8/10

Dans la peau de John Malkovich

Dans la peau d'un autre

Craig Schwartz, marionnettiste méconnu du public, vit misérablement aux côtés de sa compagne Lotte et de ses nombreux animaux de compagnie. Alors il décide de se tourner vers autre chose : un emploi de trieur dans un étonnant complexe, où le septième et le huitième étage sont séparés par un autre étage. Il y fait la connaissance de Maxime, une séduisante jeune femme dont le charme ne le laisse pas indifférent.

Puis vient le jour où Craig découvre, dans un mur de son bureau, masqué par un meuble de rangement, un étrange couloir secret qui ne semble pas avoir de fin...

N'en disons pas davantage, car la découverte que va faire Craig est la clé d'un des films les plus troublants de l'Histoire du Septième Art.

Certes il y a des personnages simples : on découvre Craig, le marionnettiste sans avenir, un homme abattu par la routine et les ennuis financiers, visiblement mécontent de ce que lui a réservé le Destin. Auprès de sa fiancée, Lotte, il mène une existence sans surprise. Craig va cependant voir ses jours renaître grâce à la troublante Maxime, sa nouvelle collègue de travail, une femme fatale, débordante de grâce et de malice.

Mais Dans la peau de John Malkovich, c'est surtout une stupéfiante réflexion sur la condition humaine, les limites du conscient et les mystères du subconscient. Charlie Kaufman, qui a écrit le film, et Spike Jonze, celui qui l'a réalisé, ont tenté de savoir ce qui fait la personnalité d'un être humain, ce qui la caractérise et lui permet d'évoluer.

On distingue les prémices d'une réflexion sur la célébrité et la reconnaissance, l'amour, bien entendu, et aussi ce qui rend une personne attrayante ou non aux yeux des autres. C'est avec étonnement que nous voyons être mis en parallèle le travail du marionnettiste, qui créé un univers illusoire et donne des caractères à des objets, le travail de l'acteur, qui compose en s'amusant à entrer dans la peau des autres, et ce qui fait l'essence d'un homme et ce qu'il dégage de façon naturelle ou illusoire.

Dans la peau de John Malkovich, c'est un film hilarant mais réfléchi, déjanté mais maîtrisé, limpide mais obscur. "Hilarant" de par les nombreuses situations cocasses dans lesquelles se retrouvent tous les personnages. "Réfléchi" parce que ce qui est dit n'est pas dit pour être simplement dit. "Déjanté" parce que le monde dans lequel évoluent les acteurs est simplement bouleversant d'originalité, et ses concepteurs, étonnants de créativité. "Maîtrisé", parce qu'il n'y a pas de ralentissements, pas de scènes inutiles, pas de parole ni de geste sans conséquence. "Limpide" parce que la compréhension de ce film est naturellement à la portée de tous. "Obscur" parce que quelques minutes après avoir éteint sa télévision, on se demande ce qui se cache vraiment Dans la peau de John Malkovich.

A voir aussi pour les acteurs : John Cusack omniprésent sous les traits de Craig, Cameron Diaz méconnaissable en Lotte, Catherine Keener d'une inquiétante beauté en Maxime, Orson Bean dans le rôle de l'étrange Dr. Lester, Charlie Sheen et enfin -et surtout- John Malkovich dans son propre rôle. A noter les brèves apparitions de Brad Pitt, Sean Penn, Dustin Hoffman et d'autres stars hollywoodiennes.

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3 commentaires

  • gyzmo

    04/06/2005 à 00h22

    Répondre

    je partage lavis de cette critique. en tout point!
    sauf que jen rajoute un (de point)

    lorsque le film est sorti, je ne devais pas être bien éveillé car je me souviens avoir pris mon ticket sur une fausse attente.
    je croyais quil sagissait dune espèce de documentaire sur lacteur John Malkovich pour lequel jai toujours eu beaucoup dintérêts. cest cela qui ma attiré dans les filets du film.
    je nai même pas cherché à savoir quest-ce quil racontait (je naime pas trop lire les résumés, ils gâchent un peu la découverte)
    je navais jamais entendu parlé de Charlie Kaufman, le scénariste.
    Spike Jonze, encore moins, si je puis dire.
    je ne savais pas sur quoi jallais tomber.
    et pour être tombé, je suis tombé : de très haut!

