8.5/10

My Little Eye

Les Colocataires, la Star Ac, Big Brother, Koh Lanta...La télé réalité plus qu'un effet de mode a par son succès réellement bouleversé le paysage des médias contemporains. Désormais, ce sont les "vrais" gens que l'on met sur le devant de la scène, la star qui sommeille en chacun de nous n'attend que la prochaine émission pour se dévoiler. Le concept se développe sous différentes formes, des gens dont le seul prénom est devenu célèbre envahissent les plateaux, les scènes ou la Jet Set. Le passage est quasi incontournable et de là à ce que le cinéma le comprenne à son tour, il n'y avait qu'un pas. Passons sur 8 jour à Cancun pour aborder la fiction pure et le genre qui nous intéresse ici, avec Halloween 8, où le bon vieux Michael Myers retrouvait sa maison transformée en Loft avant de faire un bon nettoyage par le vide. Cradle Of Fear aussi, film à sketchs tout pourri, dont le dernier segment (par ailleurs le plus réussi) s'y intéressait à la façon Snuff, utilisant déjà le biais de l'Internet, au même titre que Terreur.com il y a deux ans (que la foudre s'abatte sur William Malone pour avoir pondu ça ! ). N'oublions pas l'Expérience, venue tout droit d'Allemagne. Dans cette thématique où cinématographiquement parlant le tour serait vite fait, My Little Eye (2002) débarque tranquillement et impose une originalité et une maîtrise, faisant du film un passionnant essai sur le sujet, mais aussi, et surtout, l'une des oeuvres les plus intéressantes vu ces dernières années dans la catégorie thriller/slasher.

Ils sont cinq candidats, réunis pour le meilleur et pour le fric, dans une grande maison où ils doivent rester tous ensemble pendant 6 mois. A la clé, c'est selon les motivations : un pactole, de nouveaux amis, une expérience unique, la célébrité...Si l'un d'eux claque la porte, c'est tout le groupe qui perd. Cloîtré et diffusé sur Internet par le biais d'un site Web, les concurrents de My Little Eye, ce nouveau jeu qui fait fureur, subviennent à leurs besoins grâce à de petits colis cachés par la production à intervalles réguliers. A présent, il ne reste plus qu'une semaine à tenir, autant dire la plus dure. Surtout lorsque les paquets de bouffe contiennent tour à tour des briques et un revolver...

Un timide, un rebelle, un beau gosse, une bimbo "facile"... ça ne vous rappelle rien ? L'amateur de ce genre d'émissions retrouvera facilement ses repères et l'univers de la real Tv est recrée à la perfection. Par ailleurs exploitant un concept très blairwitchien, la réalisation enchaîne des angles de vue typiques, des écrans splittés, des images infrarouges, reprenant moult petits détails comme cette scène de douche filmée du haut, faisant qu'on en vient à se demander si on a pas mis la 6 par erreur. En un mot, c'est bluffant et très prenant : le cul entre deux chaises, le spectateur se retrouve involontairement voyeur de ce qui n'est pourtant qu'un produit scénarisé. Mais cela différencie-t-il le film de ce que l'on voit sur les ondes hertziennes, finalement ? Toute la force de My Little Eye réside en cette sorte d'ambigüité, ces points de comparaisons et de similitudes que l'on retrouve entre ce vrai film et les sans doutes fausses vrais émissions. Et c'est un peu glacé que l'on se rends compte que tout celà pourrait être plausible. Egalement très malin, le film s'amuse à mélanger clichés de la real Tv et ceux du mauvais film d'horreur de base, et force est de constater que ces codes sont loin d'être incompatibles : rebondissements, casting stéréotypé, recherche du spectaculaire...une réflexion qui laisse pantois et vaut vraiment le coup d'oeil.
Multipliant les questions et les ambiances, My Little Eye est un film pervers à l'intelligence rare. Exploitant pleinement son concept, le film nous fait vivre ce que l'on a l'habitude de voir de l'extérieur, de l'intérieur. Autrement dis, un isolement perpétuel, où cinq personnes se retrouvent confinés à leurs propres réalité, dans autres liens avec le monde réel que ceux délivrés par la production. Avec tout ce que ça implique : cette lettre annonçant le décès et l'enterrement d'un grand père est elle véridique ou une astuce pour faire perdre le jeu ? D'où vient ce faux randonneur égaré qui s'incruste et repart, le temps d'un coup de rein avec la Loana locale ? Pourquoi ne trouve-t-on aucune trace du My Little Eye sur les moteurs de recherche ? Et si tout ce jeu était bidon ? Et si...Autant d'interrogations que se posent participants et spectateurs qui bientôt ne font plus qu'un dans ce thriller envoûtant, flirtant soudain avec le surnaturel pour vite l'abandonner. Ajoutez à celà une fin tétanisante et voici plus qu'un film, une expérience dont on se sort pas indemne.

Reste que malgré tout, sur le fond, My Little Eye n'est qu'une sorte de slasher pas vraiment indispensable qui casse un peu le propos. On retrouve comme toujours les grands principes de cet univers particulier : ici une vielle histoire revancharde, là un marteau ensanglanté retrouvé sur un lit, des morts mystérieuses, le quota syndical d'hémoglobine...Bien que diablement efficace et psychologique, le film se perd un peu à cultiver une richesse en multipliant les genres, et c'est à regret que l'on constate certaines excellentes idées peu ou pas exploitées. Un peu convenu sur le fond mais superbe sur la forme, My Little Eye fait partie de ces films au message enfoui qui donnent un oeil neuf sur ce qu'on voit au quotidien. Aux Etats Unis, au Japon fleurissent des émissions très trashs partant aux limites du bon goût. My Little Eye, malgré son final, sonne souvent comme étrangement prémonitoire. Et si un jour ce n'était plus une fiction ?

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1 commentaires

  • Vincent.L

    13/06/2004 à 00h00

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    My Little Eye, effectivement, est un film choc qui se perd malheureusement sur la fin dans le Slasher Movie classique.

    Quasiment toute la première heure ou tout du moins une bonne moitié du film est parfaitement réalisée avec un mystère bien maintenu. La dernière demi heure environ ne sert plus à grand chose car on a déjà tout compris: les morts vont s'enchaîner.

    My Little Eye ne fait pas tant peur par ses images que par son contenu. Premièrement, car il est vrai que la "real TV" pourrait en arriver là et secondement car ce que cache cette "vrai-fausse" émission est terrifiant surtout lorsque l'on sait que ce genre de choses existent vraiment dans le vrai monde.

    Bref, My Little Eye est globalement une réussite pour sa critique de la TV réalité, pour son mystère assez longuement gardé et pour la peur qu'il entraîne avec la raison réelle du jeu.
    Un éléctrochoc donc, mais un peu diminué par une fin qui choisit la facilité du slasher à une reflexion plus profonde.

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