7.5/10

Mr. Nobody

Le réalisateur de Toto le héros et du Huitième jour, loin d'avoir pris une retraite anticipée, revient avec un film dans la lignée directe des deux précédents, un conte déconstruit et déroutant sur la vie et ses choix.

En 1991, Jaco Van Dormael sortait Toto le héros, un film touchant et fantaisiste sur un vieil homme persuadé d'avoir été échangé à la naissance contre un autre bébé, qui aurait vécu sa vie à sa place. En 1996, le Belge présentait un deuxième film appelé Le huitième jour, dans lequel un cadre plus trop dynamique joué par Daniel Auteuil rencontrait un trisomique qui changeait sa perception du monde. Et depuis... plus rien. Quatorze ans après, nous voici face au troisième film du réalisateur, tourné en anglais pour un budget de plus de 40 millions de dollars, avec Jared Leto (Requiem for a Dream), Rhys Ifans (Human Nature), Sarah Polley (L'armée des morts) et Diane Kruger (Inglourious Basterds). La bande-annonce dévoile un contenu partiellement futuriste, visuels de science-fiction à l'appui, mais l'intrigue semble davantage tournée vers le principe toujours curieux du « et si ? », exploité dans des films aussi différents que Pile et face, Smoking / No smoking ou Leto tard
Leto tard
encore Eternal Sunshine of the Spotless Mind... Quoi qu'il en soit, le film est alléchant.

2092. Dans un monde aseptisé où les gens ont trouvé la recette de la vie éternelle, le dernier mortel a 118 ans et s'appelle Nemo Nobody. Ayant oublié quasiment toute sa vie, il n'est personne, et l'est même doublement à en croire son nom. Sous hypnose, devant le micro d'un reporter, Nemo raconte sa vie. A la séparation de ses parents, il est parti avec sa mère. Et il est resté avec son père. Puis il a rencontré Anna. Et Jane. Et Elise. Et il a épousé les trois en même temps. Ensuite, il est mort. Puis a eu trois enfants. Ou deux. Ou aucun. Et toutes ses vies défilent en parallèle sans que l'une puisse éclipser la véracité incontestable de toutes les autres.

Sans conteste, Mr. Nobody s'inscrit dans la continuité des deux autres films de Jaco Van Dormael. L'absence de frontière entre la vie réelle et la vie fantasmée, l'irruption de détails saugrenus au milieu de scènes quotidiennes, la présence de fantaisies poétiques et bricolées sont autant d'éléments qui le lient sans conteste à une famille de cinéastes ayant émergé dans les années 90, où l'on retrouve pêle-mêle David Fincher, Michel Gondry, Jean-Pierre Jeunet, Spike Jonze, chacun dans un univers qui lui est propre. Le destin de l'être humain, son identité, la frontière entre folie et santé, rêve et éveil, fiction et réalité, sont autant de thèmes récurrents dans ces œuvres, et se bousculent dans le monde de Nemo avec la vivacité bouillonnante et parfois brouillonne que l'on attribuerait volontiers à un cinéaste débutant. Non par manque de maîtrise formelle (les acteurs sont parfaitement Leto tôt (le héros)
Leto tôt (le héros)
dirigés, la direction artistique alterne sans heurt les visions SF les plus grandioses et les scènes de réalisme contemporain), mais par la somme gargantuesque d'idées empilées les unes sur les autres, au détriment d'une logique générale compréhensible. Au bout d'un moment, on ne parvient tout simplement plus à savoir quelle histoire on regarde, ni la finalité vers laquelle le film tend. L'histoire est-elle racontée en flash-back par un vieil homme ? en flash-forward par un petit enfant ? Y a-t-il une seule séquence de "vraie" dans le cadre de l'histoire ? Pour ne rien arranger, le héros est présenté par moment comme un écrivain, racontant sa propre vie ou celle de ses proches, narrant son voyage sur Mars, qui pourrait aussi bien être une des versions de sa véritable existence...

Brisant les codes de la narration au point de risquer la perte totale de repères, le film parvient simultanément à avancer dans toutes les directions et à bloquer comme un disque rayé sur deux âges de son personnage : 15 et 34 ans. Fourmillant d'inventions, d'idées, d'érudition, de cocasserie, Mr. Nobody est une curiosité qu'il faut sans doute déguster plusieurs fois...

A propos de l'auteur

1 commentaires

  • Anonyme

    07/04/2010 à 11h39

    Répondre

    Film anglais, très décalé dans la mise
    en scène, la bande son, le jeu d'acteur.


    On entre dans le film complètement ou
    pas du tout.


     


    Film sur l'effet papillon qui a la
    particularité d'être très frais, parfois amusant, parfois tendre et émouvant,
    toujours très étonnant.


    2h20 qu'on ne voit pas passer.

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