3.5/10

Public Enemies

Johnny Depp s'ennuie sous la caméra numérique d'un Michael Mann aussi peu soucieux de réalité historique que de glamour. On retient essentiellement le volume sonore des fusillades.

Mort à tout juste 32 ans (ou supposé tel, si l'on se réfère à la théorie selon laquelle le FBI aurait abattu un autre homme), John Dillinger a pourtant presque toujours été incarné par des acteurs ayant dépassé cet âge : Leo Gordon avait 35 ans dans Baby Face Nelson en 1957 (ça va encore), Ralph Meeker avait 40 ans dans le téléfilm Dillinger en 1960, Warren Oates en avait 45 dans le Dillinger de John Milius en 1973, Robert Conrad 44 dans Du rouge pour un truand en 1979, et Martin Sheen avait carrément 55 ans dans Dillinger and Capone en 1995 (certes supposé avoir lieu cinq ans après sa "mort"...). Fidèle à la tradition, Michael Mann choisit un Johnny Depp de 46 ans pour endosser le rôle dans cette nouvelle adaptation des méfaits du célèbre gangster.

Michael Mann, après avoir opposé deux acteurs légendaires dans Heat en 1995 (Robert De Niro et Al Pacino, ne faites pas semblant d'avoir oublié), oppose ici une légende des années 30 (John Dillinger / Johnny Depp) à son chasseur Melvin Bale de nuit
Bale de nuit
Purvis (Christian Bale), agent du FBI mandaté par J. Edgar Hoover. De la même manière, les deux camps sont montrés à part égale, sans donner le beau rôle à l'un ou à l'autre. Mais loin de susciter la même excitation, le duel de Public Enemies tourne court, faute de donner le moindre relief aux deux figures en présence. Johnny Depp semble s'ennuyer à mourir dans un rôle d'une sobriété extrême, qui ne lui laisse que quelques minutes d'expression (sur 2h13 !) ; Christian Bale, de son côté, finit d'épuiser son quota de sympathie en prouvant qu'il joue de la même manière les rôles de Batman, d'un guerrier du futur et d'un G-man des années 30.

Depuis Collateral, Michael Mann et le cinéma numérique vivent une relation passionnée, et le fait de tourner un film situé en 1933 ne lui paraît pas une raison suffisante pour envisager de faire appel à la bonne vieille pellicule auquel le spectateur reste malgré tout habitué. Résultat : l'aspect de l'image évoque alternativement les téléfilms des années 70 et les reportages de guerre, avec un réalisme accru des scènes de flingage (attention les oreilles car le mixage est impitoyable, attention les yeux car le caméraman picole). Ce qui pourrait éventuellement donner au film des allures de documentaire, si deux éléments ne venaient s'interposer : d'une part le réalisateur aime malgré tout l'esthétisme, qui l'incite à fignoler un certain nombre de jolis plans au milieu du marasme ambiant, d'autre part le scénario se contente d'être un micmac de faits historiques mélangés Depp trouble
Depp trouble
sans aucun souci d'informer le spectateur sur la chronologie des évènements. La lecture de la page imdb consacrée aux gaffes, contre-vérités et anachronismes du film est éloquente...

Les acteurs font ce qu'ils peuvent dans leurs rôles respectifs, mais aucune personnalité ne sort du lot dans les équipes de Dillinger et Purvis (on note les noms de Giovanni Ribisi ou Stephen Dorff, mais leur présence dans le film est fantômatique) ; Marion Cotillard est une simple potiche destinée à assurer la parité, et ne jouit que d'une ou deux scènes fortes vers la fin ; quant à Billy Crudup, choisi pour incarner J. Edgar Hoover malgré son absence totale de ressemblance, il est réduit à livrer une curieuse imitation de Jeffrey Combs, l'acteur de Re-animator...

Bruyant, sans ampleur, dénué de psychologie (Purvis est-il obsédé par sa proie ou écœuré par les consignes de Hoover ? Dillinger est-il espiègle ou torturé ? comment sa réputation de Jesse James moderne s'est-elle construite aussi vite ?), bidouillant les faits sans pour autant en retenir les plus intrigants (le mystère qui a entouré sa mort douteuse), Public Enemies passe à côté de tout ce qui aurait pu faire son intérêt, et va même jusqu'à enterrer la musique d'Elliot Goldenthal sous les rafales de sulfateuses. Pour une fois, la France fait la nique à Hollywood : le Mesrine de Richet était à des années-lumière de ce ratage...

