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pensionnat (Le)

Chatri percera-t-il les mystères du pensionnat hanté ?

Elève rêveur engoncé dans le strict système scolaire thaïlandais, Chatri est envoyé en pension par son père, pour y apprendre la discipline et y devenir un homme. Un établissement qui cache un lourd secret...

Lorsque l'on évoque à présent le cinéma fantastique asiatique, et ses films de fantômes en particulier, il apparaît l'image de la Sadako d'Hideo Nakata, soit le spectre au teint diaphane et aux longs cheveux noirs. Une image devenue la tarte à la crème du genre, au point de provoquer un désintérêt bien légitime pour tout un pan de cinéma que l'on croirait cantonné à des clones de Ring. Le réalisateur qui nous intéresse aujourd'hui a l'intelligence d'une certaine originalité à ce niveau et si son histoire n'a rien de surprenante (on devine relativement vite le fin mot de l'intrigue, jusqu'à la traditionnelle cavalcade de twists), Le Pensionnat renoue avec un classicisme agréable, flirtant souvent avec un registre appartenant davantage à Guillermo Del Toro, à qui il semble emprunter quelques thématiques (solitude de l'enfant, monde féerique servant d'échappatoire, fond social...). De fait, il sera difficile pour le spectateur de ne pas faire un parallèle entre Le Pensionnat et L'Echine du Diable.

En effet, plutôt que de se cantonner à des effets horrifiques à l'efficacité toute relative, Songyos Sugmakanan  joue davantage -et assez tôt- la carte de la sensibilité et dresse un portrait de l'enfance d'une rare justesse.  Nous évoluons dans ce pensionnat par les yeux de Chatri, nous l'évaluons avec lui. Chatri a quitté sa famille, ses amis, pour pénétrer dans un monde de travail et de discipline où aucun cadeau ne lui sera fait. Le film interagit avec le son regard et dès son entrée dans les lieux, adopte les codes du cinéma carcéral, avec ses murs sinistres, ses règles, ses géoliers et sa population hiérarchisée selon la Loi de la Jungle ("c'est qui, un nouveau ? il n'a pas l'air cool..."). De même, le basculement progressif dans le surnaturel suit le cheminement des terreurs enfantines, celles générées par les jeux "à se faire peur", devant tant à la réalité des faits qu'aux tours de l'esprits.

Pour autant, le film n'est pas effrayant, tout simplement parce que ce n'est pas sa vocation de l'être. Joliment mis en image et fort d'une intrigue finalement bien poétique, Le Pensionnat raconte avant tout le difficile passage vers l'age adulte de son jeune héros. A la différence que pour cela, le film ne l'exhorte pas d'oublier ses chimères et ses peurs, mais au contraire de les accepter et de vivre avec. Car pour Songyos Sugmakanan, l'existence d'âmes en peine ne semble pas être une supposition, mais bien une évidence. Et nous ne pourrons vraiment vivre dans le monde qu'en en respectant sa part d'irrationnel, celle que l'on ne peut percevoir qu'en conservant sa foi en un monde invisible du commun des mortels. On en revient à Del Toro, qui dans le Labyrinthe de Pan, ne disait pas autre chose. Aussi imparfaites que soient ces deux oeuvres, on ne peut leur enlever leur peinture profondément pessimiste d'une existence privée de ses rêves. Croyez aux fantômes, avant qu'il ne soit trop tard...

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