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Mortal Kombat / Destruction Finale

Critique de Mortal Kombat 1 et 2

Le portage d'un jeu vidéo au grand écran, ainsi que le contraire, se fait rarement sans casse, et ceci, on commence à le savoir. Dans la bonne logique des choses, ce sont souvent les jeux les moins aptes à remplir les codes d'un film qui se trouvent en première ligne des producteurs, ici en l'occurrence, les beat'em up. Bref historique*. Au commencement était Steven de Souza. Homme aux scénarios tout ce qu'il y a de plus corrects (les explosifs Piège de Cristal et 58 minutes pour vivre, le flegmatique Hudson Hawk, l'amusant Flic de Beverly Hills 3...), son passage à la réalisation s'avérera être une daube infame, Street Fighter. Porté par une histoire à dormir debout ainsi que par la performance musculeuse d'un Jean-Claude Van Damme rouquin (!!!) plus monolithique que jamais, cette première adaptation reste malgré sa médiocrité indéniable une sorte de coup de pied retourné dans la porte d'un genre qui deviendra porteur le temps de quelques films. Autre jeu, autre sommité, c'est une autre légende de la baston 2D qui suivra un an plus tard le chemin caillouteux des salles obscures. Pléiade de stars (Robert Patrick, Mark Dacascos, Alyssa Milano...) pour un film qui réussi à faire pire que Street Fighter, plongeant l'aventure dans un monde post-on ne sait quoi digne des pires nanars. En cette année 95, le beau, le glorieux, le magnifique Double Dragon déployait ses ailes pour ramasser le plus de monde possible avec un film piteux. A voir, l'Agent Doggett et sa belle coupe de cheveux blanche. A croire que la teinture devient une marque de fabrique qui ne dérogera pas à la règle avec ce qui nous intéresse aujourd'hui : Mortal Kombat.

Comment faire un film d'une durée syndicale convenable avec un jeu au prétexte aussi minime que "émietter ces adversaires et de préférence le plus salement possible". Ce casse-tête improbable devient l'affaire d'un jeune réalisateur, 26 ans tout juste, qui se penchera sur les aventures de Rayden, Sonia, Johnny Cage et Liu Kang en espérant le plus de crédibilité possible. Cet homme, c'est Paul Anderson. L'affaire n'est pas gagnée, surtout que le scénariste, Kevin Droney, n'est autre que le futur responsable de l'adaptation de Wing Commander (1999), que je n'ai pas vu, mais on m'a fait comprendre que je n'avais pas raté grand chose. Mais Paul Anderson, déjà auteur d'une série B, Shopping, connaît son affaire, et apparemment comprend vite que quitte à faire une bouse, autant qu'elle soit drôle. Le 25 octobre 1995 sort donc Mortal Kombat qui attire une horde de fans et de curieux. Le résultat est sans appel, Paul Anderson a réussi l'impossible : Mortal Kombat est paradoxalement aussi mauvais qu'agréable à regarder. L'histoire ? voici, attention les yeux : Le dieu Rayden (notre Christophe Lambert, sa belle perruque blanche et des éclairs au bout des doigts !) convoque tout un tas de combattants pour participer, en gros, à un tournoi contre les représentants de l'Outremonde (un coin où il ne fait pas bon vivre) dont la victoire empêchera la destruction de la Terre. Parmi les heureux belligérants :

  • Shang Tsung, le principal allié du Seigneur d'Outremonde et gros méchant de l'affaire
  • Liu Kang, qui, comme nous l'apprend un habile flashback, veut venger son frère tué par Tsung
  • Johnny Cage, star de films d'actions, dragueur, frimeur et bien castagneur
  • Sonia Blade, membre des Forces Spéciales qui veut arrêter un terroriste qui participe au tournoi
  • Kano, ledit terroriste qui possède un (superbe) oeil bionique.

Ajoutez à cela un parterre de personnages bien connus des joueurs, commes les incontournables Sub Zero et Scorpions, un Goro animatronique assez impressionnant qui contraste avec un Reptile plutôt moche (en images de synthèses pour le coup) et pour le moins sous-exploité. Vous l'aurez compris, la grande force de Mortal Kombat est de respecter la trame du jeu, aussi simpliste soit elle. Les personnages, ne s'encombrant pas de psychologie, sont identifiables du premier coup d'oeil, cette fripouille de Kano et son beau design en tête. Encore un peu de romance et une vague intrigue pour lier le tout et voici un produit certes complètement crétin sur le papier mais somme toute assez fun à l'écran. La partie baston, principal intérêt du film, y est pour beaucoup, d'autant plus que les acteurs connaissent leurs métiers. Comprenez par là que la plupart viennent du monde martial (Robin Shou par exemple, qui campe Liu Kang) et que les néophytes en matière de coups de savates compensent par autre chose. Ainsi Lambert, conscient d'être ridicule dans son costume de Rayden, décide de l'être jusqu'au bout pour notre plus grand plaisir, ricane dès qu'il en a l'occasion et traverse tout de film avec une nonchalance bon enfant qui fait mouche. Et oui, Mortal Kombat est un mauvais film, mais malgré tout un film sympa. Limite une série Z finalement, si ce n'est que les effets spéciaux, sans casser des briques, sont assez soignés. En outre, Paul Anderson développe un univers visuel pas désagréable du tout, jouant sur les tons et les couleurs et donnant ainsi un petit cachet irréaliste assez pertinent.
Avec indulgence et second degré, Mortal Kombat est un divertissement, certes dispensable, mais tout ce qu'il y a de plus honnête, avec ce qu'il faut de rythme et de bonne humeur. Son principal défaut reste sans doute d'être davantage Kombat que Mortal. Comprenez par là que le film est un peu trop propre sur lui pour prétendre adapter pleinement un jeu qui a basé sa réputation sur un gameplay bourrin riche en effets gores. Mais bon, faut bien attirer les gamins...