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10 commentaires

  • Anonyme

    10/07/2009 à 16h50

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    Des acteurs irréprochables, une mise en scène léchée, le tout est malheureusement desservi par un mauvais scénario. Quand on connaît l'histoire de Dillinger, on est frappé par les libertés prises par le réalisateur  Mickael Mann. Celui qui se targue dans les interviews d’être précis jusqu’à l’obsession (un peu comme Hoover le chef du FBI, tient !) et  d'être féru d'Histoire, a pris là des raccourcis simplistes. Au détriment des faits, il a allégrement mélangé l’époque des gangs 1 et 2 de Dillinger et ses protagonistes, a réduit le nombre de ceux-ci et leur importance, de même qu’il réduit toutes les équipes des flics qui étaient sur le coup à celle de l’agent Purvis Au niveau des femmes du gang, à part Evelyn Frechette, la fiançée de Dillinger, il ne montre que des putes. Les compagnes des autres gangsters ont dû se retourner dans leur tombe. A propos des morts justement, défiant toute chronologie, elles surviennent aux moments propices pour arranger le scénario - notamment celle de Baby Face durant la fusillade de Little Bohémia, alors que ce dernier meurt bien après. A la fin du film, je me suis posée une question qui aborde un ces détails si chers à Mickael Mann : Pourquoi Ana Sage, la femme qui a trahi Dillinger et que les journaux de l’époque appelaient la Femme en Rouge, porte-t-elle un chemisier et une jupe pastels ?... Malgré ses grosses ficelles, le scénario reste confus, ne cerne pas assez le personnage de Dillinger (par ailleurs très bien incarné par Johnny Depp) et de ses acolytes. Ce film ne vaut pas la vraie vie de Dillinger, ni même le film Bonnie and Clyde que Mickael Mann ne cesse de critiquer.

  • protoss

    12/07/2009 à 22h24

    Répondre

    Déçu. Pour une fois qu'on retrouvait Johnny Depp dans un film "sérieux", il faut que ça soit tourné en vidéo, façon Starky et Hutch. Même sans ces lourds défaut, on apprend pas grand chose de la vie de Dillinger. Qu'en est-il de ses rapports avec Capone ? Est-ce que le Bureau Fédéral se transforme en FBI ? Et la contrebande d'alcool ? Tout de même quelques scènes qui sortent du lot, comme celle de l'arrestation de sa copine, assez grandiose tout de même.


    'fin, c'est pas une raison... 4/10.


     


     


     


     

  • Anonyme

    13/07/2009 à 15h33

    Répondre

    j'ai beaucoup aimé ce film pour l'atmosphère,le casting,l'histoire(oui,Mann a pris de liberté avec la vérité) et la forme car il y a du Eastwood et du Fincher dans ce film!J'ai apprécié le jeu de Depp sobre ( il ne cabotine pas trop et ce rôle change de Jack Sparow et des Tim Burton)même si son personnage manque de psychologie .Marion Cotillard est très émouvante en amoureuse ingénue(ce que finalement elle n'est pas)et Christian Bale vaut le coup d'oeil en pitbull pugnace(il est mieux filmé que dans Dark knight et Terminator réunis,Mann sait quoi en faire) de plus c'est le seul personnage qui évolue dans le filmu flic ambitieux au salaud qui se compromit pour arrêter Dillinger. Quand vous vous demandez pourquoi il est obsédé par l'arrestation de Dillinger,la réponse se trouve dans leur rencontreillinger ne le prend pas au sérieux("ils ne sont pas assez durs,fûtés et rapides pour l'arrêter"),c'est à partir de ce moment que Purvis le prend en grippe et après la mort du flic par Baby Face,il comprend que Dillinger avait raison donc il doit se salir les mains!Ce flic est plein de frustrations entre ce qu'il est,ce que veut Hoover et son job!J'ai trouvé le jeu renfermé de Bale repondait bien au jeu séduisant de Depp surtout que dans chacune de ses scénes,son masque se fissure pour montrer sa rage intérieure!J'ai aimé la certaine opacité du film car il permet de voir ce que l'on veut dans les personnages.Pour moi,Dillinger reste tout au long du film un gentleman braqueur malin et séduisant(on reste toujours de son côté  ),Frechette une amoureuse soumise et Purvis le chasseur!Nous sommes allés à plusieurs voir le film et chacun n'a pas vu le même film:une love story,une traque ou une fuite en avant.En fait il est tout cela et notre discussion d'après-film se portait sur les personnages de Marion Cotillard et de Christian Bale !

