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No man's land

1993, guerre de Bosnie. Ciki et Nino, deux soldats, l'un Bosniaque et l'autre Serbe, échouent dans le no man's land, au fond d'une tranchée, avec un troisième homme, allongé, ne pouvant se relever à cause d'une mine collée dans le dos qui menace d'exploser au moindre mouvement.

Oubliez le débarquement triomphal et épique des soldats alliés sur la cote normande dans le film de Spielberg, Il faut sauver le soldat Ryan. Oubliez les biopics de grands chefs de guerre charismatiques, oubliez les défilés en grande pompe et autres résidus patriotiques. No man's land est à retenir comme l'un des films les plus intelligents jamais réalisé sur la guerre. Celle que nous suivons ici est à peine militaire, presque civile. L'un fait la guerre avec des baskets aux pieds et un T-shirt des Rolling Stones sur le dos, l'autre ne sait même pas recharger un fusil. L'un et l'autre se détestent, non pas qu'ils soient différents au point de se haïr, mais juste qu'ils sont désignés ennemis par la guerre. Deux soldats ennemis bloqués dans une tranchée, c'est toute l'absurdité de la guerre qui est mise en scène. Les deux hommes sympathisent un temps pour tenter de s'étriper le moment d'après. Le ton du récit est très particulier, à la fois grave, sans être pesant, et humoristique, sans être ridicule ou burlesque. De l'humour noir, dirons nous pour résumer.

Tout le monde en prend pour son grade : médias, armée, politique... L'ONU est vivement critiquée. Sur place, elle n'est en fait utilisée que pour desservir l'aide humanitaire. Face à un problème, l'organisation choisit l'attentisme, verrouillée par une hiérarchie militaire peureuse et prise par des obligations et peurs politiques. Les médias, eux, se jettent sur l'occasion de faire un sujet, de tourner des images fortes et de réaliser des interviews misérabilistes et indiscrètes. Outre son intelligence, No man's land possède la qualité d'être l'un des tout premiers films européens, au sens langagier du terme. Croates, serbes, français, anglais, allemands. Tous, au final, baragouinent la langue de Shakespeare pour se comprendre grossièrement entre eux. Tanovic joue sur le principe des nationalités en choisissant par exemple des croates pour interpréter les serbes ou un slovène pour incarner un allemand.


No man's land est un film époustouflant, on osera dire l'un des plus réalistes réalisés sur la guerre et son non-sens. Un indispensable.

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2 commentaires

  • Anonyme

    20/10/2006 à 15h55

    Répondre

    J'en avait vu un petit bout la télé y a un moment de cela et ça avait l'air vraiment bien, j'ai jamais pu le voir entier, faudrait que je le mate un de ces quatres.

  • Anonyme

    15/02/2009 à 20h33

    Répondre

    Les deux hommes ne devraient pas parler la méme langue.

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