7.5/10

Une nuit en enfer : la trilogie

Danny Trejo constitue le seul point fixe de cette trilogie coproduite par Quentin Tarantino et Robert Rodriguez, sorte de galop d'essai pré-Grindhouse. Si le premier film est de loin le plus connu, les deux suites direct-to-video méritent un coup d'œil indulgent.

Au milieu des années 90, Quentin Tarantino et Robert Rodriguez ont le feu sacré. Le premier est la coqueluche du public et des médias grâce à Pulp Fiction, le deuxième a fait son trou en dirigeant Antonio Banderas dans Desperado, et les deux hommes s'entendent comme larrons en foire. Embarquant avec eux un certain George Clooney, que Tarantino vient de rencontrer en réalisant un épisode d'Urgences, ils se lancent en 1996 dans un projet rigolo destiné à rendre hommage au cinéma de séries B qu'ils affectionnent... QT au scénario, RR à la réalisation, l'esprit du diptyque Grindhouse est déjà présent, ainsi que les habitués des deux cinéastes : Harvey Keitel (Reservoir Dogs, Pulp Fiction), Juliette Lewis (Tueurs nés, écrit par Tarantino), Cheech Marin (Desperado) et surtout Danny Trejo, qui deviendra au fil des ans l'acteur fétiche de Rodriguez. Trejo sera le seul point commun aux trois volets d'Une nuit en enfer, tandis que le vieux briscard Michael Parks y fait son entrée dans l'univers rodriguo-tarantinien, qu'il retrouvera dans Kill Bill, Boulevard de la mort et Planète terreur.

Pour ceux qui n'auraient aucune idée de la teneur de la trilogie, la suite peut contenir un spoiler. Pour les autres, entrée libre.


Une nuit en enfer (1996)


Frangins en cavale depuis que l'un a fait sortir l'autre de prison, Seth et Richard Gecko ont un objectif clair en tête : passer la frontière mexicaine pour se mettre à l'abri de la police américaine. Le premier, incarné par George Clooney, est un gangster à l'ancienne, roublard et violent mais obéissant à une sorte de code d'honneur (« on s'la joue tu m'fais pas chier, j'te fais pas chier... ») ; le second, qui porte les traits de Quentin Tarantino lui-même, a parfois les fils qui se touchent : il croit entendre des paroles que les gens ne prononcent pas... Leur odyssée sanglante croise la route d'une famille en crise, celle du pasteur Jacob Fuller (Harvey Keitel) ; endeuillé par la mort de sa femme, il a rejeté la religion et fait désormais du camping avec ses enfants adoptifs Kate (Juliette Lewis) et Scott (Ernest Liu). Pris en otage par les Gecko, ils se rendent au Mexique avec eux... mais le pire reste à venir. Quinze ans après la sortie du film, ce n'est plus un secret (et si c'en est un pour vous, il suffisait de ne pas dépasser la balise spoiler ci-dessus) : à la moitié de l'histoire, les vampires débarquent. La sensuelle Salma Hayek, le barman rude Danny Trejo... les hispanos montrent les crocs, et se lancent dans une bataille rangée contre les usagers de ce bar ô combien pittoresque de la frontière mexicaine : le Titty Twister (le « téton tordu »). Parmi les résistants humains, on croise avec le sourire deux figures connues des amateurs d'horreur et de cinéma bis : le grand black Fred Williamson et le spécialiste des effets spéciaux Tom Savini. Ce dernier écope du rôle croustillant de Sex Machine, ainsi nommé à cause de l'emplacement de son calibre et de ses barillets...

Qui a encore énervé Danny Trejo ?!
Qui a encore énervé Danny Trejo ?!
Le ton de la première partie, fait d'humour noir et d'ambiance polar goguenarde, vire au délire le plus total, tandis que les mille et une façons d'occire un vampire sont déclinées à l'écran avec jubilation. Les dialogues sont infantiles, l'intrigue ne va nulle part, mais le massacre défoule sérieusement, et la photographie crasseuse possède une patte que l'on se plaira à retrouver dans Planète terreur et Machete. Les fans de films d'horreur rétro noteront quant à eux que la sous-intrigue de Jacob Fuller renvoie au scénario de Dracula et les femmes avec Christopher Lee, où un jeune athée se voyait incapable de combattre le vampire à cause de ses problèmes de foi.

Anecdote cocasse : Cheech Marin joue trois rôles, saurez-vous le retrouver ?


