6.5/10

Petit Nicolas (Le)

Le secret de l'adaptation réussie est de parvenir à conserver intact l'esprit de l'oeuvre tout en la malmenant suffisamment en osant changer ce qui passe mal à l'écran.

Avant d'aller plus loin, précisons-le d'emblée : le Petit Nicolas dont il est question est bel et bien celui qui fait tinter la clochette de la nostalgie. Sempé au dessin et Goscinny au scénario donnaient vie, en livre et en illustrations, à un jeune élève et sa bande d'amis. Son prénom, il le tient, de l'aveu même de Sempé, d'une publicité pour une chaîne de détaillants d'alcools.

Tadaaa !
Tadaaa !
L'oeuvre romanesque étant constituée de multiples nouvelles, l'adaptation en film requierait de faire son marché pour éviter de noyer les spectateurs, pourtant à l'aise dans l'eau si on en croit leur statut de sardines, entassés dans les fauteuils inconfortables de certaines salles de cinéma.
Ainsi, le film se focalise sur deux éléments principaux d'intrigues, et quelques péripéties périphériques : le repas où le père du petit Nicolas accueille son patron et son épouse, et la peur du petit Nicolas de finir abandonné pour cause de petit frère devant arriver. A cela s'ajoute la venue du ministre de l'éducation à l'école ainsi que la bonne mine du voisin se mêlant de ce qui ne le regarde pas.

La véritable réussite de ce film est d'avoir réussi à conserver l'univers du petit Nicolas sans pour autant y être trop fidèle. Il aurait été facile de penser animer les petits mickeys de Sempé pour en faire un film d'animation  (M6 propose depuis le début du mois une version "images de synthèse" qui n'est pas pour autant fidèle au matériau de base). Là, au contraire, Laurent Tirard a préféré se lancer en proposant sa propre vision de l'univers, en utilisant tout ce qu'une caméra pouvait lui offrir, aussi bien musicalement que visuellement.

Le Petit Nicolas et sa bande
Le Petit Nicolas et sa bande
C'est avec un certain plaisir que la transition entre le monde dessiné et le monde des lumières s'effectue : un générique tout en collages et profondeurs amène à perdre tout a priori. En quelques minutes on se sent prêt à accepter une nouvelle interprétation, sans clichés. Redécouvrir le petit Nicolas sans appréhension...

Kad Merad dans le rôle du père et Valérie Lemercier dans le rôle de la mère s'en sortent plutôt bien. Ils n'ont pas été embauchés pour faire rire à tout prix, et on les en remercie. Si les gamins se gausseront devant quelque concours de grimaces, on s'étonnera avant tout des disputes incessantes qui parcourent le film, mais qui finissent toujours bien. A croire que rien n'a de conséquence.

C'est ce qui saute aux yeux, et qui fait le plus écho aux anciennes tribulations du Petit Nicolas. On peut tout y faire, tant que ce n'est pas vulgaire, tant que c'est naïf, tant que ce n'est pas méchant, tout est plus que pardonné. Voler une voiture, faire prendre une concoction  hasardeuse pour de la potion magique, tout passe sans gravité, sans heurts violents.
C'est en cela que le petit Nicolas est universel, et que le réalisateur, accompagné de Grégoire Vigneron au scénario, a réussi son pari de l'adaptation. Le trait le plus essentiel, le plus caractéristique de l'oeuvre est conservé, tout en sachant adapter pour de bon ce qui ne sied pas à une oeuvre de cinéma.

Le bouillon déborde
Le bouillon déborde
Bien entendu, cet aspect ne plaira pas à tout le monde. Tout semble lisse et beau dans cet univers. Les décors sont toujours bien propres et rangés, bien colorés, encore plus appétissants que chez l'ami Ricoré. Mais c'est aussi cette facette qui rappelle le plus l'enfance insouciante et qui rend le propos universel. On s'y reconnaît non pas pour son propre vécu, mais pour l'envie de pouvoir faire nôtre une telle enfance.

