9/10

Ponyo sur la falaise

Miyazaki dans une forme éblouissante délivre un conte marin émouvant et juste. La musique et le dessin envoûtent une histoire simple et savoureuse.

Ponyo est un poisson-rouge à visage de petite fille. Un jour elle s'échappe des profondeurs de l'océan pour aller voir le bord de mer, et se retrouve coincée dans un bocal. Sosuke, un gamin de cinq ans habitant la maison en haut de la falaise la recueille, la délivre, et promet de prendre soin d'elle.Miam, du jambon !
Miam, du jambon !

Le père de Ponyo, à sa recherche, la retrouve et l'enferme dans sa tanière afin d'éviter tout contact avec les humains. Mais la petite fille poisson ne l'entend pas de cette oreille, et au cours de sa seconde évasion, aidée par ses soeurs poissons à têtes de petites filles, elle répand un elixir magique dans les océans.
Les eaux montent et le déluge commence...

Ponyo sur la falaise, réalisé par Miyazaki et son équipe, renoue avec la tradition du dessin-animé réalisé entièrement à la main. Une façon élégante de confirmer que c'est dans les vieux pots que l'on fait les meilleures soupes. Inutile de faire durer le suspens, le film est une réussite totale, apportant son lot de poésie, aussi bien graphique que musicale, et sa cohorte de sentiments, de la joie à la colère, en passant par la déception et la peur.

Les premières minutes du film laissent dubitatif. L'auteur a déjà semé tellement de bonnes graines qu'on ne sait dans quel sens prendre ses nouvelles pousses.
De prime abord, le graphisme n'est pas forcément des plus agréables. Non pas que le dessin ne soit pas à la hauteur, mais plutôt que le choix des réprésentations n'est pas habituel. Si les lignes sont claires et la simplicité omniprésente, un monstre-marin reste un monstre-marin, c'est à dire une entité peu ragoûtante, qui, à l'image, n'est pas des plus sexy. Fujimoto en éruption
Fujimoto en éruption
Heureusement, on s'habitue vite, et on en vient à apprécier ce graphisme qui puise sa poésie dans toutes choses, même les plus anodines ou les plus incongrues.

Tout à coup, les choses s'accélèrent. Sosuke recueille Ponyo, lui promet amour et fidélité. Le show commence pour de bon. La tension monte jusqu'à cette fameuse scène où Ponyo court sur les vagues formées pas d'énormes poissons - ses soeurs - cherchant à retrouver la compagnie de Sosuke. Le drame se noue : les vagues meurtrières détonnent sur les intentions amicales de la petite-fille poisson.

En alternant les moments de tensions aux périodes de répits, voire d'instants de bonheur, le récit s'étoffe, prend de la texture, et devient de plus en plus intéressant, jusqu'à son point culminant. Puis retombe, petit à petit, en connaissant une seconde vague, plus proche de la stase temporelle que du déchaînement des éléments.

Le plus incroyable dans toute cette histoire, c'est la faculté de tout un chacun, et même du spectacteur, de ne pas être une seule seconde choqué par l'arrivée du surnaturel. Une fois passé le postulat selon lequel un poisson à tête de petite fille existe, on est de plus en plus immergé dans le fantastique, sans pour autant aller de surprises en surprises. L'acceptation des événements est totale, à notre grand joie d'ailleurs. A la bonne soupe !
A la bonne soupe !
Tout semble aller de soi. C'est un véritable conte qu'a tramé Miyazaki, avec ce que cela implique d'épreuves, d'embûches et de protagonistes attachants.

Ponyo, par son caractère de gamine paumée, colérique parfois, et joyeuse la plupart du temp, émeut. On comprend que Sosuke, dans son rôle de chevalier, la protège et l'admire.
La mère de Sosuke, quant à elle, balaie le récit de sa bonne humeur, même si parfois, boudeuse, elle prend le rôle de la petite-fille, que Sosuke, cantonné dans ses habitudes chevaleresque, console. Pourtant, elle recueille Ponyo en la considérant comme sa fille. L'absence de son mari, marin en mer, renforce d'autant plus cette relation mère-enfant, qui semble finalement être le leitmotiv du récit.
Fujimoto, le père de Ponyo, qui a abandonné son humanité au profit de la vie marine ne sait comment se comporter avec sa fille, qui elle, au contraire, est prête à renier sa vie de poisson pour devenir une véritable petite fille. La mère de Ponyo, une déesse marine à visage humain, est absente, mais revient quand le besoin s'en fait sentir, en s'érigeant plus comme un juge que comme une figure maternelle. La proximité et l'éloignement s'opposent, tandis que dans chaque cas la tendresse est présente.

Tout au long de ce conte, la musique et le bruitage jouent un rôle essentiel, en piochant dans un répertoire classique. Les vagues se brisant sur les terres, les petits bruits marrants qui ponctuent les actions les plus habituelles, ou au contraire saugrenues, sont un ravissement pour les oreilles, amplifiant encore davantage l'immersion dans ce récit marin.

