7/10

Parlez-moi de la pluie

Jaoui, Bacri, Debbouze. Vous n'y croyez pas ? Il fut un temps, nous non plus, mais l'évidence est là : tout le monde est à sa place, en tant que comédiens. Mais peut-être pas leurs personnages...

Pour une série de documentaires sur « les femmes qui ont réussi », Michel (Jean-Pierre Bacri) et Karim (Jamel Debbouze) rejoignent la maison campagnarde de la famille Vallanova, où devrait se rendre Agathe (Agnès Jaoui), l'aînée, femme politique affichant un féminisme acharné. Florence (Pascale Arbillot), la sœur, y vit avec son mari et ses enfants. Cette situation, aussi ordinaire qu'elle pourrait l'être, ne va pas se passer comme prévu, et révéler à chacun ce qui se cache derrière son masque...


" - Ici, je verrais bien une explosion...
- ... Mouais... "
Parlons du beau temps. La grande force du film sera d'une évidence commune à quasiment l'ensemble de l'auditoire : l'interprétation. Ce n'est pas comme si le duo Jaoui / Bacri n'avait pas déjà brillé dans ce registre, mais ici, il ne s'agit pas seulement d'eux mais également de l'ensemble du casting. Jamel Debbouze avait, par exemple, déjà démontré des talents de comédiens dans des films loins de son registre comique, amorcé par Angel-A de Luc Besson, confirmé par l'Indigènes de Rachid Bouchareb. Avec Parlez-moi de la pluie, le Jamel Debbouze que nous connaissions n'existe plus, mise à part une enveloppe physique aisément reconnaissable, remplacé par un comédien pure malt qui donne une superbe réplique aux deux acteurs / scénaristes. On avait du mal à l'imaginer, on en doutait presque, pourtant l'alchimie fonctionne et le tandem Debbouze / Bacri fonctionne à la perfection. Rendons néanmoins grâce à ce dernier, aussi méritant que Jamel dans un registre un peu plus humoristique qu'à l'accoutumée. Jaoui quant à elle, s'offre un rôle taillé sur mesure, parfaite dans la peau d'une féministe aux œillères gigantesques, froide et distante. L'injustice serait de mise si nous ne parlions pas de Mimouna Hadji, comédienne amateur, transcendante de justesse et d'authenticité.
L'intrigue est multiple, mais part d'un principe simple et clairement identifiable : la place de chacun. Chaque personnage est un accidenté de la vie, n'est pas là où il imaginait / où il voudrait se trouver. Le point de départ de l'histoire, un documentaire sur une « femme qui a réussit », va mettre le feu aux poudres et révéler les cicatrices de chacun : « l'humiliation ordinaire » de Karim et de sa mère, la fibre paternelle en berne de Michel, la solitude d'Agathe, etc. Parallèlement, se développe une philosophie du « mur », où chaque protagoniste se heurte : Michel ne peut pas consommer son adultère au grand jour, Karim ne peut pas faire ce qu'il aime, Aurélie (la petite collègue de Karim, jouée par Florence Loiret-Caille) ne peut pas s'éprendre librement de son amoureux, Antoine (petit ami d'Agathe) ne peut pas vivre une histoire d'amour comme il l'entend, etc. La double problématique confère au film des allures psychologiques intéressantes sous le couvert d'une comédie « à la française » assez sobre.


"Et en tant que féministe, s'asseoir par terre
est-il une obligation ?"
Parlons du mauvais temps. Si la réalisation d'Agnès Jaoui n'est pas exempte de qualités, le rythme n'est pas sa vertu. Bien sûr, nous pourrons dire que les longs plans-séquences sont une manière de mettre en valeur le jeu des comédiens, ce qui est un argument 100% recevable, mais pour un film d'une centaine de minutes, le temps devient parfois long. L'œil aiguisé remarquera également de petites erreurs de montage, comme de nombreux faux-raccords et un ou deux micros de prise de son dans le cadre. Des petits détails, qui passeront certainement inaperçu pour la plupart.
Surtout, le duo Jaoui / Bacri déverse sa marmite de comédie dramatique dans une résolution plutôt fade et attendue, où chacun se retrouve. On ne voit même pas arriver la fin, tellement celle-ci déboule sans crier gare, tellement celle-ci respire les élans moralisateurs, ou tout du moins la propreté sentimentale, où chacun se range là où il devrait être. Et en dépit d'un aspect psychologique assez profond, reconnaissons que le trio de tête se dote d'un squelette de personnages assez communs, où se bouscule la féministe tranchée refoulant son propre aspect féminin, le fils d'immigré en proie à « l'humiliation ordinaire » donc, et le caméraman désabusé en fin de carrière.

