8/10

Mon nom est Personne

Lonesome cowboy...

- Même la violence a changé. Un coup de revolver ne suffit plus...

Amer constat prononcé par une gloire vieillissante de l'Ouest. Jacques Beauregard s'en va pour l'Europe, laissant un monde qui est en train de changer, où il n'a plus sa place. Le temps est à la nostalgie. Mais pas aux regrets, car l'histoire de Beauregard, c'est un peu celle du western italien en général : un mythe dont l'épilogue fut de toute beauté.
Nous sommes en 1973 et les productions transalpines commencent à connaitre le retour de flamme d'une décennie de folie pure, ponctuée de coups de flingues, d'airs lancinants, de poussière et d'anti-héros qui faisaient plus figure de fripouilles que de jeunes premiers. Le western spaghetti s'éteint peu à peu, enterré par le mouvement parodique. C'est alors que déboule Mon nom est Personne, film trop souvent relégué au simple rang comique qui n'est ni plus ni moins qu'un formidable passage de témoin entre deux générations. Au scénario, classique mais efficace histoire de vengeance, se greffe l'histoire d'un pistolero désabusé qui, au moment de raccrocher les flingues, se voit rattraper par un jeune admirateur bien décidé à le voir conclure sa carrière sur une dernière action d'éclat. Toute une symbolique pour désigner un genre en déclin, que l'on retrouve également dans le casting.

- Maintenant que tu m'as fait entrer dans l'histoire, comment vas-tu m'en faire sortir ?
- Facile. Tu vas mourir...

Henry Fonda, la légende, face à Terence Hill, le trublion. Le premier incarne la tradition, le bon vieux temps des Leone, des Corbucci, des personnages arides et des duels impitoyables sous le soleil. Le deuxième symbolise la nouvelle vague, la parodie, tout ces films où l'on préféraient user de la paire de claques plutôt que de la paire de colts. L'un va tuer l'autre, tout comme Trinita tua Django, Ringo et autres Hommes sans Noms.
Une école laisse la place à une autre. Pourtant il ne s'agit pas d'un vaine résistance mais bien d'une conclusion, d'une sortie : en celà, la scène où Beauregard en vieux lion fatigué chausse ses lunettes pour un ultime moment de bravoure, est représentative : les codes ne sont plus les mêmes, ils sont devenus obsolètes, les mythes sont dépassés. Une page se tourne, aussi sûrement que les duels se truquent...

- Quand j'étais petit, je jouais à être Jaques Beauregard
- Et maintenant ?
- Maintenant... je suis juste un peu plus prudent

Tonino Valerii à la caméra, Sergio Leone au scénario, Morricone aux partitions pour un film qui deviendra le chant du cygne du western spaghetti. Valerii joue à être Leone et nous livre quelques séquences extraordinaires, dont une ouverture digne de celle d'Il Etait une fois dans l'Ouest. Leone est prudent et truffe son script de pantalonnades, référence à cette mouvance qui sonne le glas d'un genre qu'il inventa lui même quasimment dix ans plus tôt. Mon nom est Personne est un film hybride, où le divertissement laisse place soudain à la mélancolie, au souvenir d'une époque révolue. Une ambivalence que l'on retrouve dans le personnage de Personne (Terence Hill), sorte d'Homme sans nom qui accumule les pitreries avant de se faire soudain grave et ambigü, tout comme les Inconnus à la gachette facile qui avant lui firent les beaux jours de Cinecitta.
Un film testament, certes, mais un film hommage avant tout.

- Sam Peckinpah... c'est un très joli nom en Navajo...

Difficile en effet de passer à côté des références et des clins d'oeils qui truffent Mon nom est Personne. D'Il était une fois dans l'Ouest à la Horde Sauvage de "Bloody Sam", c'est ici une musique, une situation, des scènes parfois qui viennent servir tout le message du film. Avant de terminer son livre, Leone nous en rapelle les grands chapîtres et laisse la conclusion à la nouvelle garde.

- Tu finiras dans les livres d'Histoire !

Beauregard s'embarque pour l'Europe. Personne devient une légende de l'Ouest. Comme le signalera Beauregard, lors de son long monologue final, c'est un rôle mérité, mais dangereux. A lui maintenant d'entretenir la flamme et d'attendre le jeune loup qui le fera sortir avec les honneurs...

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Saoulant Hill

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3 commentaires

  • Havrais76

    24/07/2006 à 10h29

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    Rhâ faut pas raconter la fin du film ! bon ben je vais en parler quand meme.
    C'est le western qu'ils aiment bien passer les jours fériés en milieu d'après-midi. C'est dommage car il vaut mieux que ça, tant par la façon dont est montée l'histoire que par la musique.
    Ce qui est drôle c'est effectivement la symbolique à la fin du film: Beauregard, dont la vue décline (il devient myope), s'en retourne vers l'Europe,vers l'Est, et laisse derrière lui une Amérique qui n'en finit pas de bouger (le film se situe aux alentours de 1890 soit la fin de la Conquête de l'Ouest).
    Ce n'est plus la loi du Colt mais celle de la roublardise, symbolisée par Personne et sa manière d'arriver à ses fins: finalement, il passe son temps à "faire croire" aux autres, à les rouler (même s'il est un tireur d'exception), ne serait-ce que par la manière dont il fait partir Jack Beauregard. On pourrait donc supposer que Personne devient à la suite de Beauregard non pas une légende de l'Ouest mais un habile self-made-man: en somme un oisillon tombé du niz qui ne voudrait pas de l'aide d'une vache bienfaisante (pour ceux qui se souviennent de la parabole du film)

  • Anonyme

    05/02/2008 à 22h20

    Répondre

    j'ai eu la chance de voir ce film lors de sa sortie, au cinéma (et quel cinéma ! écran géant, orchestre, 2 balcons, loges... le Royal à Rabat, pour ceux qui connaissent, le Rex à Paris, à côté, c'est de la télé !).


    Tout est dit dans ce film, sur la filiation des générations, sur la mort, etc.


     Ne pas se contenter de le voir vaguement. Le voir attentivement et l'écouter

  • Anonyme

    01/05/2008 à 21h51

    Répondre

    A mon gout un des tout meilleurs western spaghetti! BO de folie, Henri Fonda mythique, humour, nostalgie, tout est bon! Un conte philosophique de l' Ouest

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