Miyazaki sait jouer la simplicité tout en n'oubliant pas la texture et la saveur. Il ne craint pas le bouillon et livre un Ponyo sur la falaise émouvant et juste.

A propos de l'auteur

Guillaume est le fondateur et le rédacteur en chef de Krinein. Curieux et passionné par la culture au sens large, il poursuit sa route sur les chemins tumulteux de la critique culturelle.

15 commentaires

  • hiddenplace

    15/03/2009 à 11h53

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    Qu'est-ce que j'ai hâte, j'ai hâte ! [img]http://www.krinein.com/forum/images/smilies/love.gif"%20border="0[/img]

  • Anonyme

    15/03/2009 à 20h30

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    [img]/cinema/../forum/images/smilies/pouah.gif" border="0" alt="" />

  • Anonyme

    16/03/2009 à 08h09

    Répondre

    Un poisson à tête de .... ça n'existe pas ?  Alors Ulysse nous a raconté des salades ? zut alors, j'y croyais, moi, aux sirènes.


    Bon alors je n'irai pas voir la "japoniaiserie" ( j'aime bien ce mot !), je préfèrerais faire un voyage en mer pour vérifier tout ça....

  • hiddenplace

    08/04/2009 à 23h08

    Répondre

    Ayééééé [img]http://www.krinein.com/forum/images/smilies/love.gif" border="0" alt="" />

  • Anonyme

    09/04/2009 à 15h01

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    Beh je ne suis pas d'accord avec toi c'etait tres bien

  • Veterini

    10/04/2009 à 16h37

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    Bon bah, c’est un film pour gosse et moi j’aime pas les films pour gosses, surtout ceux où les petites filles ont d’énormes rubans roses dans les cheveux. Et quand, en plus, pour la partie fantastique on fait appel à une déesse genre « chevaliers du zodiac »  c’est non.

    Il y a quand même l’idée d’une mer constituée plus de gros poissons que d’eau  qui est plutôt sympa. Mais bon, le récit d’initiation nian-nian à l’occidental (jusqu'à mettre un fac-similé de la chevauché des Walkyries lorsque Ponyo surf sur les vagues) argg.



    35/100



    Et puis le Manicheisme c’est souvent moyen, mais le coup du tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil c’est pire – Cela dit par rapport à Totoro on échappe quand même aux gamines hystériques et à la pauvre gentille maman malade qui souffre. Par contre on à pas de créature de « l’envergure » du Totoro ou du Chatbus du coup je ne sais pas trop si ça réussit à être pire ou pas.

  • hiddenplace

    10/04/2009 à 21h45

    Répondre

    Rho la scène sur les vagues.


    Sinon t'es vraiment qu'un vieux poulet prévisible (et aigri^^), Vet.

  • Anonyme

    12/04/2009 à 15h18

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    Je suis allé le voir hier soir au ciné, c'est le premier film de Miyazaki que j'ai eu l'occasion de voir. Bon alors, selon moi, Ponyo sur la falaise est loin d'être un chef-d'oeuvre tel que j'ai pu le voir dans les différentes critiques on-line, mais il m'a donné envie de mieux connaître l'univers du réalisateur.


    Graphiquement, c'est une vraie petite merveille.  Le film allie les paysages crayonnés façon "contes pour enfants" et la mer démontée si bien rendue à la manière des estampes japonaises (il faut absolument voir la scène de la tempête, un véritable petit bijou ). Ensuite, pour moi, l'autre point fort est la consistance que le film donne aux personnages ainsi qu'à leurs relations. (Mention spéciale à la mère de Sozuke à la fois sanguine et énergique).


    Maintenant, je peux bien comprendre que certains spectateurs ne soient pas réceptifs à cet univers édénique (mais attention pas naïf, Miyazki arrive quand même à dresser un portrait tout en nuances). Et puis, comme Vétérini, j'ai pas été emballé par la déesse de la mer, son graphisme kitchouille 80's "Ulysse 31" dépareille totalement avec le monde qui nous a été dépeint.


     


    Enfin bon, pour un néophyte du genre, Ponyo reste une agréable surprise quand même, mais sans plus.


     


     


     

  • hiddenplace

    12/04/2009 à 20h34

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    Comme je te l'ai déjà dit, il faut que tu vois Chihiro, à mon sens le plus complexe, et le plus abouti (mais bcp de gens te diront Princesse Mononoke, donc c'est personnel^^)


    Sinon tu as eu raison d'évoquer les estampes Japonaises, car le
    graphisme des vagues y fait effectivement un peu penser, c'est vrai.

  • nazonfly

    19/04/2009 à 08h54

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    guyonne - le 16/03/2009 à 08:09


    Un poisson à tête de .... ça n'existe pas ? Alors Ulysse nous a raconté
    des salades ? zut alors, j'y croyais, moi, aux sirènes.


    --------


    Il est temps de révéler que les sirènes d'Ulysse ne sont PAS des poissons à tête d'homme, mais des oiseaux à tête de femme. C'est en tout cas comme ça qu'elles sont représentées sur les gamelles grecques.


