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Pépé-le-Moko

Jean Gabin, dans un de ses premiers grands rôles, incarne un gangster traqué par la police dans les rues d'Alger. Rien ne peut le mettre en échec, à part peut-être le regard d'une femme...

Au milieu des années 30, Jean Gabin est un acteur qui monte. Dirigé par Julien Duvivier dans La Bandera, La belle équipe et Pépé le Moko, il s'apprête à tourner quelques classiques sous l'œil de Jean Renoir (La grande illusion, La bête humaine) et de Marcel Carné (Le quai des brumes, Le jour se lève). Son air canaille et séducteur, sa gouaille et sa virilité tranquille faisaient de lui le Depardieu de l'époque (tous deux auront connu une longue filmographie témoignant d'une boulimie comparable). Pépé le Moko est le premier film dont il
tient seul la vedette, incarnant le rôle-titre d'un drame policier envoûtant et tragique, parfois empreint d'une violence brutale mais également traversé de dialogues savoureux.

Caïd insaisissable tapi dans la casbah d'Alger, Pépé le Moko fait enrager les autorités. Ni les raids ni les indicateurs ne se montrent efficaces pour l'appréhender, et l'inspecteur Slimane entretient avec lui des rapports cordiaux qui ne semblent pas mener à son arrestation. Il faut dire que le bonhomme n'attise pas l'animosité : violent mais régulier avec les hommes, macho mais tendre avec les femmes... La situation va cependant évoluer avec l'arrivée de Gaby, petite parisienne en vacances dont les grands yeux vont pousser Pépé à se montrer plus imprudent qu'à l'ordinaire.

« Arrête tes salades, et puis lâche ton oseille.
- Vous parlez comme un jardinier. »

Adapté d'un roman de Henri La Barthe (qui signe Ashelbé), Pépé le Moko bénéficie de dialogues écrits par Henri Jeanson, une des plumes les plus malicieuses de l'époque (avec le duo Carné-Prévert) ; les échanges entre les membres de la bande du Moko sont piquants, les personnages bien brossés. Ces apaches délocalisés se sont intégrés au décor (mine de rien, ils sont encore dans leur pays, car nous sommes en 1937 et l'Algérie est encore française), mais appliquent les même règles de fonctionnement qu'à Paris ou Marseille : gare à celui dont la loyauté fléchira... Curieusement, Duvivier préfère traiter à l'ellipse la plupart des scènes de fusillade, mettant l'accent sur l'ambiance alternativement poétique et oppressante qui règne dans les rues de la casbah. Le noir et blanc grumeleux et flou ajoute à la magie qui se dégage des images, faisant du décor un
lieu hors du temps où les personnages évoluent dans une relative sécurité.

« Pierrot, il l'aime comme un frère. Un frère qui serait son fils, vous saisissez ?
- Mal. »

Régulièrement attiré hors de son cocon, Pépé résiste aux pièges qui lui sont tendus par la police... mais cède à l'appel du cœur, celui d'une jeune fille qui lui rappelle ses années passées entre Montmartre et la Place Blanche. La casbah le protège, ainsi que sa maîtresse Inès, mais la liberté n'est-elle pas préférable à cette prison dorée... à n'importe quel prix ?

Un grand moment de cinéma poignant et fort, habité par quelques gueules reconnaissables de l'époque : Saturnin Fabre, Charpin (un favori de Pagnol), Marcel Dalio... réunies autour de Gabin le charismatique, à l'orée d'une carrière mémorable.
Dès l'année suivante, un remake américain est produit sous le titre Casbah (Algiers en version originale), avec Charles Boyer dans le rôle principal ; en 1948, un deuxième remake met en scène Tony Martin, et surtout Peter Lorre dans le rôle de Slimane.

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