Ce festival de couleurs propres sur elles et de vêtements impeccables instaure une ambiance bien particulière. On est à plusieurs reprises tenté de trouver des similarités avec la photographie et la musique de Pushing Daisies, qui forment à elles deux un personnage indépendant. On s'étonne de ne pas trouver un propos plus noir derrière une apparence de façade si distrayante. Quoi qu'il en soit, Denis Rouden parvient à exprimer, par bribes, un véritable talent, qui trouve un bel écho dans la musique de Klaus Badelt.

Cependant, si le casting est reconnu, avec notamment la présence de Sandrine Kiberlain en institutrice aimée, François-Xavier Demaison en bouillon, Michel Duchaussoy en directeur, Michel Galabru en ministre, Anémone en acariatre, on regrette que ce soit avant tout la caricature qui ressorte de chaque personnage. Ils n'ont en effet que peu de profondeur et se contentent de montrer une forte facette pour noyer le poisson.
Si le père de Nicolas n'est pas qu'un râleur et qu'il cache un coeur derrière ses réprimandes, on a bien du mal à lui trouver d'autre intérêt. De même, la mère, stéréotype de la mère de famille potiche qui ne fait que s'occuper de son fils et des corvées ménagères, si elle tente bien de s'évader de son carcan social en prenant un peu son indépendance en apprenant la conduite et en se cultivant, renonce bien vite tant les obstacles semblent insurmontables. On ne s'évade pas si facilement d'un tel monde !

C'est peut-être aussi cela qui fait le charme : tout y est désuet à souhait et stéréotypé. Mais c'est aussi ce qui énerve...

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A propos de l'auteur

Guillaume est le fondateur et le rédacteur en chef de Krinein. Curieux et passionné par la culture au sens large, il poursuit sa route sur les chemins tumulteux de la critique culturelle.

20 commentaires

  • Kei

    04/03/2008 à 10h59

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    Le plus dur ça va être de faire un truc intéressant. Le petit nicolas est génial de par son mode de narration, pas par les histoires qui font sourire, mais sans plus. Si on enlève la plume de goscinny, que reste-t-il ?

  • Fen-X

    04/03/2008 à 11h27

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    Rah mais non, pas touche au petit Nicolas. Merde quoi.

  • Dat'

    08/03/2008 à 14h26

    Répondre

     


     


     


     


     


     


     


     


     


     


     


     


     


     


     


     


    Il vont pas oser faire ça  quand même !?!?!?


     

  • hiddenplace

    04/04/2009 à 00h21

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    Quand je pense que j'apprends tous les jours à mes petits élèves (3 ans) qu'il faut dire "s'il te plaît"


    (sinon y a des chapitres dans Le petit Nicolas (le film) ?^^)

  • Guillaume

    16/09/2009 à 15h34

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    L'ayant vu cette semaine, je peux te répondre : il n'y a pas de chapitres au film.

  • hiddenplace

    16/09/2009 à 22h08

    Répondre

    En lisant ta critique, je me demande quelque chose : à quel époque se déroule le film (et les livres bien sûr) ? il me semble que Le petit Nicolas, ça date, même si moi je l'ai toujours lu de manière universelle... 


    Et je me souviens m'être fait la même réflexion sur les Boule et Bill que je lisais, petite : la maman n'avait jamais rien d'autre à faire que le ménage et vérifier le cartable de Boule, puis la gamelle de Bill (avec de temps en temps une séance de shopping avec ses copines). Tandis que le Papa rentrait, sa serviette sous le bras, en demandant ce qu'on mangeait au dîner. Ce ne serait pas représentatif d'une certaine époque ?

  • Nicole ni clou

    17/09/2009 à 10h22

    Répondre

    D'une certaine époque et d'une certaine classe sociale...

  • Anonyme

    17/09/2009 à 21h09

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    C'était le bon temps,les femmes s'occupaient des gosses et du ménage


    Puis vint le féminisme!Et on s'étonne que tt aille mal après!

  • Wax

    17/09/2009 à 22h07

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    "Ah ça ma bonne dame! Ce qu'il nous faudrait c'est une bonne guerre!"