    Pour en revenir à Ponyo, je suis assez d'accord avec la critique de Guillaume. J'ai eu du mal à rentrer dans le film, comme on a du mal à rentrer dans l'eau quand elle est froide. Et j'ai été un peu déconcerté par certains partis pris graphiques. Et je ne suis pas francement convaincu par Fujimoto. Je n'ai pas trop aimé le caquetage des vieilles,  la niaiserie de la fin. Mais la scène du tsunami est franchement impressionnante, et emporte tout avec elle! Et il y a plein de choses franchement réussies (ah quand Ponyo se fait pousser des dents, elle ressemble à Totoro). Et puis la chanson de la fin : Ponyo, Ponyo. Pas le meilleur Miyazaki mais j'ai passé un bon moment.


    La scène avec la déesse dans l'eau m'a fait penser à un film, mais je ne sais pas lequel. Valse avec Bachir je crois, mais je ne suis pas sûr. Quelqu'un pour éclairer ma lanterne?


     

  • Anonyme

    19/04/2009 à 12h42

    Répondre

    Il est temps que Naz nous révèle quoi ?  que les sirènes sont des oiseaux à têtes de femmes ?


    chez Hésiode, peut-être. Mais quand Ulysse était obligé d'attacher ses marins au mat du bateau pour ne pas qu'ils se jettent à l'eau ...... je crois que c'était des poissons à magnifiques têtes de femmes qui chantaient si bien : on ne se jette pas à l'eau pour rejoindre des oiseaux, si  ?


    Enfin je me trompe peut-être : je n'ai jamais mangé dans une gamelle grecque....elle ne passerait pas dans la machine à laver.

  • Wax

    19/04/2009 à 12h57

    Répondre

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Sir%C3%A8ne_(mythologie)


    En gros Naz a raison mais guyonne a pas tort.

  • Jade

    19/04/2009 à 23h54

    Répondre

    Bon, je dois dire que j'attendais celui la moins que j'ai pu attendre le Voyage de Chihiro ou le Chateau Ambulant. Pour la simple et bonne raison que ce Ponyo paraissait vraiment moins ciblé tout public que les autres films de Myazaki. C'est un peu le retour à Kiki la petite sorcière (plus que Totoro, malgré les apparence et selon moi), soit très clairement axé pour les enfants et les adultes en tirent ce qu'ils veulent.


    Qu'on ne se méprenne pas, par film pour enfant, je ne veux pas dire ou quoi que ce soit, et je pense que les films vraiment uniquement réservé aux enfants sont plutôt rares dans le répertoire de Myazaki (je n'ai pas vu Kiki). Mais ici, c'est quand même frappant. Les péripéties qui s'enchainent sans aucune explication autre que 'c'est comme ça'. Ponyo devient une petite fille ? C'est son pouvoir qui lui permet. Toute ville cotière est recouverte par les flots et les bateaux chavirent ? C'était un test pour les deux héros et de toutes facons personne ne va mourir. 


    Les enjeux du film ne prennent à aucun moment des dimensions dramatiques, et quand on voit le héro pleurer, ce n'est en aucun cas aussi fort et aussi frappant que quand Chihiro se met à sangloter à chaude larme après une heure de film éprouvant dans le Voyage de Chihiro. Du Myazaki, mais, à mon avis du Myazaki largement moins fort en émotions, peut être un peu plus papy gateau (comme en témoigne le générique de fin complétement délirant avec des petits dessins d'aliments (!!) à coté de chaque nom de staff).


    Ceci dit, ca reste un très bon dessin animé, soigné comme jamais. On a droit a des scènes sous marines complétement folles, pleines de vie, mais aussi superbement fantastiques quand on voit les villes complétement submergées... La fascination de l'air qui est remplacée par la fascination de l'eau chez Myazaki ? La question est posée. Une fois n'est pas coutume, je rejoins Veterini sur la scène des vagues (très belle au demeurant), où la similitude du thème avec la Charge des Walkyries de Wagner est quand même frappante. Une BO relativement discrète de Mr Hisaishi, qui brille par moments, d'ailleurs


    Pour conclure je dirais que c'est un Myazaki qui manque de créatures dégoulinantes et de cochons, pas un mauvais film, mais on se dit qu'il faudra attendre 4 ans pour le prochain (si prochain il y a... Je n'ose y songer) , ca fait une heure quarante un peu vite passée, même si on a le coeur qui se serre lors de la scène du tunnel, référence vraiment émouvante à Chihiro. Pour ceux qui veulent quelque chose de consistant en allant voir le film, je leur conseille de se pencher sur la relation entre le père et la mère de Ponyo, qui est à mon avis le noyau mystèrieux de l'histoire.

  • Anonyme

    11/06/2009 à 10h55

    Répondre

    Bonjour! Etes-vous d'accod pour que je cite certains passages de votre critique dans une newsletter destinées aux parents qui se demandent si emmenner leurs enfants voir ce film? Vous-même en avez-vous et si oui, ont-ils aimé?

  • Guillaume

    11/06/2009 à 10h58

    Répondre

    Le droit de citation est fait pour être utilisé  Un lien vers la source, et pas de soucis !

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