9/10

nuit du chasseur (La)

Love vs Hate

En cinquante ans le cinéma, et les spectateurs, ont presque autant évolué que l'informatique. Tout va plus vite, plus haut, plus fort, plus loin. Les codes cinématographiques sont tellement intégrés qu'en un quart de seconde un spectateur moyen du XXI° siècle en comprend plus qu'un des années 50 en quelques minutes. C'est ce qui rend les productions de cette époque difficilement regardables (faites le test avec un film d'action genre pirate ou western, voire, encore mieux, avec un film d'espionnage) pour nous. Pourtant certains joyaux sortent du lot et semblent être en dehors du temps. La nuit du chasseur en fait partie.

Harry Powell est un prêcheur, il parcourt le sud des États-Unis avec une insouciance affichée. Elégant, affable et charismatique il a tout pour inspirer confiance, ne serait-ce les mots "HATE" et "LOVE" tatoués sur ses phalanges. Alors qu'il est de passage en prison il apprend de son codétenu qu'un magot est caché et que seuls ses deux enfants savent où exactement. En sortant du pénitencier, H.P. (non pas Harry Potter mais bien le sombre Harry Powell) décide de leur rendre visite...

L'action se déroule dans les États-Unis de la dépression de 29 : à mi chemin de la modernité et de la conquête de l'ouest (par instant on pourrait aussi bien se trouver dans un western), dans un monde qui se cherche. H. P., interprété magistralement par Robert Mitchum, se cherche lui aussi : on sent bien qu'il a un certain sentiment religieux mais aussi qu'il a sa manière à lui d'interpréter les écritures (se voit-il comme le bras armé de Dieu ?), notamment avec son cran d'arrêt. Cela ne fait que le rendre plus effrayant encore : on ne peut s'empêcher de craindre ce qui se cache derrière car il est clair que tout dans son apparence n'est qu'un leurre.

Ce film montre qu'avec peu de moyens (pas de courses poursuites ou d'effets spéciaux sophistiqués bien sûr) on peut faire peur. On ne voit rien d'explicite, mais le simple fait d'entendre H.P. appeler les enfants avec sa voix mielleuse suffit à vous faire frissoner (scène mythique reprise de manière humoristique dans C'est arrivé près de chez vous). L'intelligence du scénario et son interprétation en font un film noir incontournable. Mais, et c'est là où l'on reconnait le génie de ce film, on ne peut le restreindre ce film à un unique genre. La beauté de la photographie, des moments de poésie et une peinture sociale d'une amérique à la dérive en font un film complet qui n'a presque pas pris de rides en un demi siècle.

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9 commentaires

  • Attila

    19/10/2005 à 19h45

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    Je trouve ta critique très rapide et ton intro sur l'ancien cinema plus que discutable.
    Qui est le réalisateur ? Quelle a été la réaction du publique à sa sortie ?

    Non en plus décidemment j'ai du mal à comprendre ton intro, parceque j'ai plus que l'impression que tu as tout inversé, ou alors peut-etre ne doit-on regarder des films que pour leur intrigue ?

    Espionnage ? Les Hitchcocks meme ceux de sa periode anglaise sont tout sauf préfvisibles et quand bien meme le seraient-ils jamais on ne les regardera que pour ça ? Et la façon de filmer? Et le jeu des acteurs de l'époque ? Ne serait-ce meme que pour le charme désuet du technicolor ou encore la façon d'amener une histoire d'amour ou la mort d'un personnage, tout ce cinema a une immense valeur souvent préférable à la surrenchère de sang et d'explosion de maintenant.

    Pends les films de pirates de Curtiz, ok les bateaux sont des maquettes, ok on sait directement qui est le traitre, mais ne dis pas que cela n'est pas regardable !! La façon de retranscrire le coté épique ou encore les duels, sont des choses que maintenant on arrive plus à faire.

  • iscarioth

    19/10/2005 à 21h15

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    D'accord avec Attila

    Je trouve ca très léger comme critique pour un film aussi mythique et discuté. Je comprend que ce type de critique puisse plaire mais cela m'etonnerai qu'un cinéphile (pas forcément très averti) y trouve réellement son compte.

  • Kassad

    21/10/2005 à 11h00

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    Justement c'est une critique pas une analyse du film. Je dis ce qu'il m'a fait ressentir. Bien sûr on peut faire 250 pages sur le pourquoi et les questions philosophiques soulevées.

    C'est vrai que là j'ai été rapide mais j'ai indiqué ce qui m'avait plu et ce qu'un spectateur peut y trouver : économie de moyen, grand numéro d'acteur et esthétisme indéniable du film.