Une nuit en enfer 2 : Le prix du sang (1999)

Trois ans plus tard, Tarantino et Rodriguez décident de muer leur pochade en trilogie. Optant pour les sièges de producteurs, ils lancent simultanément deux tournages destinés au marché de la vidéo : l'un des films sera une suite, et l'autre une préquelle. Pierre angulaire des trois métrages : le Titty Twister, bar préféré des suceurs de sang et des pistoleros...

Texas Blood Money, situé peu de temps après le premier film, suit les tribulations d'une bande de braqueurs progressivement gangrenée par le vampirisme. Après une séquence prégénérique où l'on croise Bruce Campbell dans l'un des rôles les
plus courts et inutiles de sa carrière (ce qui n'est pas peu dire), le casting se met en place : Robert Patrick, qui restera pour toujours le T1000 de Terminator 2 ; Duane Whitaker, second couteau au visage familier, aperçu dans des productions aussi miteuses que Hobgoblins et Massacre à la tronçonneuse 3 ; Raymond Cruz, vu entre autres dans Alien la résurrection... A la réalisation, on trouve Scott Spiegel, un vieux pote de Sam Raimi et des frères Coen ; coscénariste d'Evil Dead 2, il s'est aventuré à plusieurs reprises derrière la caméra, émulant le style de Raimi sans en avoir véritablement la maîtrise. Il affectionne particulièrement les vues subjectives, prises depuis l'arrière d'un ventilateur, l'intérieur d'une bouche, etc. Cherchant à profiter au mieux de son sujet (des gangsters, des vampires) et de son budget (réduit), Spiegel livre une réplique au rabais du premier film, avec quelques efforts louables et autant de fautes de goût (notamment une énième parodie de la scène de douche dans Psychose).

Anecdote cocasse : les spectateurs pointilleux noteront que Danny Trejo y joue le rôle de Razor Eddie, et non de Razor Charlie comme dans les deux autres opus. Des jumeaux ? L'histoire ne le dit pas.


Une nuit en enfer 3 : La fille du bourreau (1999)

Plus intéressant, le troisième volet remonte le temps pour proposer un western horrifique riche en idées cocasses. Scénarisé par Robert Rodriguez avec l'aide de son cousin Alvaro (qu'il retrouvera pour écrire Machete dix ans plus tard), La fille du bourreau se concentre essentiellement sur deux personnages : le bandit Johnny Madrid, incarné par un Marco Leonardi dont la carrière italienne doit beaucoup à son rôle dans Cinema Paradiso ; et l'écrivain Ambrose Bierce, joué par le Michael Parks cité plus haut, affublé d'une barbe et gratifié de bien plus de
dialogues que dans les autres productions Tarantino-Rodriguez. L'anecdote, c'est que Bierce est un personnage réel, qui a effectivement rejoint les troupes de Pancho Villa et dont les écrits constituent pour beaucoup la base de la pulp litterature telle qu'elle s'est développée par la suite. A sa manière, Bierce est donc le parrain de la série B, qui lui rend enfin hommage ici !

L'intrigue elle-même, fidèle à la formule établie par les deux précédents épisodes, n'a pas réellement d'intérêt (oui oui, il est question de la fille du bourreau, who cares ?). L'attention du scénariste s'est davantage porté sur les personnages, qu'il s'agisse du prêcheur frustré et de sa femme collet monté, ou du marchand de brosses campé par Orlando Jones. Tous se retrouvent, tradition oblige, coincés en pleine orgie vampirique dans une auberge appelée... La Tetilla del Diablo ! La réalisation se permet quelques envolées lyriques délirantes, et la partie western permet de goûter une variante appréciable du thème des "gangsters en cavale". On remarque au passage que Johnny Madrid arbore les mêmes chaussures-couteau que le James West des Mystères de l'ouest, qui était adapté en film cette même année 1999. La fin, malgré une tentative de boucler la boucle de la trilogie, tombe malgré tout un peu à plat... Ce qui n'empêche pas d'apprécier à sa juste valeur ce troisième opus, un cran au-dessus du précédent. Si les deux suites trahissent clairement leur manque de moyens (à elles deux, elles ont eu deux fois moins de budget que le premier film seul), elles constituent néanmoins une extension agréable de l'univers installé dans l'original.

Anecdote cocasse : restez jusqu'à la fin du générique, il débouche sur une séquence cachée.


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