6/10

noces rebelles (Les)

La réunion du couple mythique formé par Leonardo diCaprio et Kate Winslet ne constitue pas un argument suffisant en faveur de ce film peu enthousiasmant.

Tandis que Kate Winslet exhibe au cinéma son minois oscarisé dans The Reader, Paramount sort en vidéo le semi-bide de l'an dernier qui valut tout de même à l'actrice un Golden Globe : Les noces rebelles. Adaptation d'un classique de la littérature des années 60, le film réunit un couple immortalisé en 1997 par James Cameron dans Titanic : Leonardo diCaprio et Kate Winslet. Les deux jeunes gens sont devenus respectivement un homme et une femme (le contraire eut été étonnant), et incarnent un couple bien sérieux dont le mariage bat de l'aile, sous la caméra d'un Sam Mendes que l'on connaît pour ses films American Beauty et Les sentiers de la perdition, mais aussi pour sa mise en scène de la comédie musicale Cabaret et pour son statut de mari d'une actrice appelée... Kate Winslet.


"Chérie, on devrait acheter un coussin chez Ikea."
Frank Wheeler (diCaprio) et April (Winslet) se marient au début des années 50, peu de temps après leur première rencontre. Devenus parents de deux enfants, ils s'installent dans un pavillon de banlieue sur Revolutionary Road (qui donne son titre original au roman, sorti en France sous le titre Fenêtre panoramique), et s'enferment dans une morne routine qui les engourdit. Jusqu'au jour où Madame propose à Monsieur de quitter cette vie pour en commencer une nouvelle à Paris...

Que le bouquin constitue un classique anglo-saxon, offrant à la fois une peinture des années 50 et une étude de sentiments inspirée, on n'en doute pas. Mais la pertinence de l'adaptation filmique, en revanche, laisse un peu perplexe. Car après tout, il est question ici de non-évènements, d'immobilisme, de tensions inexprimées. Difficile de rentrer, sans support écrit, dans la tête de personnages dont les dialogues restent le plus souvent en surface de leurs émotions. Leonardo diCaprio joue les ronchons étriqués et Kate Winslet arbore des airs de Madame Bovary moderne, mais le film ne choisit jamais clairement de raconter l'histoire de l'un ou de l'autre, malgré la préférence et la tendresse évidentes que Mendes porte à April.

Le héros du film, ce n'est ni le mari ni la femme mais le couple lui-même, au point que les personnages périphériques se voient confinés à une utilisation minimum -
"Chéri, tu es sûr que tu te souviens
comment on va chez Ikea ?"
le plus incroyable étant l'absence quasi-complète des enfants, pourtant supposés vivre avec leurs parents. La seule exception à cet écrémage est le fils zinzin de la voisine incarnée par Kathy Bates (qui jouait elle aussi dans Titanic !) : si la vérité sort de la bouche des enfants, il lui arrive aussi de passer par celle des fous, ce qui ouvre la porte à deux scènes franchement réussies, où les mentalités sont enfin partiellement décortiquées. Mais deux courtes scènes en deux heures, c'est bien maigre pour un film qui ne s'autorise jamais à déborder d'une réalisation et d'une interprétation guindées et vaguement théâtrales. Le travail de professionnels consciencieux qui n'ont jamais réalisés qu'ils passaient tranquillement à côté de la force de leur sujet. Il y avait pourtant du potentiel dans le principe d'une histoire de couple dysfonctionnels filmée par le mari de l'actrice principale.

Le DVD, sans défaut technique majeur, propose un making-of bateau (tout le monde est beau, le film est parfait), les commentaires du réalisateur et un panel de scènes coupées.

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2 commentaires

  • hiddenplace

    08/08/2009 à 10h14

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    Vu à sa sortie, moi personnellement ce film m'avait bien retournée. Je ne doute pas non plus que le livre soit dix fois plus poignant, mais personnellement je suis vraiment "rentrée" dans la tête de ces deux pauvres gens, paumés dans la confusion de leurs sentiments, dans leur routine et leurs effforts sincères pour essayer de la contourner.


    Les années 50 sont assez bien évoquées (puisqu'il s'agit bien d'une mentalité au final, et de l'immense difficulté que représente le changement : suivre sa passion et ne pas faire un boulot juste alimentaire, accepter que le mari reste à la maison pdt que la femme va travailler, tout quitter sur un coup de tête pour partir à l'autre bout du monde...), des atmosphères aux décors en passant par les costumes...


    Dans le genre, le propos (même si l'histoire n'est pas la même, mais il
    est question de mentalité dans les années 50 et de femme prisonnière de
    son statut), j'ai immédiatement pensé au film sorti il y a quelques
    années dans un relatif anonymat, Loin du Paradis avec Julianne Moore, et que j'avais bcp aimé.


    Sinon, personnellement l'absence des enfants ne m'a pas dérangée, puisque je ne vois pas trop ce qu'une présence plus conséquente aurait pu apporter à l'intrigue. Comme tu l'as dit, il s'agit bien du couple, même pas de chacun des personnages (même si le problème de chacun est quand même bien posé, je trouve), et le fait qu'ils aient des enfants fait partie du "fardeau" (désolée pour ce mot affreux, mais c'est le cas ici) qui ronge leur vie personnelle plus que leur vie de couple... je pense surtout à April.


    Et seul petit bémol, je sais que DiCaprio et Winslet sont plus ou moins amis et évidemment pas en couple dans la vraie vie (Closer powaaa ) et j'ai l'impression que ce détail a eu un impact sur leur jeu : j'ai été pour ma part assez gênée pendant les scènes de crise parce que je ressentais vraiment le surjeu (pourtant ces deux acteurs sont pour moi  très bons en temps ordinaire) et juste pendant ces moments là, j'avais du mal à y croire. En revanche, très belles scènes que celles avec le voisin effectivement.


    En tout cas, il faudra qu'un jour je me penche sur le roman, pour voir ce qu'il en est, parce que l'histoire m'a vraiment remuée en elle-même.

  • athanagor

    08/08/2009 à 16h20

    Répondre

    J'ai également vu le film quelques temps après sa sortie et j'en suis sortie assez émue.


    Sans être une adepte de Kate Winslet ni de Leonardo Dicaprio, j'ai trouvé leur composition de ses deux personnages assez juste, nous permettant, d'un demi sourire, d'un haussement de sourcil, de percevoir la lassitude puis l'amertume qui s'installe au sein du couple.


    Effectivement, les enfants sont quasi absents : n'apparaissant que ponctuellement à l'écran, ne laissant traîner aucun jouet, mais n'était-ce pas à l'époque le signe d'être une femme accomplie que de tenir parfaitement sa maison, de s'occuper de ses enfants tout en étant disponible à l'heure où Monsieur rentre du bureau ?


    Ainsi, c'est la description de ce quotidien étriqué et de la divergence de ces deux personnages qui fait le film ; Frank s'accomodant plutôt bien d'une vie reflétant les canons de réussite de l'époque alors qu'April cherche à apporter un nouveau souffle au couple et à la famille.


    Les scènes avec le fils des voisins (Michael Shannon, épatant)  sont effectivement très réussies et d'une rare violence, laissant apparaître la lâcheté de Frank et le peu de place laissée à April. 


    Ainsi, selon moi, plus que d'une histoire de couple, il s'agit également d'un critique de la socièté de l'époque. Peut-être que cette critique est le propos du roman (ne l'ayant pas encore lu, je n'en parlerai pas), mais l'adaptation proposée m'a bien emballée et me laisse encore toute remuée (snif).


     


     

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