9.5/10

Petite boutique des horreurs (La)

La seule façon de répondre à la question : « mais quel métier peut bien faire un blouson noir ? »

Au commencement était un film de Roger Corman en 1960. La petite boutique des horreurs a été le plus grand succès commercial du réalisateur. Il faut dire que le tournage sur deux jours (et une nuit !) a considérablement diminué les frais de production (on parle de 22.000 à 100.000$). Un succès tellement impressionnant que le film, d'horreur rappelons-le, a été adapté... en comédie musicale plus de vingt ans plus tard (1982 pour être précis) ! Ce show rock et soul à la Motown a fait le tour du monde, de Sydney à Paris, et de Sao Paulo à Tokyo. Quatre ans plus tard, c'est le génial Frank Oz (Dark Crystal) qui, sous ses doigts de magicien, adaptera la comédie musicale pour le grand écran.

Suddenly Seymour

En effet, comme dans le très postérieur Sweeney Todd, les personnages passent une grande partie de leur temps à chanter. Mais contrairement au film de Tim Burton, les rythmes sont enjoués, les paroles lumineuses. On est très loin de l'obscurité du barbier tueur de Fleet Street. Sur des airs plutôt soul, trois chanteuses estampillées Motown servent ainsi d'intermède aux différentes scènes, comme autrefois les panneaux des films muets annonçaient ce qui venait de se passer, ou ce qui allait suivre. La qualité des compositions est indéniable. Ainsi il est difficile d'oublier la rengaine « Suddenly Seymour » ou le thème principal qui ouvre le film « Skid Row ». Mais les meilleurs moments restent encore les interprétations de Audrey II, dont les liens avec le Boogeyman de L'Etrange Noël de M. Jack, autre film chantant, sont pour le moins évidents : le très groovy « Feed me » ou l'excellent « I'm bad », chant du cygne de Audrey II. Les passages chantés sont parfois tellement bons qu'on se demande s'ils ne pourraient pas séduire jusqu'aux allergiques des comédies musicales.

Plantebuster

Il faut dire qu'une douce folie, un humour omniprésent règne dans La petite boutique des horreurs. Les films d'horreur ont cette particularité de se tenir parfois à la limite de la peur et du ridicule. Ici, comme dans Braindead ou L'attaque de la moussaka géante, cet hurmour est complètement assumé et, de fait, il est impossible de ne pas se bidonner toutes les cinq minutes. Et à vrai dire, la peur, l'horreur passent au x-ième plan. Il faut dire que le sujet se prête à merveille à la rigolade. Imaginez un fleuriste qui voit sa fortune faite grâce à une étrange plante, venue des étoiles un jour d'éclipse solaire et qui se nourrit de sang humain ? La voir émettre quelques bruits de succion pour récupérer quelques gouttes du précieux liquide écarlate est tout simplement irrésistible.

Evidemment cet humour ne serait rien sans des personnages hauts en couleurs. Seymour, pantalon côtelé, chemise improbable et gilet démodé, est un ahuri, un peu niais et maladroit, une sorte de geek avant l'heure. Ce rôle, dans les années 80, ne pouvait être joué que par l'inoubliable Rick Moranis (SOS Fantômes, SOS Fantômes II, Chérie j'ai rétréci les gosses), disparu depuis de la circulation. Audrey, numéro 1 cette fois, décolleté pigeonnant et bouche zozotante est l'image parfaite de la blonde comme on l'imagine, un peu bébête, abusée par son mari et aimant en secret Seymour le bien gentil, perpétuant une tradition de jolies filles préférant le macho au sympathique mais insignifiant loser. Pour jouer Audrey, Ellen Greene reprend en réalité le rôle qu'elle avait dans la comédie musicale. Mais le personnage le plus mémorable, outre la plante évidemment, est le mari d'Audrey, joué par Steve Martin, blouson noir en moto dont le seul plaisir est de faire souffrir les gens, en battant sa femme mais aussi en exerçant le métier le plus sadique du monde (je vous laisse deviner lequel). Quiconque a vu le film ne pourra que vous parler de cette scène entre Steve Martin et Bill Murray (vu lui aussi dans SOS Fantômes). Un grand moment de cinéma comique qui déridera les plus sérieux.

Chéri, j'ai agrandi la plante

Enfin il y a cette plante, qui doit tout au génie de Frank Oz, marionnettiste génial de Miss Piggy dans Le Muppet Show, mais aussi de Maître Yoda dans Star Wars, et réalisateur d'un des plus beaux films de marionnettes (même s'il est difficile de se cantonner à cette description), Dark Crystal. La plante avec sa drôle de tête en forme d'oeuf, son sourire en coin, qui dévoilera bien vite une rangée de dents bien trop acérées pour être honnêtes. La plante qui tentera, en vain on vous rassure, de se débarrasser de Seymour et de s'échapper de son pot. Dans une première version, évidemment vite mise au rebus car plus pessimiste (et plus marquante) mais visible sur Youtube, Audrey et Seymour finissaient dévorés par la plante et le film se terminait sur l'invasion des Etats Unis par des plantes monstrueuses semant mort et désolation sur leur passage. Une plante qui, enfin, n'est qu'une allégorie de la soif d'argent, de pouvoir ou simplement de reconnaissance, une soif à tout prix mais qu'il faut toujours payer à un instant ou à un autre. De fait, la fin visible aujourd'hui perd beaucoup de sa substance, comme souvent avec les happy ends.

La petite boutique des horreurs reste en tout cas l'un des films majeurs des années 80, une comédie musicale drôle et excitante, un film d'horreur hilarant à visionner de toute urgence.

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A propos de l'auteur

Intéressé par beaucoup trop de sujets, nazonfly est en charge de la partie Musique Krinein depuis quelques années. Ce qui ne l'empêche pas de visiter les territoires des livres, du cinéma, des médias et même de sciences et tech.

2 commentaires

  • Lestat

    28/11/2008 à 16h05

    Répondre

    A noter que le Corman n'engendrait déjà pas la mélancolie...

  • Dobbs

    07/01/2009 à 23h00

    Répondre

    Moranis et Martin sont impayables...


    J'ai tendance à préférer "portrait craché d'une famille modèle" ou "Les cadavres ne portent pas de costard" de la même époque hehe

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