6/10

Paranoid Park

Avec Gus Van Sant, il faut être clair d'entrée. La tuerie de Columbine n'est qu'un prétexte pour Elephant. Kurt Cobain n'est qu'un prétexte pour Last Days. Et une nouvelle fois avec Paranoid Park, le skateboard n'est qu'un prétexte. Mon voisin de gauche n'était, semble-t-il, pas préparé à un tel film qui a réussi à remplir cette petite salle habituellement à moitié vide. Un simple exemple : le seul titre typiquement punk-rock, skaters-style, ne se pointe qu'après une bonne demi-heure de film. Dans les films sortis dernièrement sur ce sujet, Wassup Rockers est certainement plus en adéquation avec le sujet.

Paranoid Park, Portland, Oregon. Le paradis des skaters. Un skatepark conçus par et pour les skaters, un skatepark où skaters, délinquants et sans-abris se croisent et se rencontrent.

UA la recherche du skate perdu
A la recherche du skate perdu
n vigile retrouvé mort non loin de Paranoid Park. Un skate aux roues tachées de sang jeté dans une rivière. Une enquête qui commence dans le milieu du skate.

Alex, skater désenchanté, des parents divorcés et une petite amie détestable. Il était à Paranoid Park ce soir-là.

Quelques mots jetés sur des pages de cahier : Alex se souvient et raconte sa soirée.

On pourrait faire la liste de ce que Paranoid Park n'est pas : Paranoid Park n'est pas un film sur le skate (malgré quelques images de skate tournées en Super 8), Paranoid Park n'est pas un thriller (malgré le meurtre), Paranoid Park n'est pas un film conventionnel. Mais définir ce qu'est Paranoid Park est largement plus difficile. Sans doute est-ce une nouvelle incursion de Gus Van Sant dans le monde de l'adolescence, comme dans Elephant. Une adolescence forcément éthérée, étirée jusqu'à être transparente. Une adolescence complètement abandonnée par le monde des adultes : la mère d'Alex n'est qu'une ombre lointaine, son père n'apparaît qu'après plus d'une heure, son professeur de science est perdu dans son corps lançant des mots sans forme, sans signification pour Alex, l'inspecteur Lu est complètement à côté de la plaque dans son enquête sur la "communauté" des skaters. Là où Wassup Rockers était un magnifique cri d'une jeunesse vivante, Paranoid Park montre l'autre côté, celui de l'ennui qu'adore filmer Gus Van Sant. Loin d'une esthétique à grands renforts de mouvement de caméra incessants, Paranoid Park prend le temps de se poser, de filmer des moments banals de la vie, comme dans une scène décalée entre Alex et son petit frère.

Une fille évidemment intéressante
Une fille évidemment intéressante
Et c'est sans doute la qualité et le défaut de Paranoid Park, comme dans les quelques films de Van Sant que j'ai pu voir. Si on rentre dans un tel film, alors c'est un chef d'oeuvre. Si on n'y rentre pas, c'est une bouse inintéressante, beaucoup trop longue même si le film ne dure qu'une heure vingt-cinq minutes. Parfois l'absence de ligne directrice, le calme d'un film peut permettre à l'esprit de se poser des questions, de chercher des réponses, comme c'est le cas pour Gerry ou Elephant.

Malheureusement, pour Paranoid Park, on a beau se questionner, réfléchir, rien ne ressort du film, si ce ne sont des réponses sur l'adolescence vansantienne déjà apportées par Elephant. Paranoid Park pourrait être l'histoire d'un des ados rencontrés dans le lycée d'Elephant, la petite amie d'Alex l'une de ces pauvres filles se faisant vomir dans les toilettes. Bref rien de nouveau sous le soleil. Avec son dernier film, Gus Van Sant tend à l'autocitation.

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A propos de l'auteur

Intéressé par beaucoup trop de sujets, nazonfly est en charge de la partie Musique Krinein depuis quelques années. Ce qui ne l'empêche pas de visiter les territoires des livres, du cinéma, des médias et même de sciences et tech.

7 commentaires

  • Mickaël

    28/11/2007 à 01h23

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    Je suis loin d'être d'accord avec cette critique. Gus Van Sant se renouvelle avec Paranoïd Park. Ce n'est pas un film sur l'adolescence mais sur toutes ces choses qui parfois ne nous touchent pas, ces misères qui au lieu de nous attrister nous passent au-dessus. Comme cet accident causé par le jeune skater, ce dernier ne sait pas comment réagir par rapport à tout ça, peut-être qu'il met inconscient à distance ce qui vient d'arriver pour éviter de ce poser trop de questions. Dans Elephant, deux jeunes avaient un but, dans Paranoïd Park c'est un skater qui glisse sur sa vie sans jamais y adhérer.

