8.5/10

prophète (Un)

Tour de force : Audiard réussit à faire naître un souffle novateur dans le cinéma français. Résultat : un Grand Prix à Cannes pas immérité.

Grand Prix au dernier Festival de Cannes (2008), Un prophète de Jacques Audiard (Sur mes lèvres, De battre mon cœur s'est arrêté) a été unanimement encensé par la critique : admirable, époustouflant, miracle, éblouissant, magistral... A tel point que ce prophète s'annonçait comme le meilleur film français de tous les temps. S'il reste un vraiment très bon film, on a quand même du mal à être aussi enchantés que le reste de la critique.

La prison comme décor

Marcher dans le désert
Marcher dans le désert
Dans sa forme, Un prophète est quasiment un huis clos. Le héros Malik El Djebena, joué par un acteur inconnu mais qui éclabousse pourtant le film de sa présence, vient de prendre 6 ans de prison pour une histoire dont on ne sait pas grand chose. De l'entrée de la prison à la sortie, Audiard va nous conter la vie et l'évolution de ce mec sans famille, sans argent, sans avenir. Là où d'autres réalisateurs auraient sans doute fait de l'enfermement et des conditions de détention un pamphlet sur les Droits de l'Homme et contre le gouvernement, Jacques Audiard louvoie et apporte une vision plutôt originale : la prison n'est que le support, le décor de l'histoire contée. Bien sûr, le réalisateur ne se voile pas la face et n'oublie pas de montrer les luttes de pouvoir, la corruption, les bastons, les trafics, les meurtres même sous couvert de suicide. Dans cet univers de violence et de luttes de pouvoir, le jeune Malik va passer les étapes et prendre du poids dans, et en dehors des grilles. Certes Un prophète peut sembler plutôt pessimiste en montrant l'échec de la détention et de la réinsertion des détenus, mais Audiard ne semble pas présenter cette évolution comme inexorable. L'histoire de Malik n'est qu'une histoire parmi d'autres, la conclusion d'une série de choix plus ou moins volontaires.

Le mysticisme comme décor

Tendre l'autre joue
Tendre l'autre joue
Pourtant il y a sans doute plusieurs niveaux de lecture dans Un prophète. Le titre lui-même indique une volonté manifeste de s'insérer dans un contexte mystique. Si le chemin de Malik a tout du chemin initiatique, du meurtre primordial commun à de nombreuses cosmogonies à l'exil méditatif, on a l'impression qu'Audiard va pêcher des éléments spirituels dans plusieurs religions pour développer son propos. Malik le non-croyant est perdu dans son héritage culturel, français et arabe. Il est ainsi hanté par un fantôme, mi-ange gardien, mi-derviche tourneur, qui lui prodigue conseils et visions prophétiques. Mais il semble aussi attiré par ses « reufré » musulmans en train de prier. Les symboles se glissent dans le film, apportent quelques bouts de piste mais sont finalement vite oubliés. Malik est-il un prophète, un sauveur ? On est en loin. Pour Audiard, ce prophète n'est justement qu'« un petit prophète, un nouveau type de mec ». Et c'est une nouvelle fois l'histoire qui l'emporte sur les symboles, comme elle l'emporte sur les combats du monde pénitentiaire. Un prophète n'est que l'histoire d'un mec qui se découvre et se construit, paradoxalement, grâce à la prison. Sans aucun jugement moral.

Loin des films français sclérosés par une frilosité qui les fait rester dans des chemins battus et rebattus, Un prophète se démarque par une originalité de ton et de traitement rarement vus. Avec sa caméra crue et implacable, Audiard nous offre un film de gangster brillant, un thriller qui tient en haleine malgré les 2h30 du film. Pour un peu on oserait presque qualifier l'œuvre d'Audiard de film américain tant il s'écarte des tics de réalisation français et se rapproche d'un traitement du gangster à la Scarface.

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A propos de l'auteur

Intéressé par beaucoup trop de sujets, nazonfly est en charge de la partie Musique Krinein depuis quelques années. Ce qui ne l'empêche pas de visiter les territoires des livres, du cinéma, des médias et même de sciences et tech.

16 commentaires

  • riffhifi

    08/09/2009 à 11h15

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    J'ai toujours dit que les 7 nains ne se tapaient pas Blanche-Neige ! Simplet avait Simplette, Grincheux avait Grinchette, et Prof avait... Enfin vous me suivez quoi.


    Je sors.

  • Anonyme

    08/09/2009 à 12h14

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    Psssst... "Grand prix", pas "Palme d'or"... sinon, génial

  • nazonfly

    08/09/2009 à 13h40

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    Ooops merci napadpseudo pour la correction de cette abominable erreur. Moralité : ne jamais se baser sur ses souvenirs et toujours vérifier!