Quoiqu'il en soit, une agréable réalisation portée par le solide scénario d'Agnès Jaoui et de Jean-Pierre Bacri, à la fois fins psychologues et acteurs de premier ordre. Il fallait au moins ça pour, enfin, extraire Jamel Debbouze de son carcan habituel et révéler le comédien qui hurlait au fond de lui.

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4 commentaires

  • riffhifi

    18/09/2008 à 11h53

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    Comme toujours chez Bacri & Jaoui, on apprécie l’écriture impeccable dont les personnages font l’objet. Il ne s’agit pas seulement de la verve des dialogues, mais bien du caractère complexe et humain de chacun, et de sa palpabilité savoureuse qui tranche avec les silhouettes en carton bouilli qu’on croise trop souvent au cinéma. Ici, sans aller jusqu’à parler de contre-emploi, les acteurs incarnent des rôles différents de l’image qu’on leur attribue généralement. Jaoui ne fait cependant que prolonger son rôle de femme forte du Rôle de sa vie, laissant à Jean-Pierre Bacri et Jamel Debbouze le soin d’étonner : le premier en boulet maladroit et touchant (il sourit !) qui patauge autant dans sa vie de père que dans son statut d’amant ; et le deuxième dans son premier rôle d’adulte (de son propre aveu), à des années-lumière de sa persona de comique.


    Le scénario proprement dit est à la fois amer (les personnages sont tous sur le point de craquer, de se séparer, de renoncer) et d’un optimisme à la limite de l’angélisme (le Bien est en chacun de nous). On peut trouver un peu tarte-à-la-crème le traitement du féminisme et du racisme ordinaire, mais il faut voir Bacri décrire le premier à son fils ado (le genre limace molle qui n’aime rien) : « Tu vois ta mère ? Eh ben, une féministe, c’est ça… » Dans la bouche de l’acteur, la scène passe à merveille. On notera également la qualité d’écriture des seconds rôles : si Florence (Pascale Arbillot) se révèle occasionnellement agaçante de geignardise, on est en revanche saisi par son mari Stéphane (Guillaume de Tonguédec) qui se rend antipathique sans penser à mal, et par Mimouna (Mimouna Hadji dans son premier rôle) qui fournit les moments les plus émouvants, en toute simplicité. C’est d’ailleurs dans cette émotion que réside la principale réussite du film, qui ne cherche pas à être un sommet comique malgré quelques répliques et situations réellement amusantes. On regrettera presque cette volonté de ne pas paraître trop léger, et de privilégier la musique classique emphatique à la chansonnette de Georges Brassens citée dans le titre… Mais Agnès Jaoui parvient en définitive à trouver le ton juste, avec sérieux mais sans gravité. Le résultat est mineur dans la filmographie du duo, mais reste un bon moment de sourires et de larmichettes.

  • Anonyme

    26/09/2008 à 19h29

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    Je vais vous parlez de la pluie... Quand tu es en short et torse nu dehors tu es dans le merdier quand la pluie arrive et que t'es sans parapluie. Que je suis poétique !!!!!!!! Euh....... Peut être pas. Enfin comme dirai riffhifi cela reste un bon moment de sourires et d'inondation de la salle de cinéma tant certain pleurent !

  • Anonyme

    25/10/2008 à 23h21

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    un monde de paumés, adultes qui se complaisent dans leur psychologie d'adolescents, sans prendre leur vie en main.
    Déprimant... bien que de nombreux gags soient plutôt drôles.
    Si Bacri savait jouer autre chose que le même simpiternel rôle depuis 15 ans, ce serait un grand plaisir pour tous les cinéphiles.

  • Anonyme

    26/10/2008 à 20h24

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    Des moments de vie et de questionnement de personnes que l'on côtoie tous les jours. C'est tout Jaoui. Du vrai, juste pour  parfois se reconnaître, se remettre un peu en question et se dire que l'on pourrait peut être améliorer certaines choses. Pas dénué de tout sens. Et toujours ces petites répliques que l'on sait apprécier !

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