7.5/10

Mud, smells like teen spirit

Ellis et Neckbone ont 14 ans et vivent dans une petite
ville de l'Arkansas, en plein bayou. Le Mississippi et ses eaux boueuses et serpenteuses y campe un décor de bateaux rouillés, de couchers de soleil orangeâtres et de riverains à l'accent traînant perchés sur pilotis. Un jour, Ellis et Neck « empruntent » un peu trop longtemps le bateau de papa, pour aller sur une île dans laquelle ils n'ont pas le droit d'aller, faire le projet de retaper un improbable bateau en ruine, perché on ne sait comment dans un arbre. Ils se rendent alors compte qu'un
type – mi-clochard, mi-pirate usé jusqu'à la corde – squate leur bateau. Mud, aussi sympa que bizarre, va nouer avec les deux ados une amitié à l'image de son nom, douce,  enveloppante et opaque. Comme les sables mouvants ?

        

 Papa et maman divorcent dans le bayou

Ce n'est pas sans une légère appréhension que l'on s'apprête à regarder le dernier film de Jeff Nichols. Son précédant film – Take shelter – chef-d'œuvre d'hyper-tension, plongée hallucinée et extrêmement efficace dans les tourments du délire paranoïaque, avait mis à rude épreuve les nerfs d'une bonne partie de ceux qui avaient eu la bonne idée de s'y risquer. Sachant donc ce que ce réalisateur a dans le bide (et surtout ce qu'il est capable de faire subir à celui de son public), ayant une idée de l'affiche, du titre et du pitch – pas franchement rassurants – ce n'est pas sans une vague inquiétude qu'on se demande, en regardant les réclames pour le soda et la crème glacée, à quelle sauce on va être mangé ce coup-ci.


DR.

 Et bien pour l'hyper-tension, il faudra repasser, car Nichols a cette fois-ci plutôt choisi de nous emmener patauger dans une sorte de bourbier pas très clair. Le cinéma américain semble, en ce moment, prendre un certain plaisir à envoyer des signaux contradictoires à son public, en maquillant un genre par un autre. Car Mud – comme Drive avant lui – est un faux film de truands tatoués qui cache un vrai film sur… l'amour. Et oui, l'amour du point de vue d'adolescents à la joue aussi douce que l'âme, fermement décidés à devenir des hommes. Dans un décor d'Arkansas franchement miteux, avec ses motels pourris, ses piscines fantômes et ses parkings de supermarchés comme lieux de sociabilité, Nichols ajoute une vignette supplémentaire à une œuvre cinématographique qui semble s'être donnée pour objectif de peindre une fresque des Etats-Unis du déclin.

Ces ados
viennent toutefois complexifier et illuminer un film qui aurait pu facilement sombrer dans la morosité. Car s'il y a déclin, il n'est que du côté des adultes, et l'admiration d'Ellis et de Neck pour Mud, avec tous les plans foireux que ce jackass immature leur réserve, trouve sa source dans le refus obstiné que l'adolescence oppose à un monde de vieux – pétri de désillusions et d'amertume. Un refus qui s'exprime de la plus belle des façons, dans un corps à corps entêté et déterminé avec la vie. Dans la foulée, quelques coups de points balancés et reçus, quelques filles effleurées, des râteaux récoltés, et de douloureuses morsures, réelles et métaphoriques. Un film qui sans être parfait – toutes les scènes avec les truands et la blonde défraîchie étant moins convaincantes selon moi – a la bonne idée de s'emparer du monde
adultes pour en extraire la boue et la transfigurer au contact d'une jeunesse lumineuse, décidée à se relever après chacune des chutes qui ponctuent sa quête romantique. Un bourbier où l'on s'enfoncera donc d'autant plus volontiers que l'esprit de sa jeunesse est communicatif.    

 

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1 commentaires

  • Loïc Massaïa

    18/05/2013 à 15h07

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    Comme beaucoup de films sortis récemment que j'aurais aimé aller voir, je n'ai pas trouvé le temps d'aller voir Mud. Dommage, j'avais bien aimé Take Shelter. J'attendrais le dvd.

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