  • Umbriel

    28/09/2009 à 13h15

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    Superbe film. Quelques scènes un peu dures, mais l'ambiance de la prison est vraiment saisissante.


     

  • Anonyme

    28/02/2010 à 13h37

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    Le Prophète est très politiquement correct, et son succès me rappelle celui d' Entre les murs........mais Le Concert est tellement plus humain, plus émouvant ! Plus triste et plus drôle à la fois. Seulement un prix pour sa musique, ça fait gag  : c'est Tchaïkovski qui va être content....


    Le flls de Clint Estwood s'exprimait très bien en français, et bravo pour Gran Torino !  Il était temps que ce film soit applaudi, non ? 


    Le discours de Niels Arestrup était très digne, mais celui d'Isabelle Adjani consternant  (plus comédienne tu meurs) et celui de Audiard limite démago  (c'est là qu'on mesure le poids du politique dans une sélection dite artistique ?)


    J'ai trouvé la présentation avec Gad Ehlmaleh et Valérie Lemercier  plaplate (sauf peut-être la danse d'ouverture ) mais la robe de laeticia Casta m'a fait rêver (merveilleuse de féminité et d'audace, bravo l'artiste !)  Et quand Depardieu est arrivé j'ai cru que les planches allaient crouler sous son poids .... ouf on a échappé à la cata.

  • nazonfly

    28/02/2010 à 16h09

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    Je vois pas trop le politiquement correct dans Un Prophète (mais peut-être tu as vu un autre film qui se serait appelé Le prophète). Certes il ne dénonce pas, il n'accuse pas. C'est un film c'est tout.

  • Lambègue

    28/02/2010 à 18h42

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    Le Prophète était très bon, mais après de la à gagner neuf nominations...

  • Anonyme

    28/02/2010 à 19h26

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    Je voulais parler du discours bobolandais mais laisse tomber Nazonfly, ras l'bol des discours dégoulinants de bons sentiments,

  • nazonfly

    28/02/2010 à 20h44

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    Discours dégoulinants de bons sentiments? Boboland? Je redemande franchement si tu as vu le film.

  • Anonyme

    28/02/2010 à 20h52

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    les bobos sont les gentils parisiens et les méchants sont les corses n'est-ce pas : tu crois que Audiard va oser aller passer ses vacances à Bonfacio cette année ? On sait tous que la prison c'est pas le club Méd"...... mais là Audiard il fait fort.


    Signé Bafri , peut-être que ça ne passait pas. Signé fils à papa Audiard,  ah oui c'est génial !

  • nazonfly

    28/02/2010 à 23h04

    Répondre

    De mon point de vue de mec qui ne connait pas la prison, j'ai trouvé qu'Audiard n'en rajoutait justement pas de ce côté, qu'il n'en faisait pas des tonnes sur l'univers carcéral.


    Après on peut bien sûr trouver qu'il est un peu binaire, notamment dans son traitement des Corses (mais je ne vois pas où tu as vu des bobos dans le film, ni des bons sentiments).


    Un prophète est un bon film, voire un très bon film. Pour moi clairement dans le top 3 de l'année.

  • Anonyme

    28/02/2010 à 23h14

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    Ne nous fâchons pas Naz, la prison étant depuis toujours l'école du crime , bravo à Audiard de nous avoir collé une telle dose de violence !


    Je lui décerne donc un oscar de plus : 9 ça ne faisait pas un chiffre rond, mais à 3 kg la statuette, 10 oscars ça fait 30 kg = ça roule !  Tu veux que je lui ajoute toutes les médailles qu'on a ratées à Vancouver ? Au diable l'avarice !

  • Anonyme

    28/02/2010 à 23h50

    Répondre

    Rectificatif : une statuette ça pèse non pas 3 kg, mais, presque 4 ( 3, 8 kg exactement)= lourd lourd..... dommage, parce que à 18 000 € pièce j'aurais bien essayé d'aller en barbotter quelques unes en coulisse  !

  • Lambègue

    01/03/2010 à 20h16

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    Je pense que vos deux comportements envers le film sont extrème ; le traitement carcéral est bon, mais a coté de ça en effet ça ne mérite pas tant de prix (celui de meilleur film se discute, je trouve).

  • Anonyme

    01/03/2010 à 21h14

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    Le temps fera l'arbitrage : on verra si,  dans 4 ou 5 ans,  Le Prophète  est encore applaudi ou s'il est tombé aux oubliettes . . .

  • nazonfly

    02/03/2010 à 08h44

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    On s'est donné rendez-vous dans cinq and, même jour, même heure, même place. Tiens ya cinq ans le César était allé à L'esquive qui avait été aussi beaucoup critiqué à l'époque.


    Vivement la remise des Oscars quand Avatar aura tout raflé, on se dira qu'on s'en sort pas si mal avec Un prophète

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