La Panthère Rose et l'inspecteur Clouseau

Avant que l'inspecteur Clouseau ne soit Steve Martin, il était Peter Sellers (mais pas que). Avant d'être un personnage de dessin animé, la Panthère Rose était un diamant (et un titre déclinable à l'infini). Retour dans les années 60, suivi d'une visite guidée jusqu'en 2009.

Alors que La Panthère Rose 2 s'apprête à sortir en salles, il est bon de rappeler que le félin a déjà donné son nom à neuf longs métrages, et que l'inspecteur Clouseau en est à la fois à sa dixième aventure et à son quatrième interprète, sans compter son avatar animé ni son "héritier" ou son fils. Bref, il est temps de revenir sur la chronologie d'une saga comico-policière à la qualité inégale mais à la bonne humeur permanente depuis près d'un demi-siècle...

La Panthère Rose (The Pink Panther, 1963)

Claudia Cardinale et David Niven
Claudia Cardinale et David Niven
Lorsque Blake Edwards réalise La Panthère Rose en 1963, il est loin d'imaginer que cette aimable comédie policière de sports d'hiver connaîtra une pléthorique descendance, grâce à un succès basé sur des éléments bien éloignés du simple scénario. En gros, il est question ici d'un voleur de grand luxe surnommé le Fantôme (interprété par le gentleman David Niven) qui ambitionne de soulager une belle princesse (Claudia Cardinale) d'un fameux bijou surnommé la Panthère Rose en raison d'une impureté en forme de félin. Bilan : le film est acclamé pour sa musique (Henry Mancini en pleine création d'un thème culte), son générique animé par une panthère rose animée (rien à voir avec le bijou, puisqu'il s'agit là d'une pure extrapolation créée par Friz Freleng et David H. DePatie), et le personnage secondaire du policier chargé de l'enquête : l'inspecteur français Jacques Clouseau, incarné par Peter Sellers. Pas fou, Edwards a réalisé au cours du tournage que Sellers volerait la vedette à ses partenaires, et a subtilement étoffé son rôle au fur et à mesure.

Bien qu'un peu bancale sur le rythme et trop guindée sur l'ensemble, cette première Panthère Rose contient quelques pics de drôlerie mémorable, et assoit surtout le personnage de l'Inspecteur Clouseau.

Quand l'inspecteur s'emmêle (A shot in the dark, 1964)

Peter Sellers
Peter Sellers
Un an plus tard, Blake Edwards retrouve Peter Sellers pour cette semi-suite, qui constitue plutôt un nouveau départ de la série. Malgré l'absence de la Panthère dans le titre, et le fait qu'il s'agisse de l'adaptation lointaine d'une pièce de théâtre, ce film est celui qui pose la plupart des standards de la série : le serviteur Cato (Burt Kwouk) à qui Clouseau a donné la consigne de l'agresser régulièrement pour l'exercer ; l'inspecteur-chef Dreyfus (Herbert Lom) et son irrésistible envie de buter son insupportable subalterne à moustache, les gags de langage récurrents à base d'accent français excessif... Le film s'ouvre sur un prégénérique entièrement musical au cours duquel un meurtre est commis, suivi du générique en dessin animé, dans lequel apparaît l'Inspecteur mais pas la Panthère Rose. L'un dans l'autre, pas un mot n'est prononcé pendant plus de 8 minutes avant que l'enquête ne commence. Quand l'inspecteur s'emmêle, en plus d'établir les bases de la saga, reste probablement le plus classe de tous les films, aidé en cela par la prestation du toujours génial George Sanders. On note que la continuité avec le premier film laisse déjà à désirer, et cette tendance à l'approximation ne fera qu'empirer vers les derniers opus.

Les dessins animés (1964-2008)