Mortal Kombat remporte un gros succès en salles. Ce fait additionné à une fin qui termine brusquement sur un ENORME coup de théâtre, voici que débarque sans surprise trois ans plus tard en 1998 le deuxième volet. Entre temps, Anderson montrera son talent avec l'excellent Event Horizon, film d'horreur flippant et sérieux comme un pape mixant tout un tas de références allant d'Alien à Hellraiser. La réalisation de Mortal Kombat : Destruction Finale échouera donc au directeur photo du premier, John R. Lionetti. La foudre va t'elle retombée ? Les gentils vont ils enfin sauver le monde ? Christophe Lambert porte-t-il toujours aussi bien la perruque ? Autant de questions existentielles qui forcent à se pencher sur ce nouvel opus. Autant le dire tout de suite, si visionner le premier, une fois que l'on sait à quoi s'attendre, est synonyme de bonne poilade, regarder le deuxième en entier relève du sado-masochisme.

Première déception : plus de Christophe Lambert ! Le dieu Rayden sera désormais incarné par un certain James Remar, éternel second rôle qui roula sa bosse dans tout un tas de productions plus ou moins foireuses, apparaissant dans des oeuvres aussi hétéroclites que 48 heures de Walter Hill (ainsi que dans quelques autres films du réalisateur), Opération Shakespeare, Apparences de Zemeckis, Crocodile Dundee, Judge Dredd ou encore Le Grand Tournoi avec Van Damme (tiens tiens...). Un gros CV, c'est indéniable, mais Remar en Rayden, c'est plutôt carnaval ! Malheureusement pour lui, l'acteur arrive à être encore plus grotesque que Lambert en toge et enfile ses scènes avec un manque de conviction qui se lit sur son visage.

Deuxième déception, et pas des moindres, là où Mortal Kombat se sauvait de lui même en faisant passer la pilule par le second degré, Destruction Finale chausse ses gros sabots pour s'engouffrer dans le navet. Déjà bien plombé par la disparition de Christophe Lambert, qui qu'on le veuille ou non apportait son petit cachet, cette suite s'avère aussi distrayante qu'un épisode des Power Rangers. Décors en cartons pâtes, monstres du même métal, combats mollassons et cadrés à l'arrache, interprétation catastrophique et pour courroner le tout, trois lignes de scénario qui arrivent à être encore plus ridicules que celles du premier, incrustant une princesse à sauver (classique) et un autre cliché assez rigolo : le fameux frère du frère mort, pour l'occasion ressorti deux fois pour bien marquer le coup.
Livrés à eux même, les acteurs évoluent dans ce magma d'effets spéciaux foireux et de maquillages à la truelle, à la recherche du script qui leur dirait quoi faire de leurs bras et de leurs jambes. Parfois, deux personnages se rencontrent : "Mettez-vous sur la gueule, moi je filme !", hurle Lionetti, qui peine alors à suivre ses combattants qui s'amusent à faire des saltos dans tout les sens. Mortal Kombat Destruction Finale est un film particulièrement ennuyeux dont la musique tonitruante achève de lobotomiser le spectateur. A noter les tentatives d'humour volontaire, comme le Running gag naze d'un gars à moitié robot dont les bras mécaniques ne fonctionnent jamais au bon moment. Il y a tout de même un instant fort lorsque Liu Kang, combattant asiatique, pratique un rituel amérindien pour trouver son animal totem (ou quelque chose d'équivalent, j'avoue ne pas avoir tout compris à cette affaire ). Que c'est beau le mélange des cultures, un grand moment de cinéma ! Finalement, Mortal Kombat Destruction Finale est peut être la plus grande réussite du jeu vidéo sur grand écran, arrivant à renouer avec les sensations que l'on peut éprouver face à une démo de jeu trop longue : après l'envie furieuse de prendre les manettes, c'est la lassitude qui s'installe.

Destruction Finale fit contre toutes attentes un beau bide au box office. Quand un film ne marche pas, que fait on ? On le ressort en vidéo sous un autre titre à grand renfort de publicités. C'est ainsi qu'apparu dans les rayonnages un certain Mortal Kombat : Annihilation, soit la jaquette en VO. L'effet est réussi, force est de constater qu'on s'y laisse facilement prendre. Bien joué, les gars...

* Avant tout cela, il y eut bien sur Super Mario, mais il ne rentre pas en ligne de compte, différence de genre oblige.

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