  • Guillaume

    17/09/2009 à 22h13

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    Oui, ça se passe à l'époque où les gamins vont à l'école sapés comme pour aller à la messe ^^


    Dans le dossier de presse il est justement question de la mère, et de la volonté des scénaristes de changer la donne. Mais en réalité ça tombe un peu à plat...

  • Anonyme

    18/09/2009 à 08h32

    Répondre

    Nicole ni clou dit que ça "date d'une cerataine époqiue et d'une ceraine classe sociale" ? Alors là,  dire que les femmes au foyer passaient leurs vies à faire le ménage et à s'ocuper des gosses,..... ça me fait bien rigoler ! 


    Beaucoup avaient  une "bonne à tout faire", pour le ménage et la cuisine, et les enfants passaient des vacances de rêves  entre des  baby-sitters ,(anglaises de préférence), et des maisons de vacances loin de la môman (qui avait autres choses à faire....)..


    Quant aux gamins "qui allaient à l'école en vêtements du dimanche", oualou ! C'était l'uniforme imposé, et seul le week-end permettait la tenue décontractée pour faire tout et n'importe quoi !


    Donc il faut que j'aille voir le film et que je zieute des dossiers de presse. .......déjà ce qui va passer à la télévision s'annonce un peu tartignolle: c'est dommage parce que la BD j'aimais bien.

  • pastis-mirabelle

    18/09/2009 à 11h08

    Répondre

    Encore faut-il avoir les moyens de payer la « bonne à tout faire » (et a fortiori les vacances de rêve), ours blanc. Je ne suis pas certain que Nicole ni clou ait désigné la bourgeoisie par l'expression « une certaine classe sociale ».

  • Nicole ni clou

    18/09/2009 à 11h57

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    Je rends grâce à votre sagacité, Pastis -- tout me porte à croire que vous saurez louer également celle de Mirabelle.


    Le microcosme bouleetbillesque, puisque c'est sur lui que le débat semble avoir bifurqué, n'offre à mon sens que peu d'accointances avec ce qu'il est convenu d'appeler "bourgeoisie", celle-ci [s']étant en effet préservée des effets "Trente glorieuses" et des promesses "d'american way of life" dont semble peu ou prou issu le schéma régentant la famille de Boule.


    Méfions-nous toujours de ne pas dénoncer les clichés en leur en substituant d'autres.


    C'était Mamie Nicole, à vous les studios.

  • pastis-mirabelle

    18/09/2009 à 14h20

    Répondre

    À vous lire, chère Nicole ni clou, on pourrait imaginer que je sois un être prétentieux et narcissique (ou bien atteint d'un dédoublement de personnalité agrémenté d'une once d'autosatisfaction). C'est donc à mon tour de rendre grâce à votre sagacité herculéenne* et par la même occasion de dévoiler au monde entier mon plus précieux secret : je m'aime.


     *Cet adjectif se rapporte bien entendu à un fameux détective belge... 

  • Nicole ni clou

    18/09/2009 à 14h49

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    Du tout, Pastis-Mirabelle, je m'ebaudissais au contraire que vous fussiez un des rares à avoir saisi toute l'étendue de mon désarroi.


    La seule preuve de mon herculéenne sagacité demeurera de m'être convertie au poireau plutôt que d'avoir continué à taper dans le pif.


     

  • el viking

    19/09/2009 à 12h42

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    moi aussi je t'aime, pastis-mirabelle...

  • pastis-mirabelle

    19/09/2009 à 14h48

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    El viking : Non, je ne céderai pas à tes avances ! Mais c'est toujours bon pour le moral. 


    Nicole ni clou : Seriez-vous donc en réalité le célèbre Hercule Poivrot ? 

  • Nicole ni clou

    19/09/2009 à 15h16

    Répondre

    Hum... Plutôt Miss Marple, son haltère réglo.

  • Anonyme

    09/10/2009 à 18h36

    Répondre

    20sur20

  • Anonyme

    11/10/2009 à 17h14

    Répondre

    c'était super !!! J'adore le petit Nicolas.[img]http://www.krinein.com/forum/images/smilies/love.gif"%20border="0[/img]

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