8/10

Promets-moi

Un film débordant de vie, de couleurs, de sons, d'humour, de cris, de mouvement, de poésie, de joie, de violence, d'amour, le tout poussé à l'extrême. Excessif mais jubilatoire.

Emir Kusturica est un personnage déroutant. Ses films aussi. Le dernier en date, Promets-moi, ne fait pas exception à la règle : un univers complètement loufoque et déglingué, des personnages rocambolesques, des situations burlesques et une espèce de violence cartoonesque à la fois drôle et presque malsaine... il n'y a pas à s'y tromper, Promets-moi est bien un film de Kusturica, avec tous les excès et toute la poésie que cela implique.

Le scénario (dont on se fiche éperdument, de toute façon) tient dans un mouchoir de poche. Un grand-père et son petit-fils Tsane vivent dans un coin reculé de la campagne serbe, lorsque le premier, se sentant décliner, demande au second de lui promettre trois choses : Tsane doit se rendre à la ville pour y vendre sa vache Cvetka, puis en rapporter un souvenir, une icône religieuse à l'effigie de Saint Nicolas... et une épouse. Tsane part donc pour la ville accompagné de sa vache, et il va sans dire qu'il lui arrivera mille aventures et qu'il y fera mille rencontres surprenantes, dont celle de sa bien-aimée, Jasna. A tout ceci vient se greffer une obscure histoire de bandits et de prostitution, dont les tenants et les aboutissants pas toujours très clairs laissent à penser qu'elle est surtout là pour assurer l'aspect sordide sans lequel Promets-moi n'aurait pas sérieusement pu prétendre être un vrai film de Kusturica.

Malgré cela, Promets-moi garde une teinte comique plus marquée que ses prédécesseurs, et les situations burlesques et/ou absurdes s'y enchaînent à une cadence folle, presque jusqu'à l'overdose. Pourtant, les personnages tous aussi farfelus et détraqués les uns que les autres dégagent une telle aura de sympathie - Tsane et Jasna en tête, tous deux rayonnants et à croquer - qu'il est impossible de ne pas se laisser emporter dans ce tourbillon incessant. D'autant plus que la musique, composée cette fois par Tribor Kusturica, le fils du réalisateur, et interprétée par son groupe, Tribor Kusturica & the Poisoners, s'intègre une fois encore parfaitement à l'univers du film, lui donnant une consistance sonore étourdissante - il n'y a pas à dire, les musiques des Balkans, ça a un charme fou. Ajoutez à cela la romance tragicomique qui se joue entre le grand-père, l'institutrice du village et l'inspecteur, qui offre de jolis moments de rire, et vous obtenez un film débordant. De quoi ? De tout : de vie, de couleurs, de sons, d'humour, de cris, de mouvement, de poésie, de joie, de violence, d'amour, le tout poussé à l'extrême.

Alors qu'importe si l'histoire part un peu dans tous les sens, si le mot « vraisemblance » semble avoir été à jamais banni du vocabulaire de Kusturica, si son univers peine quelque peu à se renouveler ou si l'ensemble tombe parfois dans l'excès et la surenchère : les deux heures et des poussières que dure le film passent en un clin d'œil, et on en sort tout étourdi, un peu assommé et du rêve plein la tête. Un rêve où l'improbable devient légion, où les anges ont des baskets, où vaincre les méchants est un jeu d'enfants et où l'amour, pour une fois, serait simple comme bonjour...

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