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Once upon a time in... Hollywood

Le nouveau Tarantino n'est certainement pas le meilleur de sa carrière : on aurait même presque tendance à trouver qu'il s'auto-caricature dans ce film plongé dans les années 60. Once upon a time in... Hollywood reste pourtant un film agréable pour de multiples raisons.

Le Tarantino nouveau est arrivé : il a pour nom Once upon a time in... Hollywood et a un petit goût de nostalgie, de temps qui passe. Au cours de sa carrière,Tarantino a toujours clamé son amour des années 60 et, dans sa nouvelle œuvre, il plonge le spectateur dans cette période bénie, période de toutes les libérations, période de l'explosion musicale, période de l'explosion du cinéma, période de l'explosion de la consommation de masse. Mais il situe son intrigue à la fin des années 60, en 1969, année érotique selon Gainsbourg mais surtout année post-mai 68, année de l'enlisement du conflit au Vietnam et année des tueries de la « famille Manson », une année peut-être qui sonne la fin de la récréation.


DR. Brad est cool, qu'on se le dise !

Dans ce Hollywood des années 60, Di Caprio traîne sa carcasse d'acteur sur le déclin accompagné de son cascadeur attitré joué par un Brad Pitt au summum de la coolitude. Cette immersion dans un univers que l'on retrouve de temps à autre au cinéma (Good morning England, Full metal jacket, Le gendarme de Saint-Tropez) est, à la fois, excellente et un peu dérangeante. Elle est excellente parce qu'on retrouve l'atmosphère de ces années-là ou, en tout cas, l'atmosphère que l'on imagine quand on ne les a pas vécues : drive-in, bonne musique et liberté sexuelle… Mais justement on ne connaît principalement cette atmosphère que par le cinéma, si bien qu'on a l'impression que Tarantino, fan hardcore de cinéma faut-il le rappeler, passe son temps à citer d'autres films comme si Once upon a time in... Hollywood était un collage d'autres films, même s'il faut bien reconnaître, et ça n'en est que plus énervant, qu'on ne parvient pas à identifier le moindre de ces collages. Bref on a l'impression que Tarantino plagie les autres, s'auto-plagie sans parvenir à attraper ce qui faisait auparavant le sel de ses films, ce qui est bien mis en lumière par des musiques qui, pour une fois, ne magnifient pas le propos et glissent sans laisser de trace. À l'exception cependant d'une très belle et très mélancolique version de California Dreamin' chantée ici par José Feliciano.


DR. Leo, la quarantaine inquiète

Cette chanson synthétise par contre parfaitement le côté nostalgique du film, cette sensation de se trouver aux derniers instants d'une ère dorée qui expire et symbolisée par Rick Dalton (DiCaprio en forme). Cet acteur d'une ancienne série télévisée de western est sur la pente descendante, en passe d'être ringardisé dans ce Nouvel Hollywood qui évolue et change les codes. Avec ce personnage tentant de retrouver sa fougue, son charisme d'antan, tout autant capable d'oublier son texte que d'exceptionnelles fulgurances, Tarantino semble dresser le portrait d'un homme qui vieillit, qui perd petit à petit de sa superbe, qui semble de plus en plus en inadéquation avec une vie qui change de plus en plus vite et s'apprête à le laisser de côté. Certains ont vu dans ce personnage le symbole du Nouvel Hollywood, d'une autre façon de faire des films. Personnellement j'y verrais plus plus basiquement un symbole de la crise de la quarantaine, de cette étrange période pleine de questionnements où l'on bascule de « l'autre côté ».

Sans doute n'est-ce cependant qu'une interprétation très personnelle parce que Once upon a time in... Hollywood dépasse largement ce simple personnage de Rick Dalton : on y croise ainsi Bruce Lee dans une scène à l'humour douteux ou encore la famille Manson dans une superbe scène à la tension palpable, digne des meilleurs westerns, loin, très loin de ce qui semble être voulu comme le climax du film. L'explosion de violence grand-guignolesque qui clôt pratiquement le film dénote pourtant complètement face au reste de Once upon a time in... Hollywood dont l'ambiance est plutôt cool. Même si certains ont voulu y voir la patte reconnaissable de Tarantino, cette violence esthétique, parfois too much, elle est, au contraire, franchement gênante, ce qui malheureusement laisse le spectateur dans un état de déception alors qu'il faut bien reconnaître que les 2h42 du film sont passées comme un charme, notamment grâce aux deux acteurs principaux, Brad Pitt et Leonardo DiCaprio, qui bouffent l'écran comme jamais et sont la meilleure raison d'aller voir le film.

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A propos de l'auteur

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