4.5/10

Philibert : oh capitaine, mon capitaine ?

A peu de choses près, Philibert aurait pu être une solide comédie, mais la teneur de ses bonnes idées ne parvient pas à sauver un film trop appuyé sur le pur pastiche.

Au cinéma, comme dans la vie, il faut prendre des risques. Celui d'être incompris, rejeté, critiqué, mais c'est un mal nécessaire pour faire vraiment ce que l'on aime. Je n'essaye pas de vous sermonner ou de porter un regard évaluateur sur votre existence, non, je cherche simplement à vous expliquer pourquoi je soutiens un film comme Philibert tout en lui collant une sale note. Exercice pas facile, mais nécessaire.


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Au premier regard, le film a de quoi attirer notre sympathie : un scénariste d'OSS 117 a planché sur le script, Alexandre Astier campe un méchant haut en noirceur, le film se tourne vers le pastiche des films de capes et d'épées du siècle dernier (et tout le monde sait que l'on adore se moquer de ces vieux coucous du cinéma), et la bande-annonce avait son petit quelque chose de séduisant. Nous ne sommes néanmoins pas dupes, autant ce montage peut présenter le film sous un jour heureux (il faut être réceptif à ce type d'humour), autant nous savons avec une grande pertinence que le vide artistique peut frapper n'importe où, n'importe quand. Le premier problème de Philibert est là, il s'appuie sur les codes de la cape et de l'épée à outrance pour meubler entre les bonnes idées. Jérémie Rénier se démène comme un Errol Flynn, parfaitement moulé dans un collant vert pomme, tandis qu'Astier ricane machiavéliquement dans son château et qu'Elodie Navarre cligne des yeux à tout va. Derrière, du carton pâte et des faux reliefs. Devant, des chevauchées simulées mécaniquement filmées en contre plongée. Pas de quoi arracher un rire, mais tout comme la verve gracieuse des protagonistes, il ne s'agit que de chaînons visant à reconstituer un univers et y élever un humour que l'on attendait décapant. Mais là aussi, le bât blesse, on s'amuse globalement sans forcément y trouver un intérêt particulier.
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La faute, elle en incombe malheureusement à la réalisation et / ou au montage, chaque scène et chaque idée rigolote s'étend en longueur et se désamorce d'elle-même.
Saluons la performance tout à fait honorable de Jérémie Rénier en Philibert, inspiré et diablement expressif. Son lot de mimiques déployées au long du film est impressionnant et contribue beaucoup à l'affection que l'on porte au personnage. Astier, quant à lui, s'emprisonne dans ses textes arthuriens et incarne un méchant sans grand relief. L'acteur a du potentiel pour jouer de la vilenie, mais il est indispensable pour lui de ne pas s'auto-parodier ! Quant à Elodie Navarre et à Manu Payet, la première s'empare gracieusement d'un rôle peu étoffé mais le fait avec une certaine distinction et un charmant minois, le second joue à merveille le faux jeton un peu lèche-bottes. Son « c'est abusé » aperçu dans la bande-annonce, peut-être la seule marque d'anachronisme volontaire du film, est le fer de lance de son personnage.

Philibert respire la bonne volonté, mais ce n'est guère suffisant pour faire un bon film. Si le casting s'en sort convenablement bien, le scénario souffre de références peut-être trop appuyées et ne parvient pas à se créer une véritable identité humoristique. On salue néanmoins l'effort, léger et dénué des blagues grasses que l'on pouvait attendre d'un capitaine puceau.


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