  • Anonyme

    16/07/2009 à 14h39

    Répondre

    Qu'est ce qui est le plus consternant? Le fait qu'un pseudo critique justifie sa critique du scénario d'un film hollywoodien en pointant du doigt les incohérences (chose dont la plupart des spectateurs se foutent éperdument, on vient pas voir un documentaire) ou le fait qu'il n'a rien compris à l'intêret du numérique ("heuuu c'est pour faire documentaire" -_- mon dieu...) et s'offusque de le voir utiliser dans un film se déroulant dans les années 30. Mais ma fois il a utiliser un argument incontestable: "le public est habitué à la vieille péllicule". Avec ce genre de phrase on ira loin.

    Bref encore un bel exemple de la médiocrité des critiques de Krinein.

  • kou4k

    17/07/2009 à 02h43

    Répondre

    Le film est à mourir, Plat, un rythme massacré, et une BO charcutée.


    Pour tout ça, je suis entièrement d'accord avec la critique.


    En revanche, saluer la prestation finale de Cotillard et Depp et cracher sur le jeu de Bale, là faut vraiment avoir une notion particulière du jeu d'acteur...


     Simple, Christian Bale est le seul qui soit un tant soit peu crédible ! Johny Depp se perd dans son rôle de badboy gentleman, avec des répliques hilarantes, et la potiche de service ne cesse de sortir des mièvreries.

    Enchainer the Machinist, American psycho et un blockbuster(t4, par exemple), et on se rend bien compte que son répertoire est non seulement varié, mais particulièrement juste.


    Pour le reste, la façon dont sont amenés les évènements est chaotique, et le film s'attarde sur des passages dont on se fout royalement, pour bâcler la plupart des scènes clés.


    On se perd dans des détails pendant des quarts d'heures entiers, et on en vient à se demander où Mann veut en venir... Jusqu'à ce qu'on comprenne : nulle part ! A croire qu'il s'est enfilé un rail de kétamine et s'est posé devant une horloge avec son cadreur.


    Le pire reste la crédibilité de l'ensemble, avec des flics aveugles, un Dillinger qui se promène au milieu de la foule de fédéraux un flingue à la main, des inspecteurs qui gobent tout et demandent leur chemin à de grands gaillards en manteaux noirs au milieu de la nuit, des fois qu'ils aient vu un suspect... Faut pas s'etonner si on se fait décimer une équipe par jour après ça.


     La BO, et le theme principal en particulier poutre bien, à un détail près(c'est valable pour le film en général) :

    Sitôt qu'on commence à l'entendre, qu'on sent venir l'interêt pour une scène et la pression monter, PAF ! On coupe, on passe à autre chose, et on retourne à s'endormir sur Johny Depp qui fait ses lacets et déblatère des platitudes.


    Faut pas oublier le monteur qu'était défoncé au crack, apparement, et le cadreur complètement bourré...


     Le dernier film qui m'avait donné cette impression que le monteur
    était en taule, c'était Ghostrider,(ouais ouais) paye ta référence,
    c'est pour dire.


    Et je veux bien qu'on joue l'immersion, mais quand ca devient ingerable, à vomir, on arrête quoi... Courrir partout autour de christian bale qui sort de bagnole, zoom à fond sur les narines avec abus de plans en extreme close up, ca peut s'appeler un effet de style, ca ne relance pas le rythme pour autant et c'est particulièrement désagréable, à regarder, mais aussi pour comprendre l'action.


    Bref, c'est un fiasco.


    Et en plus la scène finale dure une plombe, on se bouffe 10 minutes de L'ennemi public n1 avec Gable.

