiter un divorce à cette dernière. De leur côté, Cora (Karin Viard), Louis (Philippe Harel), Mathieu (Vincent Elbaz) et Nadine (Géraldine Pailhas) sont quatre amis en quête d'air pur et de vacances salvatrices, et la dernière propose de partir en randonnée avec son amant (Poelvoorde, donc). Sauf que l'air pur semble avoir pour principaux effets d'exacerber les frustrations, de faire fermenter les non-dits et de révéler la nature de chacun.


"Je ne veux pas voir ce pull rouge horrible"
Une suite de gags sur une bande de potes en vacances ? Serait-on en présence d'une bonne grosse comédie populaire, façon Les bronzés font de la randonnée ? Aussi surprenant que cela puisse paraître, surtout à l'annonce d'une suite située à Saint-Tropez, le film tient plus de l'étude de caractère que de la farce ahahesque. Si l'humour est la colonne vertébrale des Randonneurs, il est essentiellement au service de la peinture d'un groupe de personnages mis à vif par une expérience collective. Au fil des péripéties, on verra donc Karin Viard craquer en pleurnichant qu'elle aurait pu être heureuse en allant faire du tir à l'arc au Club Med, Poelvoorde et Harel dévoiler une susceptibilité à fleur de peau et Vincent Elbaz s'énerver violemment malgré sa cool attitude habituelle.

Pourtant, le voyage a quelque chose d'incomplet, d'inachevé, de frustrant : seuls les personnages de Viard et Harel (également scénariste et réalisateur, ça aide) bénéficient de flash-backs destinés à évoquer leur vie, celui de Harel étant un résumé muet et particulièrement touchant de sa vie de couple. Les caractères des amis, bien que mis à nu durant cette expérience, ne semblent pas avoir évolué en Les gars, vous êtes habillés comme des sac. Ou plutôt... non, laissez tomber.
Les gars, vous êtes habillés comme des
sacs. Ou plutôt... non, laissez tomber.
bout de parcours ; le véritable sujet du film se trouve peut-être là d'ailleurs, dans la mauvaise foi déployée par chacun pour raconter la randonnée sous un jour valorisant et positif, occultant complètement les problèmes et angoisses rencontrés. Personne n'a envie d'admettre ses faiblesses, et lorsqu'elles ont été révélées, on préfère parfois les ajouter au paquet de non-dits entassés au centre d'un cercle d'amis. Triste. Mais aussi pertinent que puisse être un tel message, et aussi sympathiques que soient les acteurs et leurs personnages, l'ensemble est animé de trop peu d'audace, trop peu de rythme et d'un humour trop timoré pour faire des Randonneurs un film hilarant. D'ailleurs, malgré un relatif succès public à sa sortie, on ne peut pas véritablement en parler comme d'un film culte. La suite ne peut donc être due qu'à la volonté des cinq acteurs de se retrouver, ce qui laisse ouverts tous les espoirs sur sa sincérité et sa qualité. A voir demain...

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