  • nazonfly

    28/11/2007 à 09h37

    Répondre

    J'aime bien cette dernière phrase.


    J'ai vu de semblables opinions sur Internet, sur l'inconscient, le refoulement. Ca intervient sûrement dans le film (après tout, chacun a son opinion), mais ça ne m'a pas sauté aux yeux.

  • Cineman

    29/11/2007 à 00h53

    Répondre

    Ouep je suis d'accord avec toi sur le coté redondant des sujets abordés dans Paranoid Park par rapport à ses autres films , mais je metterais quand même un bon point de plus rien que pour la réalisation de maitre Gus Van Sant qui prouve une fois de plus la virtuosité de sa caméra. La scène de la douche et son jeu de lumières est pour moi un exemple parfait du genre. Malgré les défauts que tu as bien montré il est tout de même à conseiller à tous les amateurs du réal et de son cinéma contemplatif qui reste assez jouissif à regarder.  

  • Anonyme

    29/11/2007 à 15h28

    Répondre

    Le meilleur film de Gus Van sant après... Elephant. Faussement mineur, il faut voir dans cette rêverie mélancolique sur l'adolescence, le portarit d'un adolescent qui se déconnecte peu à peu de la réalité. Un délice du 7ème art! Un grand cinéaste


     


    9/10

  • Anonyme

    07/12/2007 à 17h35

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    Je pense que l'auteur de cette critique ce trompe. Le cinéma de Gus Van Sant (du moins depuis Gerry) est avant tout un cinéma viscéral, sensoriel! Alors bien sûr, tu peux te laisser aller à des questionnements, essayer de ressortir quelque chose du film (et je pense que Paranoid Park n'est pas moins apte à te donner cette possibilité que les autres derniers films de GVS)...mais ce n'est pas ça le plus important! Je perçois plutôt sa façon de filmer et d'utiliser les techniques du cinéma (ralentis, variations de lumières, travail sur le son...) comme une tentative de nous plonger au plus profond des émotions des personnages que nous suivont, tout en créant une ambiance toute particulière(rement appréciable) pour chacun de ses films!

  • nazonfly

    07/12/2007 à 18h39

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    En tout cas, je ne ressens rien de viscéral ou sensoriel. Ce cinéma me pousse plus à l'introspection et à la méditation tellement j'ai l'impression d'être comme déconnecté du film.


    Mais merci pour ton avis  

  • Anonyme

    21/05/2009 à 16h31

    Répondre

    Mais je comprend pas ça fait plusieurs fois que je tombe sur des pseudo critiques qui disent n'impote quoi. Comment dire que le skate est un pretexte alors que la board est l'arme du crime que le skatepark est le lieu de decheance du jeune l'endoit où il ne se sentait pas d'y aller"personne n'est jamais pres pour paranoid park". De plus dans le roman qui à inspiré le film, le skate y est aussi. Et dit moi aurai tu vu le meme film sans le skate, il est directeur d'une demarche de Gus van sant. En effet par connaissance de cause je connait le monde skate et le jeune nevrosé ou pseudo nevrosé y'en a dans chaque skatepark et pas qu'un peu et la realité du skateboard et surtout au etats unis s'accorde parfaitement avec le theme du sujet.


    Et pour repondre à ta reflexion je vais t'aider un peu, te mettre sur la voie. Il suffit simplement de se demander comment Alex arrive à supporter ses remord, comment fait t'il pour resister à l'appel du spleen et mener une vie normale. il ne faut pas chercher à juger Alex car Gus cherche à implanter dans son film une abscence total de morale. Il faut voir à travers toute la demarche du protagoniste, une therapie freudienne qui passe par le souvenir, se rappeler pour mieux oublier voila pourquoi le film s'arrete sur les lettre bruler, voila pourquoi ce n'est pas un thriller et qu'il n'y a pas de resolution d'affaire à la fin. Il faut se contenter de cette epopée dans les pensée d'un Alex qui n'a rien demandé à la vie, celle ci qui s'acharne sur lui et sur tous les personnage de gus van sant depuis "last days". Tout ça sur fond d'une poesie fataliste, d'ailleur ecoute bien les parole de la musique des premiers plans de skate dans le bowl.


    Merci

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