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Paï

Dans un petit village maori de Nouvelle-Zélande, le chef spirituel Koro attend avec beaucoup d'impatience la naissance de son petit-fils qui doit lui succéder à la tête de la tribu. Malheureusement, la mère du nouveau-né meurt suite à l'accouchement. Plus humiliant encore : le nourrisson a une soeur jumelle qui, elle, a survécu. Et son père la nomme Païkea, comme le mythique ancêtre de la communauté qui arriva, dit-on, mille ans plus tôt juché sur le dos d'une baleine. Mais si le prénom désigne la fillette comme l'héritière de Koro, celui-ci ne peut se résoudre à enfreindre la tradition qui veut qu'un mâle prenne le relais...

Avec nos esprits affûtés à l'état d'esprit occidental libéral capitaliste, Paï ressemble schématiquement à ces films initiatiques que les Américains apprécient tant. Soit l'histoire d'un individu (ici, une petite fille de douze ans) qui tend à un but précis (devenir le guide spirituel des siens), désavantagé par un handicap (le sexe, féminin, dans une société patriarcale) mais qui a force de persévérance et de don de soi finira par emporter l'adhésion. Bref, comme dans Rocky, 8 mile, Blue Crush...

Pourquoi aller voir celui-ci plus qu'un autre, alors ? D'abord parce qu'il se passe en Nouvelle-Zélande, île dont on connaît principalement l'équipe de rugby et le barbu Peter Jackson. Réalisatrice du cru, Niki Caro nous offre avec Paï les superbes décors naturels de son pays, l'atmosphère parfaitement rendu de Whangara (avec seconds rôles et figurants locaux) et une découverte respectueuse des us et coutumes maories. Pouvant passer pour barbares à nos yeux habitués à la lecture des lumières, elles apparaissent ici comme des croyances liées à la nature (l'environnement déjà évoqué) ou à l'honneur (voir les émouvantes scènes avec l'un des élèves de Koro).

La plus grande réussite du film réside sans doute dans l'apparition d'éléments mythologiques (le motif récurrent des baleines) au sein d'un monde tenté par la modernité bien qu'écrasé par la rigidité de ses traditions. Les dilemmes ne manquent donc pas et tant mieux, puisqu'ils apportent au film ses moments les plus poignants. Dans cette fable moderne à la sérénité contagieuse, la toute jeune Keisha Castle-Hugues porte merveilleusement le poids d'un rôle clé sur ses petites épaules, traduisant du même coup la leçon sous-jacente de l'histoire : les femmes réussissent souvent aussi bien (voire mieux) que les hommes.

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