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Rain man

Film à Oscar, rôle à Oscar, Tom Cruise jeunot... Rain man est une œuvre majeure, mais se regarde avec un intérêt un peu émoussé vingt ans plus tard.

Dustin Hoffman et les Oscars ont vécu une véritable histoire d'amour : nominé à 30 ans pour la statuette du Meilleur Acteur (Le lauréat, 1967), il sera à nouveau en lice en 1969 pour Macadam Cowboy (Oscar du Meilleur Film par ailleurs), en 1975 pou Lenny, et décrochera enfin la timbale en 1979 pour son rôle dans Kramer contre Kramer (également Oscar du Meilleur Film). A nouveau nominé en 1983 pour Tootsie, il obtient son deuxième Oscar du Meilleur Acteur en 1989 pour Rain man (nous y voilà), qui remporte également les statuettes de Meilleur Film, Meilleur Réalisateur (Barry Levinson) et Meilleur Scénario (Ronald Bass et Barry Morrow). C'est la fin de la période de grâce pour Dustin Hoffman, qui ces vingt dernières années n'a été nominé qu'une seule fois, pour Des hommes d'influence (ah tiens, Barry Levinson de nouveau). Rain man, dernier film béni pour Dustin Hoffman, sera également couronné de l'Ours d'Or au Festival de Berlin, et des Golden Globes du Meilleur Film et du Meilleur Acteur. Le plus frustré dans l'affaire fut probablement Tom Cruise, partenaire de Dustin Hoffman à l'écran : les deux hommes ont travaillé leurs rôles de concert, inversant régulièrement leurs dialogues pour mieux cerner les personnages et répétant leurs scènes sans arrêt entre deux prises. Même Dustin Hoffman, connu pour son professionalisme presque maniaque déclare au sujet de son collègue : « C'est un maniaque du travail : il se lève à quatre heures et demi du matin et ne s'arrête même pas pour déjeuner ! » Mais comme toujours, l'Académie des Oscars n'a d'yeux que pour les rôles de fous, d'handicapés ou de criminels.


Charlie Babbitt (Tom Cruise) est un jeune businessman arrogant mais fauché, qui ne s'émeut pas beaucoup lorsqu'il apprend que son père est mort. Normal : il était fâché avec lui depuis de nombreuses années. En revanche, il s'émeut de découvrir que les 3 millions de dollars d'héritage reviennent à son frère... dont il ne connaissait pas l'existence ! En effet, Raymond Babbitt (Dustin Hoffman) est un autiste vivant dans un institut spécialisé, où son cadre de vie règlementé lui permet d'éviter les crises d'angoisse. Raymond est un génie des maths mais ne comprend rien à la notion d'argent, ce qui met son frère hors de lui...

Rain man, comme l'annonce son affiche, est centré sur ses deux protagonistes, et fait la part belle au jeu d'acteur. Lancés sur la route par un réalisateur discret mais efficace (qui tourna le film dans l'ordre chronologique des scènes), filmés parfois en longs plans-séquences, Cruise et Hoffman se partagent l'écran goulûment, l'un dans son rôle de yuppie superficiel qui se découvre un instinct fraternel, l'autre dans celui de l'autiste rabougri qui s'ouvre partiellement au monde. Si la performance de Dustin Hoffman reste nécessairement plus dans les esprits, et résulte de nombreux mois d'observation de véritables autistes, elle ne trouve son impact que dans la résonnance qu'offre le personnage de Tom Cruise en face. On notera entre autres cette jolie scène où Charlie apprend à son frère à danser... une scène similaire à celle qu'effectuaient Arnold Schwarzenegger et Danny deVito dans la comédie Jumeaux, sorti sur les écrans une semaine plus tôt ! On s'amusera d'ailleurs de la ressemblance des sujets (deux frères extrêmement
différents se découvrent et finissent par s'apprécier).

Porté par une bande originale d'enfer (pas tellement la musique composée par Hans Zimmer, qui signait là son premier contrat hollywoodien, mais plutôt les chansons de Johnny Clegg, Etta James ou encore Lou Christie), le film parvient à ne jamais tomber dans le sentimentalisme tout en abordant de front le sujet de l'autisme, peu traité au cinéma à l'époque. On pourra néanmoins déplorer quelques lacunes du scénario : quid de la mère des deux frères ? pourquoi n'apprend-on pas plus de détails sur le défunt père ? A vouloir ne se concentrer que sur la rencontre des deux hommes, le film perd de vue le reste de leur vie (voir le personnage complètement périphérique de la copine de Charlie, joué par Valeria Golino). Malgré ces imperfections, et le côté un peu trop "film à Oscar" qu'il prend parfois, Rain man reste un film majeur des années 80, et l'une des dernières apparitions marquantes de Dustin Hoffman, qui se contente depuis d'une carrière de seconds rôles à la Robert de Niro. On retrouve d'ailleurs les deux acteurs dans Mon beau-père, mes parents et moi (2004). Quelle tristesse.

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