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Plan 9 from outer space

Mal filmé, mal joué, Plan 9 from outer space est LA référence du nanar. Et donc forcément sympathique.

C'est unanime, on vous le répète sans cesse. Plan 9 from outer space est le film le plus mauvais de tous les temps. Surtout depuis que le critique états-unien l'a élu comme tel dans son livre The golden turkey award. Ed Wood, réalisateur de Plan 9 et nommé comme le plus mauvais réalisateur de tous les temps, accéda de cette façon à la postérité. A un point tel que Tim Burton en fit une biographie avec Johnny Depp dans le rôle d'Ed Wood. Il devenait crucial que Krinein se penche sur ce monument du cinéma qui restera dans les mémoires sans doute plus facilement que des dizaines d'autres films. Et quel meilleur exemple que Plan 9 from outer space pour illustrer Halloween, mélange ahurissant de rires et d'horreur ?

Des extra-terrestres, des morts-vivants et des électrodes !

Attention, nous ne sommes pas de la Terre
Y a bien que les extra-terrestres pour être potes
avec Claude François
Car, il faut le dire, Plan 9 from outer space est un film d'horreur dans lequel on peut rencontrer tous les poncifs du genre. Imaginez que des extra-terrestres (horreur malheur) ont décidé de punir l'homme de sa recherche toujours plus avancée d'armes terribles en réveillant les morts. Rien que du très classique pour une histoire de science-fiction. Evidemment, les extra-terrestres ressemblent à s'y méprendre à des humains habillés comme dans Star Trek, mais bien malin celui qui pourra affirmer que nos concitoyens d'outre-Terre sont différents de nous ! Evidemment aussi, leur matériel high-tech fait aujourd'hui pâle figure devant ne serait-ce que le plus petit de nos ordinateurs. Evidemment aussi, les bases scientifiques censées expliquer le moyen pour faire se lever les morts des tombes sont alambiquées et sans rapport avec le résultat : comment diable peut-on lancer des électrodes dans le cerveau à distance, sans que cela se voit ? Et comment cela permettrait-il de passer outre la mort ? Mais, finalement, il n'y a rien d'étonnant dans cette description tant le matériel passéiste et la pseudo-science ont depuis longtemps envahi le cinéma et la télé.

Une vamp dans Plan 9 ? T'as Tor !

La Belle et le Bête
La Belle et le Bête
Ce qui est le pire, ou le meilleur selon les goûts du spectateur, c'est que Plan 9 semble avoir été tourné envers et contre tout. Bela Lugosi qui devait être la vedette du film mourra en cours de tournage, laissant quelques minutes de pellicule où il déambule dans un cimetière, où il cueille une rose en versant une larme qui ferait hurler de rire un crocodile. Un autre réalisateur aurait sans doute recruté un autre acteur. Ed Wood ne mange pas ce pain-là. Par faute de moyens ou juste pour garder ces images de Lugosi, Ed Wood utilisera un étrange subterfuge : faire jouer le même personnage par quelqu'un d'autre. Difficile en effet ici de parler d'acteur quand il s'agit du chiropracteur de la femme de Wood, et que sa performance se limite à marcher avec une cape qui lui recouvre le visage. Mais cela permettra à Ed Wood de pouvoir annoncer Bela Lugosi dans son film. Tous les acteurs semblent particulièrement mauvais. Mention spéciale à Tor Johnson, catcheur de métier et catastrophe morte-vivante dans Plan 9, qui est aussi expressif qu'un poulpe qu'on aurait filmé par une nuit sans lune. Citons aussi en passant Vampira, présentatrice de programmes d'horreur sur ABC. Vampira qui justement, tout comme Tor, passe et repasse les deux bras tendus devant elle sans prononcer un seul mot.

Des effets spéciaux au top

Bela Lugosi... ou presque
Bela Lugosi... ou presque
Mais plus que le scénario, plus que les acteurs, c'est bel et bien l'ensemble du film qui est bancal. Les soucoupes volantes, qu'un pilote de ligne annonce avoir vues (et qui ressemblaient à des cigares selon lui) ressemblent en fait... à  des soucoupes volantes, et tiennent par des fils bien visibles. Quelques étincelles suffisent pour simuler une explosion dans l'espace. Les pierres tombales s'effrondrent au passage des acteurs. Une scène résume à elle seule l'ensemble du film. Des fossoyeurs sous le soleil de midi (ou peu s'en faut) regardent un enterrement qui se déroule dans un pénombre de fin de soirée. Tellement étonnant que le spectateur doit réfléchir  de longues secondes pour comprendre comment s'enchaîne cette scène.

En résumé, tout ou presque fonctionne mal dans ce film. Par manque d'argent ? Par manque de chance ? Ou simplement par manque de talent ? Pas évident de faire la part des choses.  Mais c'est ce manque d'à peu près tout ce qui peut faire un bon film qui rend Plan 9 from outer space tout simplement sympathique. On peut avancer un millier d'explications pour expliquer pourquoi ce film restera dans les mémoires.  Mais la plus évidente est que Ed Wood a mis une certaine partie de sincérité dans son film, une certaine partie de lui-même. Au final on ressent un peu la même tendresse envers Ed Wood que celle qu'on peut avoir envers un enfant qui, avec tout son coeur; tout son amour, aura fait une affreuse sculpture pour la Fête des Mères. Maladroit mais touchant... d'une certaine manière.

D'où une note de 3. Parce qu'un plan a deux dimensions, et que 3*3 = 9.

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A propos de l'auteur

Intéressé par beaucoup trop de sujets, nazonfly est en charge de la partie Musique Krinein depuis quelques années. Ce qui ne l'empêche pas de visiter les territoires des livres, du cinéma, des médias et même de sciences et tech.

1 commentaires

  • Lestat

    31/10/2008 à 09h48

    Répondre

    Au final on res­sent un peu la même ten­dresse en­vers Ed Wood que celle qu'on peut avoir en­vers un en­fant qui, avec tout son coeur; tout son amour, aura fait une af­freuse sculp­ture pour la Fête des Mères.


    Là, je dis "Monsieur"

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