    Ca on l'aura compris qu'on est dans les années 30.

    tout ça pour finir avec un échange d'une niaiserie à faire pâlir les réalisateurs de séries pour teens japonaises.


    Une torture pour ma part, ma déception de 2009, et il ne risque pas d'être détrôné de sitôt.

  • riffhifi

    17/07/2009 à 10h26

    Répondre

    Je ne crache pas sur Christian Bale pour encenser Johnny Depp ! Je trouve juste que le premier joue toujours pareil (ce qui ne me dérange pas pour d'autres acteurs, mais Bale m'agace avec son zozotement), et que le deuxième livre sa pire prestation depuis des années, avec quelques minutes d'exception

  • kou4k

    17/07/2009 à 14h00

    Répondre

    Ouep, c'est pas entièrement faux ^^.Mais Je pense que bale n'a pas encore eu de rôles vraiments différents, toujours dans le même registre, alors que Depp a eu l'honneur d'interpreter des personnages loufoques et cultes. D'ailleurs, je ne trouve pas Johnny Depp mauvais, c'est son personnage qui est mal amené et pas vraiment en adequation avec l'acteur, toujours très bon... et paye les dialogues d'ados en ruth.  Après, si c'est une question d'agacement, ca se comprend. C'est Marion Cotillard sur qui je bloque pour ma part.

  • Anonyme

    22/07/2009 à 11h48

    Répondre

    Même si le film m'a un peu déçu, j'en attendais peut être un peu trop, je pense que ça ne vaut absolument pas 3.5/10 .


     En même temps, la critique et de Rhififi, ça ne me surprend guère...

  • kou4k

    22/07/2009 à 20h20

    Répondre

    Faut quand même admettre que c'est une daube indigeste...


     Je suis rarement sorti du cinéma de mauvaise humeur, même après un mauvais film. 


     

  • Anonyme

    23/07/2009 à 13h59

    Répondre

    De ton point de vue, c'était indigeste, pas du mien. Je ne demande pas à la population d'adorer le dernier Mann mais je pense qu'il a trop de qualités pour ne pas être rangé du côtés des Bouses ou autres navets.


    Il a certes quelques défauts, mais je n'adhère absolument pas au point de vue très subjectifs de Rhififi, ce n'est pas la première fois qu'il procède ainsi.


    Après, ces histoires concernant Bale, Depp, Cotillard, pour moi c'est du vent, les acteurs sont très biens, Depp change un peu de registre après plusieurs rôles un peu décalés, Bale qui fait souvent des rôles sérieux, sait tout autant se mettre en retrait (Terminator et ce film) qu'en avant ( le prestige) et sait aussi bien nuancer ses jeux, il y a quand même une grosse variante de American Psycho au règne du feu et de the machinist au prestige.


    Pour Cotillard, même problème, la séquence qui lui est consacrée est interessante, elle s'en sort très bien.


    Après si c'est juste physique moi je ne supporte pas Val Kilmer et pourtant je l'ai adoré sur Heat, Kiss KIss Bang Bang et Top secret.


     Après tes repproches kouk4, ben on va les prendre point par point s'il faut ça pour argumenter.


     Pour le reste, la façon dont sont amenés les évènements est chaotique, et le film s'attarde sur des passages dont on se fout royalement, pour bâcler la plupart des scènes clés.


     Quelles scènes clés ont été baclées ?


    On se perd dans des détails pendant des quarts d'heures entiers, et on en vient à se demander où Mann veut en venir... Jusqu'à ce qu'on comprenne : nulle part ! A croire qu'il s'est enfilé un rail de kétamine et s'est posé devant une horloge avec son cadreur.


    On se perd dans des détails pour aller nulle part ? OK mais donne moi au moins deux trois exemples ...


    En fait je devrai citer tout le post après relecture, j'ai même l'impression qu'on a pas vu le même film, c'est hallucinant


    Bref, je jette l'éponge, continuez à penser que le dernier Mann est un sacré navet et que le dernier Terminator (au scénario inepte pourtant) est une "BOMB ATOMIK" .


     Je veux bien partager mon avis mais quand ça devient de la mauvaise foi, ça n'est plus un plaisir et ça n'est pas assorti à ma perception.


     Bonne journée

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