Suite au succès du générique créé pour le premier film, Freleng et DePatie lancent le personnage de la Panthère Rose en solo dès 1964 dans le court métrage de 7 minutes The Pink Phink, qui sera récompensé d'un Oscar du meilleur court animé. Ils enchaînent sur Pink Pajamas, We give pink stamps, Dial P for Pink, Sink Pink, Pickled Pink, Shocking Pink, Pinkfinger, Pink Ice, The Pink Tail Fly, Pink Panzer, An ounce of pink, Reel pink et Bully for pink, tous réalisés entre 1964 et 1965. A partir de fin 1965, le studio DePatie-Freleng réalise également des dessins animés consacrés à l'inspecteur Clouseau, le premier étant The great De Gaulle stone operation. La Panthère Rose, quant à elle, connaîtra de nombreux autres courts métrages ciné et télé, pouvant aller jusqu'à 30 minutes, jusqu'à la cessation d'activité des studios DePatie-Freleng en 1981. En 1984, Hanna-Barbera prend la suite sous la forme de la série Pink Panther and sons. Quelques années plus tard, en 1993, c'est la Metro-Goldwyn-Mayer qui lance la nouvelle série The Pink Panther un peu modernisée, qui convainc peu de monde. Il faudra attendre 2008 pour voir revenir le personnage dans Pink Panther & pals, toujours produit par MGM et présentant une version adolescente du félin (bof, quelle idée).

On ne compte plus les produits dérivés, en jouets et autres goodies, qui font de la panthère animée une célébrité bien plus vivace dans les esprits que Peter Sellers ou ses partenaires à l'écran.

L'infaillible inspecteur Clouseau (Inspector Clouseau, 1968)


Estimant n'avoir plus rien à apporter à la série, Blake Edwards et Peter Sellers refusèrent en 1968 de participer à une suite des aventures de Clouseau. Les producteurs, n'ayant rien compris aux raisons du succès des deux premiers films, décidèrent qu'ils pouvaient aussi bien changer de réalisateur et d'interprète. Le résultat, sobrement intitulé Inspector Clouseau (en français, L'infaillible inspecteur Clouseau), est un bide total, introuvable aujourd'hui en vidéo. Alan Arkin, acteur par ailleurs respectable et plusieurs fois nommés aux Oscars (il en remportera un en 2007 pour son rôle dans Little Miss Sunshine), s'avère incapable de remplacer Peter Sellers, tandis que le réalisateur Bud Yorkin se contente de filmer l'ensemble comme le faiseur de téléfilms qu'il est. La preuve semble être faite : Clouseau appartient à ses créateurs.

Le retour de la Panthère Rose (The return of the Pink Panther, 1975)


En 1975, soit plus de dix ans après Quand l'inspecteur s'emmêle, Edwards et Sellers se décident à ressusciter Clouseau. Les raisons sont en grand partie financières, dit-on, mais le résultat est à la hauteur des attentes du public : le film reprend les gags et les éléments des deux premiers films (bien que Sir Charles Litton ne soit plus interprété par David Niven mais par Christopher Plummer), l'intrigue et surtout le générique marquent le retour de la Panthère Rose, et le titre en est donc logiquement Le retour de la Panthère Rose. Le projet était initialement une série de 26 épisodes, qui fut changé en la production d'un long métrage ; mais la dynamique d'origine fut sans doute la raison du regain d'énergie de la franchise au cours des années suivantes.

Quand la Panthère rose s'emmêle (The Pink Panther strikes again, 1976)


Pour la première fois, la Panthère Rose est citée dans le titre et apparaît dans le générique alors que le diamant du même nom est totalement absent du scénario. Malgré son côté résolument "n'importe quoi" et le désintérêt évident que Sellers et Edwards commencent à ressentir pour la série, Quand la Panthère Rose s'emmêle est peut-être le plus drôle de tous les épisodes. Synthétisant tous les éléments essentiels, le film les enveloppe d'une intrigue délirante à la James Bond, ponctuée de clins d'œil (Herbert Lom dans une auto-parodie du Fantôme de l'Opéra) et traversée d'une prestation d'Omar Sharif et de la première apparition du petit acteur Deep Roy, qui jouera notamment les Oompa-Loompas dans Charlie et la Chocolaterie en 2004. On retrouve avec plaisir le serviteur Cato dans un combat mémorable, ainsi que les déboires de Clouseau, désormais promu au rang d'inspecteur-chef, avec les armures et les déguisements en général. Le final, proprement grotesque, sera purement et simplement ignoré dans la suite.

La malédiction de la Panthère Rose (Revenge of the Pink Panther, 1978)


C'est un Peter Sellers usé et malade qui s'illustre dans cette Malédiction assez besogneuse, usant jusqu'à la corde les gags des précédents films et allant jusqu'à réintégrer Dreyfus dans son poste d'inspecteur-chef contre toute logique. Si l'on en croit la biographie Moi Peter Sellers tournée en 2005, Edwards devait aller supplier Sellers dans sa caravane de se rendre sur le plateau, pour livrer une performance mécanique et peu enthousiaste sur un scénario prétexte à une simple enfilade de déguisements. On sourit parfois, mais le cœur n'y est déjà plus. Pas de Panthère Rose dans ce film non plus, en-dehors bien sûr du titre et du générique.

