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Rafle (La)

Sur le fil, entre mélodrame et retenue, justesse et facticité. La Rafle a le mérite d'exister, et s'avère être finalement un bon film sur de mauvais évènements.

Joseph est Juif, son étoile jaune cousue sur la poitrine et les regards méprisants de certains parisiens en témoignent. Mais malgré ces marques de ségrégation raciale et les tensions naissantes, personne ne voit venir l'horreur se préparant dans l'ombre...
La Rafle revient sur un moment peu glorieux de l'histoire de l'Occupation en France ; la Rafle du Vel' d'Hiv', à l'origine de l'arrestation de plus de 13000 Juifs entre le 16 et le 17 juillet 1942 ; et suit les destins croisés des victimes, bourreaux, et témoins de cette triste date jusqu'à la déportation finale vers les camps d'extermination d'Europe de l'Est.

Haaa, l'affluence dans les transports en commun...
Haaa, l'affluence dans les transports en commun...
Comme pour se défaire des schémas classiques des films sur le sujet, la réalisatrice Roselyne Bosch a prit le parti de filmer les différentes étapes de ce calvaire majoritairement au travers des yeux d'enfants. Une candeur infantile qui allège la gravité de cette tragédie humaine, car les bambins ne comprennent pas réellement leur situation. Mais il en est de même pour leurs parents finalement, autant dépassés pas les évènements.

Ainsi, le spectateur suit pas à pas l'évolution des protagonistes ; de leur quotidien paisible se muant en parcours semé d'embûches jusqu'à la terrible rafle ; puis du Vélodrome d'Hiver jusqu'au camp de Beaune-La-Rolande, leur dernier lieu de détention avant d'être déportés vers Auschwitz.
L'absurdité de la situation monte donc crescendo, et chaque étape du film se retrouve dépassée en horreur par sa suivante. Du mépris des passants à la suppression de libertés ; des arrestations violentes à l'entassement et à la sous-hydratation ; de l'insalubrité du camp de détention au traitement final des déportés.

'Et si je leur jouais un sketch pour les calmer?
"Et si je leur jouais un sketch pour les calmer?"
Les investigateurs de ce monstrueux  projet sont d'ailleurs aussi présents au travers de scènes très éloignées de la tragédie vécue aux mêmes instants. Des lieux décisionnels français de la Gestapo parisienne ou de Vichy, jusqu'aux fêtes indécentes dans la villégiature d'Hitler. La vie des bourreaux tranche considérablement avec celle de leurs victimes, renforçant l'impression de détachement que leurs contemporains ont pu avoir envers ces malheureux.

Mais la lueur de bonté n'est heureusement pas apportée que par quelques blagues d'enfants, mais aussi par l'éclairage de la réalisatrice sur les Justes, ces Français qui désobéirent au système pour aider cette communauté juive maltraitée. Le personnage le plus marquant ici est celui de l'infirmière Annette Monod, interprétée par Mélanie Laurent, qui ne cessera depuis son arrivée au Vel d'Hiv d'accompagner et d'assister ces exilés forcés. Le projecteur braqué à ce moment continuera d'ailleurs de la suivre jusqu'au dénouement final, tel un fil rouge humanisé sous les traits de ce témoin de l'horreur.


Je suis propre ne t'en fais pas
Sans oublier les prestations réussies de Jean Reno en médecin noble, de Gad Elmaleh en père protecteur, ou encore de Sylvie Testud en mère attentionnée ; il faut avouer que l'actrice la plus mise en avant reste Mélanie Laurent. Et même si l'on peut reprocher le jeu parfois trop larmoyant de cette dernière, on reste tout de même séduit par son personnage humble et dévouée.

Il n'est pas aisé de porter à l'écran un évènement aussi tragique sans verser dans le pathos ou le trop-larmoyant. La Rafle est à la limite, sauvée par des interprétations plutôt justes et finalement retenues, mis en valeur par une réalisation parfois dédramatisante. Cependant, cette dernière n'est pas exempte de défauts et souffre parfois de quelques maladresses, mais surtout d'une impression étrange, celle de regarder des scènes rejouées et non vécues. Ainsi, la plus grande qualité du film reste son devoir de mémoire, car il a le mérite de ressortir de l'oubli cet évènement tragique et par la même occasion, ses trop nombreuses victimes.

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Chloé

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Immortel (L')

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2 commentaires

  • Anonyme

    26/02/2010 à 23h23

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    Je l'ai vu en avant première ; franchement, il est tellement prenant que j'ai eu une une boule au ventre tout le temps de la projection. On entre dans l'intimité de quelques personnes et on devient elles, avec leurs souffrances. Le problème, c'est que nous, nous savons ce qui leur est arrivé et on a envie de crier pour les avertir. A voir, même si on a l'âme sensible.

  • hiddenplace

    23/03/2010 à 12h14

    Répondre

    Je suis d'accord avec ta conclusion, en fait, on retient surtout l'intention, parce que si on s'attache au réel résultat, c'est plus une certaine maladresse qui domine. Comme ce besoin presque obsessionnel d'en faire des caisses sur l'innocence croquignolette enfantine qui s'oppose (laborieusement) à la cruauté de la police et du gouvernement (avec le côté bcp trop "niais" à mon goût du "trop" mignon petit Nono. D'ailleurs c'est ce qui m'a géné le plus, le casting des enfants, même si l'acteur qui joue Jo est assez bon, ils n'ont opté que pour des enfants hyper photogéniques, comme si ça pouvait appuyer encore plus l'horreur de l'événement.. d'une certaine manière ça me gène) L'utilisation de la musique est aussi too much pour moi, l'illustration d'un tel événement n'a pas besoin d'une surplus de pathos aussi fort, il se suffit à lui-même.


    Mélanie Laurent, Gad Elmaleh, et l'actrice qui joue sa femme m'ont semblé vraiment justes, pour ma part, c'est le point positif du film.

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