6.5/10

Poltergeist

Entre les goûts horrifiques du réalisateur Tobe Hooper et les aspirations pacifiques du scénariste-producteur Spielberg, entre la sobriété du fantastique des années 70 et la débauche d'effets spéciaux des années 80, Poltergeist se positionne en mini-classique un peu bâtard.

Troisième numéro de la collection "Films d'horreur" des éditions Atlas, Poltergeist
fait un peu figure d'intrus au côté de Vendredi 13, L'exorciste ou Carrie : malgré la présence incontestable d'un esprit frappeur et les quelques séquences de stress qu'il provoque, le film porte la patte ‘familiale' de son scénariste-producteur Steven Spielberg, qui réalisait E.T. pendant que Tobe Hooper (Massacre à la tronçonneuse, tout de même) s'occupait de Poltergeist. Nous sommes donc en 1982 : les enfants aiment Star Wars (affiches et jouets sont visibles aussi bien dans E.T. que dans Poltergeist), Ronald Reagan est président, et le surnaturel n'est plus forcément synonyme de menace. Les Freeling (un couple d'une trentaine d'années et leurs trois enfants) habitent une maison de banlieue construite récemment par la compagnie dans laquelle travaille Monsieur, et leur vie quotidienne ronronne tranquillement. Jusqu'au jour où une entité se manifeste à travers la neige télévisée et divers évènements déroutants...

Avec le recul, Poltergeist apparaît clairement comme un film-charnière du début des années 80 : on y retrouve une famille américaine sensiblement similaire à celle de Rencontres du 3ème type (Craig T. Nelson a même de faux airs de Richard Dreyfuss) où la télévision prend notamment une place grandissante, une approche pseudo-réaliste du surnaturel y est acceptable, et le traitement renvoie à certaines histoires de Stephen King, qui est depuis le milieu des années 70 l'étoile montante du fantastique horrifique ; dans le même temps, plusieurs classiques déconnants
des années à venir y sont en germe : Gremlins (on décèle même quelques morceaux musicaux qui seront réutilisés presque tels quels par Jerry Goldsmith), Les griffes de la nuit (un des effets spéciaux, souvent porté au crédit de Wes Craven, apparaissait deux ans plus tôt dans ce film) et surtout Ghostbusters. On pourrait même considérer ce dernier comme une parodie directe de Poltergeist : les pieds nickelés que sont Venkman, Spengler et Stantz constituent des caricatures des trois spécialistes exhibés ici, et les manifestations paranormales prennent une forme clairement identique : déplacement télékinésiques, résidus ectoplasmiques... même les apparitions de fantômes (particulièrement impressionnantes dans le film de Hooper) se ressemblent.

Le scénario, profondément ancré dans son temps, reflète la mauvaise conscience d'une Amérique qui commence à prendre le temps de se retourner sur son passé ; la leçon de morale est dispensée de façon moyennement subtile, mais la mise en scène est parsemée de quelques moments restés dans les mémoires (même si
certaines ont été détournées dans la fameuse scène d'introduction de La cité de la peur des Nuls...), et le titre génèrera suites et dérivés : Poltergeist 2 et 3, bien sûr, mais également la série Poltergeist les aventuriers du surnaturel (sans rapport direct, mais capitalisant sans doute sur la parenté de nom), le court-métrage Poultrygeist (avec des volailles) et la comédie franchouillarde Poltergay (avec Clovis Cornillac). Le film reste un petit classique, notamment grâce à la présence étrange de l'actrice Zelda Rubinstein (décédée en janvier dernier), dont on nous promet un remake pour l'an prochain. Le DVD des éditions Atlas est accompagné d'un inévitable fascicule, à ne pas ouvrir avant de voir le film (sauf si on aime les spoilers) mais garni des belles images.

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1 commentaires

  • shushu

    05/05/2010 à 09h18

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    Film d'horreur de mon enfance. Traumatisé pendant de nombreuses années. Je me demande ce que ça donnerait de le voir aujourd'hui (mais je n'en ai pas très envie...).

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