A la recherche de la Panthère Rose (Trail of the Pink Panther, 1982) et L'héritier de la Panthère Rose (Curse of the Pink Panther, 1983)


Lorsque Peter Sellers meurt en 1980, Blake Edwards a déjà commencé à mettre en boîte quelques plans avec lui en vue d'une nouvelle Panthère Rose. Ramassant tous les bouts de pellicule disponibles (plans non utilisés dans les films précédents, prises alternatives), sollicitant les autres acteurs de la saga (Herbert Lom, Burt Kwouk, David Niven, Robert Wagner, Capucine), démarchant quelques guests populaires (Joanna Lumley, Roger Moore), Edwards parvient à assembler non pas un mais deux films, articulés autour de... la recherche de l'inspecteur Clouseau ! Celui-ci disparaît au cours du premier volet, A la recherche de l'inspecteur Clouseau, et se voit recherché par un autre policier maladroit, Clifton Seigh (Ted Wass) dans L'héritier de la Panthère Rose. Le diptyque est considéré comme assez honteux cinématographiquement, et s'est vu accuser de salir la mémoire de Peter Sellers par la troisième femme de ce dernier, Lynne Frederick. Ayant obtenu gain de cause au cours d'un procès, elle reçut 1.475 millions de dollars de la production.

Le fils de la Panthère Rose (Son of the Pink Panther, 1993)


Provisoirement refroidi par l'échec et le procès, Blake Edwards mit dix ans avant de revenir à la Panthère Rose et à Clouseau. Au vu du Fils de la Panthère Rose, sorti en 1993, on se dit qu'il aurait pu tout simplement s'abstenir. Roberto Benigni y tient le rôle, non pas du fils de la Panthère Rose (ce qui n'aurait aucun sens), mais de Jacques Gambrelli, le fils caché de Jacques Clouseau et de Maria Gambrelli, interprétée par Elke Sommer dans Quand l'inspecteur s'emmêle. Pour une raison obscure, le rôle est tenu cette fois par Claudia Cardinale, qui jouait la princesse Dala dans La Panthère Rose de 1963. Sortez l'aspirine... Toute subtilité de casting mise à part, le film est d'une rare lourdeur, et ni la présence de Herbert Lom ni la réintroduction de la vraie Panthère Rose (le bijou, donc) ne sauve l'expérience du naufrage.

La Panthère Rose (The Pink Panther, 2006)

Treize ans plus tard, l'idée de relancer la franchise de zéro, sans aucun des participants de la saga de base (Blake Edwards, âgé de 84 ans, n'est pas impliqué dans le projet), sentait sérieusement le moisi. Remplacer Peter Sellers dans le rôle Jean Reno et Steve Martin
Jean Reno et Steve Martin
de Clouseau s'était déjà avéré infructueux par le passé, et la présence de la chanteuse Beyoncé Knowles au générique n'avait rien pour rassurer. Bizarrement, l'ensemble fonctionne correctement, malgré un Jean Reno mal à l'aise en sous-fifre et une Beyoncé aussi inutile qu'empotée ; la comédie est assurée par Steve Martin (Clouseau) et Kevin Kline (Dreyfus), qui s'y connaissent en matière de gags visuels et de timing comique. L'entreprise reste cependant un peu vaine, et le final de l'histoire est d'une faiblesse rare. On se console avec les guest stars (Jason Statham, Clive Owen, Alice Taglioni), mais a-t-on vraiment envie de voir la suite ?...

La Panthère Rose 2 (The Pink Panther 2, 2009)

Pour cette suite, Steve Martin revient avec son sidekick Jean Reno (tant pis), mais John Cleese remplace Kevin Kline dans le rôle de l'inspecteur-chef Dreyfus, ce qui n'est pas totalement absurde. Andy Garcia, Jeremy Irons, Aishwaria Ray et Alfred Molina se joignent au casting (ainsi que l'inattendu Johnny Hallyday), et le résultat atteint les écrans français le 18 février... Quel que soit le verdict, Steve Martin parle d'ores et déjà d'une Panthère Rose 3. Est-ce bien raisonnable ?

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