    dabord, quand jai vu sur lécran quil sagissait dun vrai film, je me suis senti couillon. ensuite, quand jai vu que John Malkovich narrivait toujours pas au bout des 20 première minutes du film, je me suis senti couillonné. mais je trouvais lhistoire intrigante (les scènes de marionnettes mont enchanté, la vision de létage 7 ½ ma cloué sur place) et je navais jamais vu un film pareil, avec des personnages autant détraqués (le test de recrutement du docteur et ses obsessions sexuelles!).
    et puis, cette petite porte dissimulée, son couloir étroit glissant enfin vers ma fausse attente.

    pour quelquun qui naime pas beaucoup les clips vidéos (univers où Spike Jonze a fait ses armes) où lon nous bombarde dimages et de concepts à la seconde, je dois dire que je suis ressorti enthousiasmé par les nombreuses idées que mixent cette réalisation.
    on ne sait jamais ce que la séquence suivante va nous montrer. la narratologie monte crescendo, sans passage à vide. si lhistoire ne fait que reprendre limage de la porte magique menant autre part, cest cet "autre part" qui ma surpris!
    je me suis demandé comment Charlie Kaufman avait eu lidée de John Malkovich? en tous les cas, le choix me semble excellent. lacteur a du talent (la scène chorégraphique reprenant la séquence dintroduction est géniale), beaucoup de charme (cest subjectif, mais je le trouve attirant à plusieurs niveaux ) et suffisamment énigmatique (discret sur sa vie privée, ses affinités). dans mon esprit, il correspond assez bien au possible personnage éponyme quil devient au cours du film. cela ne ma pas semblé invraisemblable.

    un autre élèment qui m'a plu est le marionnettiste, personnage ingénieux pour une histoire qui traite des apparences. en manipulant ses marionnettes, Craig se libère des frustrations. par lintermédiaire de son art, ses envies irréalisables (irréalisées?) trouvent une place hors de son esprit. elles nagent (presque^^) sans risques à contre-courant, et se forgent telles quelles aimeraient être. avec cette projection, on reste dans lillusion.
    mais une fois dans John Malkovich, le marionnettiste a la possibilité de se libérer réellement de ses frustrations. il ne se projette plus, il devient, que dis-je : il est! et derrière cette idée fantasmatique et poétique, jy ai vu une critique piquante sur le besoin de porter un masque pour accéder à lépanouissement.
    le film aborde des tonnes d'autres thèmes comme la frustration amoureuse (typique chez Charlie Kaufman) ou l'étincelle de talent qui ne parvient pas à capter le feu des projecteurs, mais je vais m'arrêter là sinon je vais encore me coucher à une heure impossible

    une dernière chose : Dans la Peau de John Malkovich ne mest pas apparue comme une simple comédie originale. jai aussi senti le mélange de tonalités. la forme est marrante et pétillante mais le fond du récit laisse un arrière goût sombre et triste dans la bouche. cela donne de la valeur à cette réalisation unique dans lhistoire du cinéma.
    un film qui a remis au goût du jour les univers où la logique carrée et le classicisme laisse beaucoup de marge à la fantaisie insolite, tout en lui permettant dêtre ancrée métaphoriquement dans nos réalités.
    cest généreux.
    plein doxygène.
    cela fait tourner la tête.
    un beau et intelligent manège cinématographique.


    nb: désolé pour les divulgations que je viens de spoiler (bizarre, ce mot)

  • Grrr

    04/06/2005 à 09h00

    Répondre

    J'aime beaucoup ce commentaire enthousiaste et bien écrit
    Par contre il faudrait peut-être mettre un ou deux spoilers pour ne pas gâcher la surprise de ceux qui n'auraitent pas vu le film...

    C'est vrai qu'au tout début l'ensemble ne paie pas de mine (même lorsqu'on ne s'attend pas à un documentaire sur la vie de Malkovich, lol!), les décors grisâtres, le look inédit de Cameron Diaz ...et finalement le jeu des acteurs et les petites trouvailles à 3 francs six sous fonctionnent à merveille, la présence de Kaufman au générique y est sans doute pour quelquechose (sans rien enlever au talent de Jonze^^)

  • Anonyme

    04/06/2005 à 14h12

    Répondre

    Moi c'est surtout cusak qui ma impressioné

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