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Pirates de Langkasuka

La Thaïlande nous fait son Pirates des Caraïbes. Le plus étonnant est que le résultat, sans être à tomber par terre, se révèle divertissant.

Belle affiche. Non, sincèrement, belle affiche, voilà un DVD réservé aux direct-to-video qui a le mérite de bénéficier d'un packaging tout à fait attrayant. Pour en rajouter, ça a l'air d'être un film de pirates, et le titre nous évoque raisonnablement les œuvres de Gore Verbinski tout en nous invitant au dépaysement. Langkasuka, ce n'est pas sur les côtes de Floride que l'on va dénicher un nom pareil !
Le cinéma thaïlandais ne profite franchement pas des joies de la grande distribution, mis à part quelques films d'arts martiaux basant leur popularité sur le degré de violence accepté par les cascadeurs. Même pour un film comme Pirates de Langkasuka, superproduction de 15 millions d'euros et grand champion du box office thaïlandais, il faudra se contenter d'une projection sur petit écran. Au moins, le blu-ray sera facile à trouver, ce qui nous permettra d'apprécier à leur juste valeur les moyens déployés.


Sur le papier, Pirates de Langkasuka est un remarquable fourre-tout. Des Japonais s'associent avec des pirates pour retrouver des canons hollandais, tandis que des paysans jouent les ninjas résistants et que la reine cherche à marier une de ses soeurettes - le tout enrobé d'arts martiaux et d'une magie qui n'est pas sans nous rappeler la célébrissime Force de George Lucas. En dépit de tout ça, un tel amalgame se révèle plutôt enthousiasmant si l'on a l'habitude du divertissement pur malt, ce qu'est indéniablement Langkasuka. Nonzee Nimibutr, le réalisateur, veut frapper un grand coup, et il s'en donne les moyens. Son film se dote d'extérieurs d'une très grande beauté, avec de belles images de fonds marins et des panoramiques de bonne qualité. Les décors en intérieur ont eux aussi fait l'objet d'une attention particulière, très détaillés malgré une luminosité parfois un peu faussée. Quant aux costumes, même si la majorité des personnages se balade à moitié nu, les toilettes royales et le design général nous renvoient aux meilleurs créations asiatiques. Conscient de ce qu'il a entre les mains, Nonzee Nimibutr se surpasse. Sa réalisation, sans bousculer les lois établies, se montre inspirée et empreinte d'une certaine poésie, d'un naturalisme quasiment palpable. Et à l'autre bout de la chaîne, les scènes de bataille sont lisibles et mettent en valeur les prouesses physiques des acteurs. On remarque toutefois quelques longueurs dans les scènes qui ne se prêtent pas aux excentricités, comme les nombreux dialogues de la reine de Langkasuka, mais dans l'ensemble les 100 minutes du film passent sans accroc.

Ce qui pêche le plus dans Langkasuka, c'est certainement son histoire et sa narration. Au premier plan, le montage général n'aide pas à la compréhension générale, les événement se greffent à l'intrigue principale de manière un peu expédiée, sans véritablement présenter les personnages ou les lier entre eux. Il y a une inconsidération manifeste pour les protagonistes utilisés, leur sentimentalité est juste effleurée, elle est même plutôt banale dans les faits, et les relations entre eux sont de la plus petite espèce. Paree, le héros, peut tout à fait perdre tout son village sans trop de tristesse, du moment qu'il retrouve sa femme - personnage féminin ô combien réduit qui lui permettra de trouver une raison de se battre, et qui pourtant se fera éventuellement remplacer de la plus piètre manière possible. Quant à Jaraang, de la garde royale, c'est peu la bonne à tout faire du coin, le type très compétent et très volontaire qui se fait dérouiller toutes les dix minutes pour les beaux yeux de la reine. Simpliste. Au bout d'un moment, on finit par mélanger les personnages et à ne plus savoir qui est de la famille de qui. Mais basta, l'idée globale du scénario est accessible, et ce qui est important, c'est que le divertissement soit. La bonne tenue des effets spéciaux et les scènes d'action sont là pour ça, et ces deux aspects se montrent franchement réussis. Malgré un budget que l'on considèrera comme serré, la Thaïlande nous livre des scènes numériquement modifiées de qualité acceptable dans la majorité, et pourra compter sur l'expertise des cascadeurs pour fournir quelques scènes de bataille bien pêchues - même si l'on pourra trouver mieux ailleurs, dans le cinéma américain ou asiatique.

Beaucoup de bonne volonté et de moyens dans cette grosse production thaïlandaise. Le scénario pourra en laisser quelques uns sur la touche, tout comme les dialogues d'une incroyable oisiveté (décuplée par une VF horrible en tout points), mais le savoir faire du réalisateur et le sex appeal global font de ce titre une œuvre de divertissement recommandable sans être exceptionnelle.


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