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partie de boules (La)

Les films des frères Lumière ont posé les standards des plus grands divertissements cinématographiques actuels. De l'action, du suspense... Bon d'accord, on déconne.

Les boules, ce sont des formes géométriques, des attributs anatomiques masculins, des métaphores de l'angoisse que l'on peut ressentir dans une situation de stress ou de déplaisir... mais ce sont surtout les instruments d'un jeu bien français, également connu sous le nom de pétanque. Le premier film consacré à cette discipline date de l'époque où elle n'était pas encore considérée comme un sport ringard : 1896...

Bien que de nombreuses batailles aient opposé divers bidouilleurs de la fin du XIXème siècle sur le test en paternité du cinématographe, l'inconscient collectif a retenu les noms d'Auguste et Louis Lumière, frangins Lyonnais au patronyme symbolique. Car le monde voulait que les Lumière soient, et les Lumière furent. De même, on se souvient généralement de L'arrivée d'un train à la Ciotat et de La sortie des usines Lumière comme des deux premiers films dignes de ce nom (au sens technique, pas artistique), projetés en public en décembre 1895. Infatigables, les frères Lumière ont tourné environ 80 films au cours des cinq années qui
suivirent ; certes, à raison de moins d'une minute pour chaque film, composé uniquement d'un seul plan fixe, le prodige est tout relatif, mais la concurrence n'était pas encore trop rude... Les sujets étaient pris directement dans le quotidien, et constituaient rarement une histoire à proprement parler, à l'exception de quelques gags comme L'arroseur arrosé. On doit notamment aux deux frères une série de films sur les pratiques sportives de l'époque : vélo, football, bateau... et pétanque. La partie de boules est diffusée pour la première fois à Lyon le 20 avril 1896, et met en scène plusieurs membres de la famille Lumière, réunis autour d'une partie de boules à laquelle le spectateur ne peut pas croire une seule seconde. Pas seulement parce que le premier joueur arbore une barbe insensée dont le port est probablement devenu illégal depuis. Pas seulement parce que la joueuse qui lui succède est une rombière engoncée dans une robe qui l'empêche tellement de marcher qu'elle se voit obligée de lancer ses boules comme une patate dans tous les sens (à se demander comment le cameraman ne s'en est pas pris une sur le coin de la poire). Mais surtout parce que leur partie tout entière dure 47 secondes montre en main, que personne ne prend le temps de viser ni de discuter, et que chacun se conforme manifestement à la consigne du réalisateur qui était : « Magnez-vous les gars, la bobine est courte et on n'a pas encore inventé le Mini-DV. »

Bien que fournissant un témoignage inestimable sur le look des habitants de l'année 1896, La partie de boules est pourtant loin d'être le film le plus précieux des frères Lumière, du fait qu'il ne reflète sans doute qu'imparfaitement la pratique du jeu à l'époque (presque tous leurs films sont mis en scène, mais la plupart présentent des lieux ou des accessoires pittoresques qui leur gardent un intérêt documentaire). Cependant, la vision en reste assez truculente, notamment grâce à la performance inoubliable de certaines joueuses, qui semblent mettre un point d'honneur à ne surtout pas envoyer leur boule à proximité du cochonnet... N'empêche, quand on vous demandera quel est le premier film de boules de l'histoire du cinéma, vous pourrez désormais fournir à votre interlocuteur une réponse imparable.

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