    Sinon pour l'introduction je persiste et re signe. Le cinéma n'est pas comparable à la littérature dans la mesure où il "impose" beaucoup plus que la lecture (où même dans des romans de descripteurs de détails genre Balzac une grande part est laissée à l'imaginaire du lecteur). Au cinéma ce n'est pas le cas et il y a des techniques, des modes qui ont beacoup plus d'impact. Ainsi dans les films "à intrigue", les plans qui mettent en lumière un indice sont plus ou moins longs, la représentation des méchants changent aussi (regardez qui est ce qui fume dans les films hollywoodiens aujourd'hui pour ne prendre qu'un exemple minimal). Les films d'espionnages justement ont pour principal intérêt la narration dramatique, la construction de l'intrigue et ce sont dans ceux là que cette évolution est la plus manifeste. Maintenant on peut toujours regarder la "mort au trousse" pour différents aspects mais concernant le déroulement dramatique (qui dans certaines productions est l'élément majeur du film) un spectateur d'aujourd'hui sera blasé et ressentira une certaine lourdeur (je reste persuader qu'aujourd'hui les gens décodent mieux et plus vites les images qu'il y a cinquante ans et que les metteurs en scènes en sont bien conscient). Un autre exemple : comptez le nombre de plans différents en une minute dans un film comm Fight Club et un film des années cinquantes vous serez un tantinet surpris.

  • gyzmo

    21/10/2005 à 12h20

    Répondre

    c'est quoi un "spectateur d'aujourd'hui" ?
    ça à l'air pas très sympa comme bestiole, en tout cas

  • lapremierefois

    21/10/2005 à 12h20

    Répondre

    Pourquoi mettre en opposition les films anciens et ceux d'aujourd'hui? Sans doute y a-t-il eu des progrès techniques, mais qui n'ont pas forcément entrainé de progrès artistiques, de progrès dans l'art du récit. Des films anciens peuvent être très bons, même certains films muets, et certains films contermporains très ennuyeux, même s'ils sont tournés en stéréo. L'inverse peut évidemment être vrai. De même pour les livres, ceux écrits au siècle dernier sont d'ailleurs bien souvent plus lus, et souvent à tort, que ceux d'aujourd'hui.
    http://lapremierefois.net

  • Kassad

    21/10/2005 à 13h01

    Répondre

    gyzmo a dit :
    c'est quoi un "spectateur d'aujourd'hui" ?
    ça à l'air pas très sympa comme bestiole, en tout cas


    Un spectateur d'aujourd'hui c'est quelqu'un qui décode des images depuis qu'il a deux ans (les teletubies par exemple), c'est donc différent d'un "spectateur d'hier" pour qui film/theatre voulait dire sortie (et donc toute une mise en train psychologique) . Maintenant je dis pas que le spectateur d'aujourd'hui soit plus ou moins intelligent, il "parle" mieux le langage cinematographique.

    Quant aux liens avec les romans (pour lapremierefois) je crois que j'avais traité ce point dans mon dernier message...

  • Attila

    22/10/2005 à 13h55

    Répondre

    Justement pour moi "le spectateur d'aujourd'hui" n'a pas la patience de profiter du film et il lui faut du plus gore, du plus sexuel et du plus explosif à chaque instant... Néanmoins cette surenchère n'empêche pas que le plus sexuel ne soit pas le pornographique mais le suggéré, le plus terrifiant non pas le plus visible mais le moins caché...
    Il faut maintenant au contraire que tout soit dit dans la minute et au lieu d'évoquer (par ex) le passé d'un personnage, le spectateur réclame un flash back sous forme de clip video qui dévoile tout otant ce qui fait la profondeur d'un film : l'imagination.

    Je pense que tu parles des films genre monstres de la Warner (Frankenstein, Dracula etc) ou en effet les ficelles sont de veritables cables d'amarages plutot que du cinema d'auteur.

    Prends J. Tourneur par ex qui fait beaucoup mieux monter la pression que dans un actuel Chromosome 26...

  • iscarioth

    23/10/2005 à 13h36

    Répondre

    Kassad a dit :
    Justement c'est une critique pas une analyse du film.


    En partant du principe que la critique ne doit pas être analytique, je ne vois pas en quoi l'exercice se distingue du simple avis.

  • Anonyme

    21/06/2009 à 18h20

    Répondre

    Je cite:


    "on ne peut le res­treindre ce film à un unique genre"


    en effet, c'est le film qui créa le genre "néo gothique". Voir cet article qui le définit:


    http://www.facebook.com/note.php?note_id=53546160837

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