9.5/10

Parle avec elle

Pedro Almodovar est un metteur en scène difficile à cerner. A l'origine de farces hystériques comme Femmes au bord de la crise de nerfs aussi bien que de films sexuellement provocants, du type Attache moi ! et La mauvaise éducation, ou encore de drames plus émouvants, je pense par exemple à En chair et en os et Tout sur ma mère. Bien sûr ses obsessions sont toujours les mêmes, d'ailleurs Talons aiguilles et Matador en forment une sorte de compilation. Seulement dans chacune de ses oeuvres il aborde ses thèmes avec une tonalité différente. Avec Parle avec elle il signe son film le plus émouvant mais aussi le plus fort par ce qu'il est le plus posé, le plus réfléchi.

L'histoire est toute simple. Ce sont deux hommes amoureux de deux femmes que la vie leur a volé. Elles sont toutes les deux dans un état de coma végétatif. L'un est Benigno, infirmier qui s'occupe jour et nuit d'Alicia une danseuse victime d'un accident de voiture. Son père a décidé d'engager deux infirmiers pour qu'elle ne soit jamais seule. L'autre, Marco, est un journaliste amoureux Rosa qui est matador. Piétinée par un taureau elle aussi se retrouve dans le coma. Les deux hommes se rencontrent et se lient d'amitié.

Avant les sentiments viennent les sensations. L'enveloppe esthétique de ce film est tout simplement somptueuse. Les scènes d'anthologies, et je parle "simplement" du point de vue, sont nombreuses : glissement du drap sur le corps d'Alicia, regard du taureau à Rosa, paysages d'andalousie... Si en plus vous ajoutez une bande originale sans faute d'Alberto Iglesias, Pina Baush pour la danse et la chorégraphie vous vous rendez compte que vous vous retrouvez en face d'une oeuvre totale, une synthèse parfaite des six arts à l'intérieur d'un monument du septième...

Par ce qu'en dehors de ce qui provient de vos sens, votre intellect est aussi stimulé par cette histoire étrange. Jusqu'où peut on ou doit on aller trop loin par amour ? L'amour n'est il pas une maladie mentale que seul de grands psychopathes peuvent vivre pleinement ? Ce ne sont que les questions les plus évidentes, celles qu'on peut se poser en voyant ce film au premier degré. Plus profondément ce sont les rapports entre les être humains, vivants ou non, réels ou non (la mémoire, les peurs) qui forment le véritable sujet de ce film. C'est très paradoxal : Benigno incarne l'amour absolu, celui qui n'a pas besoin de contrepartie pour exister, et on en vient à se demander si cet amour est la plus belle chose qui puisse arriver sur terre ou au contraire si ce sentiment n'est pas humain par ce qu'il n'est pas un échange entre deux personnes justement. Ce film est ce point extrême de la poésie qui à chaque instant menace de passer de la pureté intellecutelle la plus éthérée à l'incarnation la plus triviale de la chair.

Une chose est sûre avec Parle avec elle, Pedro Almodovar a réalisé une oeuvre qui dépasse de loin tout ce qu'il pouvait imaginer. Cela est dû bien sûr à son talent de metteur en scène mais il ne faudrait pas oublier la performance exceptionnelle de Javier Camara, toute en finesse et en subtilité. Si vous ne deviez emporter qu'un film d'Almodovar sur une île déserte choississez Parle avec elle, d'ailleurs choississez le aussi si vous n'avez droit qu'à un seul film...

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1 commentaires

  • Anonyme

    06/09/2008 à 12h18

    Répondre

    Un vrai chef d'oeuvre qui n'est pas le premier du cinéaste espagnol Almodovar. Dans les ténèbres, Kika, Matador, Mais qu'est ce que j'ai fais pour mériter ça ?, La mauvaise éducation... Tous ces films sont brillant comme toujours chez lui. 

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